Bronchectasies : de nouveaux éclairages sur l’inflammation et l’immunité

Louise Bondeelle,

Service de Pneumologie, Hôpitaux universitaires de Genève, Suisse

Les bronchectasies sont une maladie complexe, à l’interface entre infection, inflammation et dysfonction immunitaire. Plusieurs travaux présentés à l’ERS apportent des éléments nouveaux sur les interactions entre microbiote, neutrophiles, immunité adaptative et métabolisme.

Microbiote et inflammation neutrophilique

 Une étude multi-omique met en évidence un lien entre la colonisation par Pseudomonas aeruginosa et la voie du tryptophane-kynurénine. La présence de Pseudomonas était associée à une accumulation de protéines neutrophiliques. À l’inverse, certaines bactéries commensales, notamment Rothia, semblaient avoir un effet protecteur via des métabolites antioxydants. La voie de la kynurénine apparaît ainsi comme une piste potentielle de traitement « dirigé contre l’hôte ».

Des neutrophiles nombreux mais dysfonctionnels

Une étude fonctionnelle confirme que les neutrophiles sont profondément altérés dans les bronchiectasies. Leur capacité de migration et surtout de phagocytose était diminuée par rapport aux sujets sains, notamment au niveau des cellules du lavage broncho-alvéolaire. L’altération de la phagocytose semblait davantage marquée chez les patients colonisés par Pseudomonas. L’inflammation neutrophilique ne correspond donc pas simplement à une hyperactivité : elle s’accompagne d’une perte d’efficacité antimicrobienne, susceptible d’entretenir le cercle vicieux infection-inflammation.

Métabolisme lipidique et réponse Th17 Un travail expérimental suggère par ailleurs un lien entre infection chronique à Pseudomonas, activation Th17/IL-17 et métabolisme lipidique. Dans des modèles animaux, la restauration de cet équilibre métabolique réduisait l’inflammation, la charge bactérienne et la réponse Th17. Ces résultats, encore précliniques, ouvrent une piste originale autour du métabolisme comme cible thérapeutique.

Une réponse humorale insuffisante

Les lymphocytes B pourraient également jouer un rôle dans la persistance de Pseudomonas. Des données préliminaires montrent, chez les patients atteints de bronchectasies, une réponse anticorps moins importante après stimulation bactérienne, associée à une diminution des lymphocytes B matures et mémoire. Cette dysfonction pourrait contribuer à l’incapacité à contrôler durablement la colonisation.

Et l’auto-immunité ?

Enfin, les auto-anticorps étaient plus fréquents chez les patients atteints de bronchectasies que chez les témoins. Ils étaient détectables avant le diagnostic de bronchectasie, suggérant que, chez certains patients, une dysrégulation auto-immune pourrait précéder la maladie plutôt qu’en être uniquement la conséquence.

En pratique, ces travaux illustrent une vision de plus en plus intégrée des bronchectasies : l’infection, l’inflammation et les anomalies immunitaires s’auto-entretiennent. L’enjeu sera désormais d’identifier des profils biologiques distincts afin de proposer des traitements davantage ciblés, au-delà du seul contrôle de l’infection.

D’après la session du dimanche 6 septembre  présentation de C. Pan, MB Long, Y Meng, I Petrou, A Foubister and D Sanderson

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