Apnées obstructives du sommeil. La révolution des capteurs de mouvements mandibulaires 

Jean-Louis Pépin

Service de pneumologie-physiologie, CHU de Grenoble, Grenoble
d’après une interview réalisée par Caroline Guignot


Le retard diagnostique de l’apnée obstructive du sommeil (SAOS) est une réalité croissante qui conduit à un retard de prise en charge. Depuis une dizaine d’années sont développés de simples capteurs placés sur le menton, qui ont la capacité à délivrer des informations aussi fiables que celles de la traditionnelle polysomnographie. Le Pr Jean-Louis Pépin, pneumologue, a été le référent académique du programme de développement de l’un d’entre eux, Sunrise. Il revient pour nous sur l’intérêt de ces capteurs et la façon dont ceux-ci vont faire évoluer le paysage de la maladie apnéique.

Pourquoi le développement d’alternatives à la traditionnelle polysomnographie (PSG) s’est-il posé ?

Le SAOS est extraordinairement fréquent et continue à progresser à mesure que l’obésité et la baisse d’activité physique deviennent plus fréquentes. Cela engendre un retard diagnostique de plus en plus important car l’accès à la PSG est embouteillé, du fait de l’admission, d’un appareillage et de compétences spécifiques pour leur interprétation. Afin d’améliorer l’accès aux examens, la PSG à domicile s’est développée. Mais les moyens diagnostiques actuels ne correspondent plus à la demande. Il faut d’autres outils. Les capteurs de mouvements mandibulaires correspondent à ce besoin. Il est positionné sous le menton, à proximité de la lèvre inférieure et les données qu’il enregistre sont analysées par un algorithme d’intelligence artificielle. Il y a trois avantages principaux à cette approche : elle peut être menée au domicile du patient, elle n’est pas encombrante et elle permet d’obtenir l’interprétation des enregistrements dans le décours immédiat de la nuit.

Peut-on évoquer la façon dont les mouvements mandibulaires se sont imposés comme un élément diagnostique pertinent ?

Les mouvements des muscles mandibulaires reflètent l’activité des muscles qui se fixent sur elle et maintiennent ouverts les voies aériennes supérieures et le pharynx. Ils reflètent le rythme, l’amplitude et l’effort respiratoire et la commande ventilatoire. En somme, tout ce qui permet de refléter l’existence d’une apnée du sommeil. Un épisode d’apnée est associé à un mouvement mandibulaire particulier et un micro-éveil qui sont décelables par le capteur. Les mouvements mandibulaires permettent également de distinguer de façon très fine les phases du sommeil entre elles et de discriminer l’apnée obstructive de l’apnée centrale. Outre la performance du capteur, l’efficacité de cet appareillage tient à l’algorithme qui permet de traduire les mouvements enregistrés en paramètres physiologiques qualifiant l’apnée.

Le dispositif est le premier dispositif diagnostique à bénéficier d’un forfait Innovation de la part des autorités. Cela a conduit à la prise en charge anti-
cipée des capteurs par la Direction générale de l’organisation de l’offre de soins (DGOS) tandis que l’industriel a financé l’étude. L’étude SUNSAS confirme la capacité du système de soins à s’adapter à ce nouvel outil (encadré). Elle met en évidence une division
par 7 du temps d’accès au diagnostic, assortie d’une diminution du temps d’accès aux soins et d’une amélioration du présentéisme des patients. Il faut aussi indiquer que la moitié des centres participants étaient privés, ce qui permet d’avoir une représentativité des résultats par rapport à la réalité du parcours des patients apnéiques en France. Ces résultats, ainsi que les données antérieures devraient permettre d’aboutir à un remboursement du capteur à des fins diagnostiques. La discussion entre les autorités et l’industriel est en cours.

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