Prescription informatisée : attention ! l’excès de confiance est source d’erreurs

Dans les pires des cas, la littérature relève des erreurs mortelles.Prenons le temps de relire nos ordonnances informatisées avant de
les donner aux patients.

L’écriture trop souvent illisible des « docteurs » est une source bien connue d’erreurs de délivrance des médicaments. Au regard du défaut de présentation des ordonnances manuscrites (trop souvent aggravée par une coupable négligence des prescripteurs), la prescription informatisée apparaît comme pourvue de bien des avantages. C’est juste, mais on aurait tort d’accorder une confiance aveugle à nos ordinateurs comme une belle synthèse de la revue Prescrire nous le rappelle.1  Forte de plus de 60 références, elle devrait être lue dans le détail.
À défaut, nous la signalons ici, car c’est un sujet dont on parle peu en dépit de l’importance prise depuis quelques années par l’informatisation des outils de
soins. Non seulement l’informatisation soulève de nombreuses questions sur sa capacité à garantir des soins médicamenteux, mais les risques auxquels les patients sont exposés sont généralement occultés, avertit Prescrire.
Première remarque : la saisie informatique d’une ordonnance est plus lente que son écriture, et la charge de travail varie selon les logiciels. Bogues, pannes, connexions incertaines et ralentissements sont sources d’erreurs et de pertes de données. Ce commentaire est juste, mais on n’oubliera pas qu’une ordonnance illisible peut être aussi la cause d’une perte de temps considérable.

Des logiciels de qualité inégale
La littérature pointe aussi le fait que trop d’informations affichées à l’écran, avec une qualité parfois médiocre dans leur présentation, sont sources d’erreurs par surcharge cognitive. Souvent employée pour contourner une difficulté, la saisie de texte libre expose à ce que des instructions contradictoires ne soient pas repérées par les protections prévues. Soit, mais il existe aussi des logiciels bien faits. En revanche, il est certain que le remplissage par défaut de certains champs de saisie expose à des erreurs, par exemple de doses, voire d’administration et d’arrêts prématurés de traitement.

La combinaison de plusieurs facteurs souvent en cause
Les erreurs médicamenteuses et les effets indésirables attribués à la prescription informatisée peuvent résulter de la combinaison de plusieurs facteurs. Parmi ces facteurs multiples, on trouve : une connaissance partielle de la logique de fonctionnement du logiciel ; un affichage peu visible des informations à l’écran ; une présentation confuse de l’historique des prescriptions successives ; l’absence de vérification de l’identité d’un patient ; l’ouverture simultanée de plusieurs dossiers ; la prescription d’un lieu différent du service dans lequel le patient est hospitalisé ; un paramétrage inapproprié de la base de données médicament ; un déploiement trop rapide de l’outil informatique ; des défauts de communication entre logiciels.
Pour pallier ces défauts la revue Prescrire nous invite à éviter tout excès de confiance dans la prescription informatisée : « Les soignants ont à vérifier avec
soin, notamment, les prescriptions obtenues, leur enregistrement et les diverses prescriptions récentes au patient. Ils ont à tenir compte de situations à risque d’erreur, notamment la prescription à distance sans possibilité de vérification avec le patient ». Cette prescription à distance est un des fondements de la télémédecine. L’article de Prescrire n’évoque pas spécifiquement cet aspect, mais il est clair que de ne « pas avoir son patient en face » n’est pas un élément de sécurité. Mais existe-t-il une vigilance des actes de télémédecine ? À notre connaissance, pas encore, l’heure présente étant surtout occupée à faire fonctionner les machines et tenter de démontrer que la télémédecine est économiquement rentable.


Nicolas Postel-Vinay. Hôpital Européen Georges-Pompidou 75015
Paris.

Info-Respiration N°138 Avril 2017

  1. 1. Prescription informatisée : des causes multiples d’erreurs. Rev Prescrire 2015 ; 35 (386) : 934-42.