Exacerbations aiguës de BPCO : quid de l’Aspergillus ?

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La mise en évidence d’Aspergillus spp. lors des exacerbations aiguës de BPCO (EABPCO) n’est pas exceptionnelle mais son impact sur le pronostic des patients reste mal connu et il est habituel, en l’absence d’argument pour une authentique infection aspergillaire aiguë ou chronique, de ne pas en tenir compte dans la prise en charge thérapeutique de ces exacerbations.

M. Patout, et al. se sont penchés sur la question en menant une étude rétrospective monocentrique, cas-contrôles, visant à décrire l’incidence et la valeur pronostique de la mise en évidence d’Aspergillus au cours des EABPCO et à en préciser les facteurs de risque.

Parmi 2 155 patients hospitalisés pour une EABPCO entre 2004 et 2011, Aspergillus spp. était isolé chez 126 patients (5,8 %) majoritairement de sexe masculin (82 %), d’âge moyen de 73 [66-78] ans et atteints de BPCO majoritairement sévère (GOLD 3 : n = 58, 46 %) ou très sévère (GOLD 4 : n = 29, 23 %).

Chaque cas a été apparié à deux sujets contrôles selon l’âge, le sexe, la sévérité de la BPCO (GOLD) et l’année de prise en charge.

En analyse multivariée, les facteurs de risque d’isoler de l’Aspergillus étaient : un traitement par corticoïdes inhalés à forte dose (HR 3,6 [CI95 : 1,1-12,6]), un phénotype exacerbateur fréquent (HR 2,5 [CI95 : 1,1-5,6]), l’existence de bronchiectasies (HR 2,6 [CI95 : 1,3-4,7]) et l’isolement d’un autre pathogène (HR 2,9 [CI95 : 1,5-5,6]).

Les patients porteurs d’Aspergillus étaient classés entre les diagnostics suivants : aspergillose pulmonaire chronique (n = 23, 21 %), aspergillose pulmonaire invasive (n = 7, 6 %), aspergillose bronchopulmonaire allergique (n = 13, 12 %), bronchite aspergillaire (n = 46, 41 %), aspergillome (n = 1, 1 %) ou colonisation (n = 22, 20 %).

Les patients porteurs d’Aspergillus étaient plus fréquemment réhospitalisés (1,8 vs 1,2 ; p = 0,002) et avaient une moindre survie globale (1 275 jours [CI95 : 974-1 575] vs. 1 721 jours [CI95 : 1522-1919] ; p = 0,02).

En analyse multivariée, les facteurs de mauvais pronostic étaient : l’âge (HR 1,04 [CI95 : 1,01-1,06]), la sévérité de la BPCO (HR 1,47 [CI95 : 1,08-1,99]), l’insuffisance cardiaque chronique (HR 2,44 [CI95 : 1,66-3,6]), l’hypercapnie chronique (HR 1,81 [CI95 : 1,18-2,8]), l’utilisation de fortes doses de CSI (HR 1,61 [CI95 : 1,1-2,36]) et l’isolement d’Aspergillus spp (HR 2,31 [CI95 : 1,51-3,55]). L’utilisation d’un traitement antifongique était quant à elle associée à un meilleur pronostic (HR 0,49 [CI95 : 0,29-0,82]).

Malgré les nombreux biais inhérents à ce type d’étude, la mise en évidence d’Aspergillus au cours des EABPCO semble associée à un moins bon pronostic. Le bénéfice éventuel d’un traitement antifongique en cas de bronchite aspergillaire ou de simple colonisation reste inconnu à ce jour.

 


Frédéric Schlemmer

D’après le poster A5183 : Clinical significance of isolation of Aspergillus spp. during acute exacerbation of chronic obstructive lung disease.

Session C47 – COPD : exacerbations


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