SAOS : savoir évoquer l’hypothèse d’une origine médicamenteuse

La liste des médicaments exposant à des apnées du sommeil cache des surprises.
Comme le rapporte la revue Prescrire 1 au cours des 37es Journées françaises de pharmacovigilance, il a été fait mention, entre autres, des notifications
d’effets indésirables médicamenteux concernant les apnées du sommeil.2À partir de la base de données de pharmacovigilance de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Centre de pharmacovigilance (CRPV) de Toulouse a analysé plus de 5 000 observations de  syndrome d’apnées du sommeil d’origine centrale ou obstructive notifiées entre 1995 et 2015, considérées comme exploitables pour 3 325 d’entre elles, concernant des patients d’âge moyen de 51 ans. Moins de dix notifications appartiennent à la base de données française de pharmacovigilance. 3
Les médicaments impliqués sont très divers ; en premier lieu viennent les neuroleptiques (152 fois), les opioïdes (91 fois), les antiépileptiques (88 fois), les antidépresseurs (85 fois) et les benzodiazépines (65 fois). En dehors de leur effet dépresseur connu sur les centres respiratoires, certaines de ces drogues, notamment les neuroleptiques, peuvent entraîner des prises de poids importantes ayant pour conséquence des apnées
obstructives au cours du sommeil.
De façon plus inattendue, viennent ensuite les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), notamment le rofécoxib (ex Viox) retiré du marché en 2004
(637 fois) et à un degré moindre les autres AINS. Le mécanisme évoqué dans la genèse des apnées obstructives est l’oedème des voies aériennes supérieures provoqué par la rétention hydrosodée imputable à cette classe médicamenteuse.
De nombreux autres médicaments ont été mis en cause sans que le mode d’action ait été élucidé. Ce sont, notamment, les diphosphonates (176 fois), les anti-TNF alpha (144 fois) dont l’étanercept (fois), les interférons (134 fois), l’ésoméprazole (89 fois), la digoxine (82 fois), le natalizumab (70 fois).
En pratique, commente Prescrire, il faut penser à évoquer plus souvent qu’une origine médicamenteuse aux syndromes d’apnées du sommeil permet de rendre service aux patients. Notifier ces notifications aux centres régionaux de pharmacovigilance est important pour y voir plus clair.


Dany Baud, hôpital Suisse, Paris

Info-Respiration N°138 Avril 2017

  1. Revue Prescrire n° 397 novembre 2016 p 829.
  2. Linselle M, et al. « Apnées du sommeil d’origine médicamenteuse » 37es Journées de pharmacovigilance. 19-21 avril 2016. Fundam Clin Pharmacol 2016 ; 30 (suppl.1) :
    10 (abstract CO-024) (version complète : 20 pages).
  3. Prescrire Rédaction « Apnées du sommeil : causes médicamenteuses non reconnues ? » Rev Prescrire 2016 ; 36 (389) : 189.