Un couteau suisse pour dépister le cancer pulmonaire !

 

Le cancer du poumon est souvent diagnostiqué à un stade métastatique non curable. L’essai de dépistage américain NLST a permis de montrer une réduction de la mortalité spécifique par cancer du poumon de 20 % mais avec une application en vie réelle qui rencontre de nombreuses embuches…

Dans les suites de ces résultats publiés en 2011 1, le CMS (Center for Medicare and Medicaid Services) a statué sur le remboursement dès 2013 du dépistage aux États-Unis du cancer du poumon chez les personnes à risque élevé. Cela concerne actuellement les individus âgés entre 55 et 80 ans, fumeurs actifs ou sevrés depuis moins de 15 ans et ayant un tabagisme cumulé supérieur à 30 paquets-année. Même si la réalisation des scanners est prise en charge, la mise en place en pratique du dépistage reste complexe du fait de plusieurs barrières. L’identification d’individus à haut risque, la compliance des sujets, le manque d’infrastructures, de ressources ou encore de sensibilisation des médecins et des sujets freinent toujours la généralisation du dépistage.

Pour combler cette lacune et faciliter la mise en place efficace de tels programmes dans les systèmes de santé, en s’adressant aussi aux médecins généralistes, l’ALA (American Lung Association) et l’ATS ont uni leurs forces pour élaborer ce qu’ils nomment une boîte à outils, un guide ayant pour but de fournir des stratégies opérationnelles de dépistage du cancer pulmonaire.

C.C. Thomson (Boston, États-Unis) ainsi que d’autres orateurs ayant participé à l’élaboration de ce guide internet ont présenté les différents aspects pratiques traités dans cet outil. Ils y détaillent les différents critères d’éligibilité, fournissent des protocoles standardisés pour la réalisation, l’interprétation et les comptes rendus des scanners ainsi que des protocoles sur l’évaluation et la prise en charge multidisciplinaire des nodules. Ils évoquent par ailleurs l’éducation des sujets, l’importance d’intégrer une démarche de sevrage tabagique et l’intérêt de compiler les sujets inclus dans ce programme de dépistage au sein d’un registre unique. Le but d’un tel outil est de limiter le dépistage « sauvage » en encadrant les pratiques et de faciliter l’application en vie réelle d’une prise en charge réalisée la plupart du temps dans d’importants centres hospitaliers.


Marion Ferreira, service de pneumologie, hôpital Bretonneau, CHRU de Tours.

D’après la session A13 : ATS/ALA implementation guide for lung cancer screening : an operational toolkit.


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© iSPLF – Mission ATS – MAI 2018

  1. National Lung Screening Trial Research Team, Aberle DR, Adams AM, Berg CD, Black WC, Clapp JD, Fagerstrom RM, et al. Reduced lung-cancer mortality with low-dose computed tomographic screening. N Engl J Med 2011 ; 365 : 395-409.