Claire Andréjak
Service de pneumologie, CHU Amiens-Picardie
d’après une interview réalisée par Agnès Lara
C’est dans un contexte particulier que se déroulera le Congrès de pneumologie de langue française
(CPLF) cette année puisqu’il fêtera ses 30 ans, et la Société de Pneumologie de Langue Française
(SPLF) ses 120 ans. Cette édition sera sans nul doute aussi riche que les années précédentes,
avec toutefois une volonté d’aborder cette année des sujets plus tabous et pourtant essentiels
en pratique clinique.
Quel sera le fil rouge du congrès cette année ?
Le fil rouge est toujours une thématique transversale, mais celui de cette année est sans doute plus inattendu : « Genre, sexe et santé respiratoire ».
Nous souhaitions aborder la pneumologie sous unregard nouveau. Dans ce fil rouge, vous trouverez par exemple la conférence A01 « Tout comprendre (enfin) sur sexe et genre » qui abordera ces notions sousdifférents angles : Quelle est la différence entre les deux ? (Sandrine Levêque, Lille) ; La physiologie du poumon varie-t-elle en fonction du genre ? (Thomas Gilles, Paris) ; Dans quelle mesure la prise en charge est-elle influencée par le genre du soignant et du patient ? (Patricia Lemarchand, Nantes). En effet, les sujets que l’on ose aborder en consultation ne sont pas les mêmes selon que le soignant est du même sexe ou du sexe opposé à celui du patient. Des études ont commencé à évaluer ces sujets.
La conférence A02 « Pour aider les ‘pneumologues lost in transition’ » s’adressera aux pneumologues qui s’intéressent aux transitions de genre. Ces dernières ont nécessairement une incidence sur les explorations fonctionnelles respiratoires (Bernard Aguilaniu, Grenoble), puisque les valeurs de référence dépendent du sexe, mais aussisur les thérapeutiques (Clara Leroy, Lille ; Laurent Plantier, Tours), puisque certains traitements hormonaux utilisés en cas de transition de genre impactent la fonction pulmonaire.
Ces deux sujets sont intéressants car ils posent la question de l’égalité des soins entre les patients cis et transgenres, tant en termes de diagnostic que de prise en charge. Une bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) sera par exemple moins rapidement évoquée chez une femme parce que, pour les pneumologues, le patient BPCO classique est un homme tabagique d’âge mûr.
Y aura-t-il d’autres conférences sur la relation entre sexualité et pathologies respiratoires ?
Oui plusieurs. La session A41 « Sexualité et sommeil » par exemple. L’usage de la pression positive continue (PPC) peut être difficile pour certains patients atteints d’apnées du sommeil, qui craignent que cela n’affecte leur libido ou celle de leur partenaire (Marie-Pia d’Ortho-Jarreau, Paris ; Jade Chorvoz, Dijon). Les sexe-somnies, parasomnies sexuelles pendant le sommeil, peuvent également affecter la qualité de vie des patients (Isabelle Arnulf, Paris). Une autre session (A26) abordera la thématique « Sexe et traitement du cancer bronchique ». Le retentissement du traitement du cancer bronchique sur la vie quotidienne varie selon les sexes (Céline Mascaux, Strasbourg), pouvant affecter la sexualité mais aussi la fertilité chez les personnes jeunes. Quoique inhabituelle, la question de la sexualité représente une vraie problématique de la vie quotidienne et peut impacter l’observance. Or, elle est rarement posée en consultation et n’est pas forcément facile à aborder. Il est donc important que nous apprenions à évoquer ces questions. Et on peut comprendre que dans ces situations, le genre du médecin et du patient puisse influencer l’anamnèse.



