
Info Respiration
Info Respiration est la revue d’actualités pneumologiques de la Société de Pneumologie de Langue Française.
Revue bimestriel, 6 numéros par an. Abonnement de janvier à décembre
Directrice de la publication : Pr Claire Andréjak – Rédacteur en chef : Pr Etienne-Marie Jutant
SOMMAIRE DES NUMÉROS DÉJÀ PARUS
2026
2025
Info -Respiration Numéro 190-Décembre 2025
Info -Respiration Numéro 189-Octobre 2025
Info -Respiration Numéro 188-septembre 2025
Info -Respiration Numéro 187-juin 2025
Info -Respiration Numéro 186-Avril 2025
Info -Respiration Numéro 185-Février 2025
2024
Info -Respiration Numéro 184-décembre 2024
Info -Respiration Numéro 183 – octobre 2024
Info -Respiration Numéro 182 – Septembre 2024
Info -Respiration Numéro 181 – Juin 2024
Numéro 180–Avril2024
Numéro 179–Février 2024
2023
Numéro 178–Décembre 2023
Numéro 177– Octobre 2023
Numéro 176– Septembre 2023
Numéro 175– juin 2023
Numéro 174– Avril 2023
Numéro 173– Février 2023
2022
Numéro 172– Décembre 2022
Numéro 171 – Octobre 2022
Numéro 170 – septembre 2022
Numéro 169– juin 2022
Numéro 168– Avril 2022
Numéro 167– Février 2022
2021
Numéro 166– Décembre 2021
Numéro 165 – Octobre 2021
Numéro 164 – septembre 2021
Numéro 163 – juin 2021
Numéro 162 – Avril 2021
Numéro 161 – Février 2021
2020
Numéro 160 – décembre 2020
Numéro 159 – octobre 2020
Numéro 158- Juillet -Août 2020
Numéro 157-juin 2020
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Numéro 155 – Février 2020
2019
Numéro 154 – Décembre 2019
Numéro 153 – octobre 2019
Numéro 150 – Avril 2019
Numéro 152 – Septembre-Août 2019
Numéro 151 – Juin 2019
Numéro 149 – Février 2019
2018
Numéro 148 – Décembre2018
Numéro 147 – Octobre 2018
Numéro 146 – Août-septembre 2018
Numéro 145- juin 2018
Numéro 144- avril 2018
Numéro 143- Février 2018
2017
Numéro 142- Décembre 2017
Numéro 141 – Octobre 2017
Numéro 140 – Août-septembre 2017
Numéro 139 – juin 2017
Numéro 138 – Avril 2017
Numéro 137 – Février 2017
2016
Archives
2015— 125-130
• Numéro 130 – décembre 2015
• Numéro 129 – Octobre 2015
• Numéro 128 – Août-septembre 2015
• Numéro 127 – juin 2015
• Numéro 126 – Avril 2015
• Numéro 125 – Février 2015
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Prise en charge ambulatoire del’embolie pulmonaire : organisation,suivi et perspectives
Audrey Jacques, Clémence Beydon
Infirmières de coordination, en Hôpital de jour de pneumologie à l’Hôpital Européen Georges Pompidou, Assistance Publique
Hôpitaux de Paris, 75015 Paris
La prise en charge ambulatoire de l’embolie pulmonaire, réalisée pour des patients présentant des critères précis de moindre gravité et selon un suivi attentif, constitue une alternative sûre à l’hospitalisation. L’infirmière de coordination y joue un rôle clé en assurant l’éducation, la coordination et la continuité des soins, en lien étroit avec le pneumologue et l’équipe pluridisciplinaire, pour garantir sécurité et efficacité.
La prise en charge ambulatoire de l’embolie pulmonaire (EP) concerne uniquement les patients à faible risque, identifiés par un score sPESI
(simplified Pulmonary Embolism Severity Index)* égal à 0 ou l’absence de critère Hestia (11 critères justifiant une hospitalisation pour administrer un soin ou
une surveillance).1
Le traitement anticoagulant doit être instauré dès le diagnostic, en privilégiant les anticoagulants oraux directs (rivaroxaban, apixaban) sans phase de traitement par héparine. En cas de contre-indication, l’HBPM (héparine de bas poids moléculaire) reste le traitement de référence, avec relais possible par AVK (antivitamine K). Certains centres de prise en charge de l’embolie pulmonaire, comme l’Hôpital européen Georges-Pompidou, assurent le lien initial avec le patient dès la prise en charge aux urgences.
Organisation du parcours ambulatoire
Le parcours commence par une consultation médicale confirmant le diagnostic d’embolie pulmonaire et validant le traitement initié aux urgences. Il se poursuit par une consultation d’environ une heure avec l’infirmière de coordination, qui joue un rôle clé dans l’accompagnement du patient. Cette rencontre permet de :
- reprendre l’histoire de la maladie et vérifier la bonne compréhension des informations médicales ;
- expliquer de manière claire et accessible l’embolie pulmonaire, ses conséquences et les objectifs du traitement anticoagulant ;
- aborder les causes possibles de l’EP, notamment les facteurs de risque transitoires (chirurgie, immobilisation) ou persistants (thrombophilie, cancer) ;
- informer le patient sur les dépistages néoplasiques recommandés en fonction du contexte clinique. Sans facteur favorisant, nous demandons un FIT test (test immunologique fécal de dépistage du cancer colorectal), un examen gynécologique pour les femmes (frottis, mammographie) et un bilan biologique PSA (prostate-specific antigen) pour les hommes (avec échographie testiculaire pour les hommes jeunes).
