Jacques Cadranel1,
- Chef du Service de Pneumologie et Oncologie thoracique, Hôpital Tenon APHP, Sorbonne Université, Paris
Le couple mutation du gène de l’Epidermal Growth Factor (EGFR) et inhibiteur « spécifique » de
la tyrosine kinase de l’EGFR (ITK-EGFR) a eu 20 ans en 2024. Quelles leçons avons-nous appris de
ce développement thérapeutique dans les adénocarcinomes (ADC) métastatiques mutés EGFR ?
Au commencement était la thérapie ciblée, pas vraiment ciblée…
En 2004, la revue générale du New England Journal of Medicine 1 mentionnait la négativité de l’essai thérapeutique INTACT-22 comparant l’ajout du géfitinib au doublet carboplatine – paclitaxel, chez 1 037 malades atteints de cancer du poumon non à petites cellules (CBNPC) métastatique.
Quelques temps plus tard, les essais INTEREST et BR21 (revue in2) confirmaient l’intérêt limité d’un ITK de 1re génération administré en 2e ligne de traitement dans une population de CBNPC métastatique non sélectionnée, le premier ne montrant pas de bénéfice du géfitinib comparé au docétaxel, le second retrouvant un faible bénéfice de l’erlotinib sur son placebo. Néanmoins, une analyse en sous-groupes de l’essai BR21 (revue in2), suggérait que les malades non fumeurs, ceux asiatiques et les adénocarcinomes (ADC) tiraient un bénéfice supérieur de l’erlotinib.
De l’essai IPASS en population sélectionnée au « tour de force » du modèle français
Avant la démocratisation du séquençage, des études comme l’essai IPASS (revue in4) ont cherché à identifier des profils cliniques prédictifs de réponse aux ITK-EGFR. Réalisé en Asie chez des non-fumeurs porteurs d’ADC, cet essai a montré une amélioration de la survie sans progression (SSP) avec le géfitinib par rapport à la chimiothérapie (CT). Cependant, le croisement des courbes de SSP suggérait une interaction entre l’efficacité thérapeutique observée et le type de traitement administré. L’analyse en sous-groupe confirmait la supériorité du géfitinib à la CT chez les malades mutés, mais aussi le risque d’une progression rapide sous ITK des malades non mutés, bien que sélectionnés sur des critères cliniques, illustrant la nécessité d’un test moléculaire pour guider la prescription.
Dans ce contexte, l’Institut National du Cancer (INCa) a conduit à la création en 2008 de 28 plateformes de génétique moléculaire5. En 2016, l’étude IFCT-Biomarqueurs France6 démontrait la faisabilité du dépistage national de six biomarqueurs chez près de 18 000 patients en un an, positionnant la France comme un modèle en matière de médecine de précision.[…]
- Spira A, Ettinger DS. Multidisciplinary management of lung cancer. New Engl J Med 2004;350:379-92. ↩



