Mycobacterium shimoidei, une mycobactérie pas si sympathique que ça !

Si plus de 150 espèces de mycobactéries non tuberculeuses ont déjà été recensées, notamment grâce aux progrès des techniques moléculaires, certaines restent exceptionnellement décrites comme étant pathogènes. Parmi elles, Mycobacterium shimoidei, isolée pour la première fois en 1968, n’avait jusqu’à présent été associée qu’à 15 cas dans la littérature. T.M. Baird et R. Thomson (Brisbane, Australie) en ont recensé 23 supplémentaires au cours des 15 dernières années dans la province du Queensland et ont rapporté leur expérience à ce sujet.

Entre janvier 2000 et décembre 2015, 23 patients (dont 16 de sexe masculin) ont donc présenté une culture positive pour M. shimoidei. Leur âge moyen était de 66 ans (extrêmes : 29-84 ans) et leurs comorbidités étaient principalement un trouble ventilatoire obstructif (n = 10) et des bronchectasies (n = 6). Seuls 4 patients avaient un examen direct positif. La présentation clinique était dominée par la toux (n = 16) et la perte de poids (n = 9). Sur le plan radiologique, les patients présentaient des excavations (n = 9), mais aussi des nodules ou des aspects d’arbre en bourgeon (n = 8), des consolidations (n = 2) ou un épanchement pleural (n = 1). Comme d’habitude, tous les patients chez qui a été isolée cette mycobactérie n’avaient pas forcément un tableau clinique compatible avec une maladie active et ils n’ont donc pas tous été traités. Dix patients remplissaient les critères de l’ATS/IDSA et au final seulement 6 ont été traités. Les régimes thérapeutiques utilisés étaient très variables, de même que la durée de traitement (de 6 à 24 mois). Globalement, cette mycobactérie est habituellement sensible à la clarithromycine (91 % des cas), la rifabutine (100 % des cas), l’éthambutol (94 % des cas), le sulfaméthoxazole (100 % des cas) et la moxifloxacine (90 % des cas). Les souches étaient également sensibles au pyrazinamide dans 80 % des cas et au linézolide dans 87,5 % des cas. Dans cette série, seuls 8 patients se sont améliorés ou ont été stables, tandis que 2 ont progressé et que 5 sont décédés (dont 3 de cette mycobactériose pulmonaire). Les données de suivi manquaient pour les 8 derniers patients. Au total, cette série qui est de très loin la plus importante au niveau mondial permet de bien mettre en évidence le caractère pathogène de Mycobacterium shimoidei au niveau pulmonaire. Si jamais vous êtes confrontés à cette mycobactérie, les choix thérapeutiques possibles pourront associer clarithromycine, rifabutine et éthambutol, voire moxifloxacine, sulfaméthoxazole ou pyrazinamide. Bon à savoir, au cas où…


François-Xavier Blanc, CHU de Nantes, hôpital G. et R. Laënnec, Nantes

D’après la communication de T.M. Baird et R. Thomson. Mycobacterium shimoidei – a rare but increasingly recognised pulmonary pathogen. Am J Respir Crit Care Med 2017;195:A5071. Session C25. “Non-tuberculous mycobacteria: from bench to clinic”.


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