NO inhalé dans les fibroses pulmonaires à risque d’hypertension pulmonaire : beaucoup de bruit pour pas grand-chose…

L’hypertension pulmonaire (HTP) constitue une complication fréquente des fibroses pulmonaires. Sa présence est associée à une diminution des capacités fonctionnelles des patients et impacte négativement leur survie. Actuellement, aucun traitement spécifique de l’HTAP n’a montré d’efficacité dans cette indication et la survenue d’une HTP marque le plus souvent un tournant dans la maladie interstitielle. Un essai randomisé évaluant l’effet du NO inhalé chez les patients atteints de fibrose pulmonaire au stade d’insuffisance respiratoire chronique et à risque d’HTP a été présenté ce matin en late-breaking abstract.

Il s’agissait d’un essai randomisé de phase 2, réalisé en double aveugle, contrôlé contre placebo, évaluant l’efficacité du NO inhalé sur les capacités d’exercice dans une population de fibroses pulmonaires (FPI en majorité) sous OLD dont 71 % avaient une suspicion échographique d’hypertension pulmonaire. Le NO était administré quotidiennement pendant 8 semaines à raison de 10 heures par jour à l’aide d’un dispositif portable semblable aux dispositifs d’oxygénothérapie de déambulation. Quarante et un patients ont été inclus dans cette étude (23 dans le groupe NO inhalé et 18 dans le groupe placebo). L’activité physique était mesurée à l’aide d’une montre actigraphe. Une différence de 34 % a été mise en évidence entre les deux groupes concernant le nombre de minutes d’activité physique modérée à intense par jour (+ 8 % dans le groupe NO inhalé, – 26 % dans le groupe placebo) et les sujets recevant du NO inhalé désaturaient moins à l’effort que ceux recevant le placebo. En revanche, aucune différence sur la distance parcourue au test de marche de 6 minutes n’a été mise en évidence entre les deux groupes. Les données de tolérance étaient excellentes avec le NO inhalé, sans effet secondaire rapporté lié au dispositif.

Cette étude était décevante en raison de son design. La sélection des sujets et le critère de jugement principal ne permettaient pas de répondre à la question de l’efficacité du NO inhalé en cas d’hypertension pulmonaire compliquant une fibrose pulmonaire. En effet, aucun des sujets inclus n’a été évalué par cathétérisme cardiaque. Par conséquent, il n’était pas possible de savoir combien de patients avaient réellement une hypertension pulmonaire et quelle était l’efficacité du NO pour prévenir l’apparition d’une telle complication.


Athénaïs Boucly, service de pneumologie, médecine intensive et réanimation, hôpital Pitié-Salpêtrière, Paris

D’après la session B14 : late breaking clinical trials, Abstract 7537


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