La recherche clinique en médecine de ville : pourquoi pas moi ?
Laure-Aléa Essari
Pneumologue libérale. Centre InspiRêve Aix en Provence
En France, la grande majorité des problèmes de santé sont pris en charge en soins ambulatoires. Pourtant, la recherche clinique reste majoritairement hospitalière. Pourquoi un tel décalage ?
Et comment inverser la tendance ? Entre freins, solutions concrètes et retour d’expérience, il existe des pistes pour faire de la médecine de ville un acteur incontournable de la recherche.
La recherche clinique, selon la définition de l’INSERM, représente l’ensemble des études scientifiques réalisées chez l’Homme afin de mieux comprendre les maladies, d’améliorer leur traitement et d’identifier des facteurs de risque potentiels. Elle peut être prospective, observationnelle ou interventionnelle. Par « recherche clinique en médecine de ville », on entend des études conduites avec des médecins exerçant en cabinet de ville, libéraux (généralistes, pneumologues…), seuls ou en groupe, et qui en sont les investigateurs principaux. Autrement dit, la recherche sort des murs hospitaliers pour se dérouler au plus près des patients traités en ville et de leurs parcours réels.
Quel est l’intérêt de faire de la recherche clinique en médecine de ville ?
Un enjeu de santé publique pour les pathologies respiratoires
Les pathologies pneumologiques courantes prises en charge en ville constituent un enjeu de santé publique majeur : par exemple, le syndrome d’apnées obstructives du sommeil (SAOS) concerne environ
4 à 10 % de la population, l’asthme et la BPCO près de 7 % des adultes chacune. Dans leurs formes légères à modérées, ces maladies sont très largement suivies par les médecins généralistes et les pneumologues libéraux. Pourtant, la majorité des études cliniques restent hospitalières ou hospitalo-universitaires, portant souvent sur des populations plus sévères, sélectionnées, ou sur des maladies plus rares et spécifiques. Cela limite leur représentativité et la transposabilité des résultats à la patientèle de ville. D’où la nécessité de produire des données issues de la médecine de ville, via des études prospectives proches de la réalité des patients moins sévères : elles peuvent aider à définir des parcours de prévention plus pertinents, mieux organisés et déployables à grande échelle.
Amélioration de la prise en charge patient
Pour le patient, la recherche menée en ville produit des données de « vraie vie », reflétant l’observance, les comorbidités et les contraintes du quotidien. Elle affine l’adaptation de la prise en charge et élargit l’accès aux innovations thérapeutiques. L’inclusion dans un protocole s’accompagne d’un suivi rigoureux, souvent vécu comme un bénéfice (éducation renforcée, monitoring, sécurité perçue).
Intérêt pour le pneumologue de ville
Pour le praticien, la recherche est stimulante intellectuellement, diversifie l’activité, peut offrir une rémunération complémentaire selon les études, et renforce l’attractivité du cabinet auprès de futurs collaborateurs en quête d’un exercice dynamique, fondé sur des pratiques évaluées et améliorables.
Comment mettre en pratique la recherche clinique en médecine de ville ?
L’intégration de la recherche dans un cabinet libéral se heurte à des freins identifiés, qui expliquent en partie la faible participation actuelle.
Les freins
De nombreuses étapes impliquées par la recherche clinique limitent la capacité des médecins libéraux à s’y investir :
- le manque de temps : en effet, inclure un patient suppose de maintenir sa formation en Bonnes pratiques cliniques (BPC), d’identifier les essais disponibles, de vérifier les critères d’éligibilité, d’informer le patient, de recueillir son consentement éclairé, de renseigner les « case report forms » (CRF), d’assurer le suivi. Toutes ces étapes demandent du temps, alors que le modèle libéral rémunère le temps médical à l’acte et que la charge administrative du cabinet est déjà lourde.
- les difficultés de financement : le manque de rémunération systématique et la variabilité des compensations peuvent dissuader, surtout en l’absence d’appui organisationnel.
- manque d’information : de nombreux praticiens, isolés et absorbés par le flux de consultations, ignorent qu’ils peuvent être investigateurs, sous-estiment l’accompagnement possible, ou surestiment la complexité réglementaire, qui est souvent plus structurée que réellement difficile.
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Marc Humbert : un visionnaire au service des maladies vasculaires pulmonaires
Marc Humbert
Chef du Service de Pneumologie et Soins Intensifs Respiratoires, Hôpital Bicêtre (AP-HP). Directeur de l’Unité Mixte de Recherche
Inserm/Université Paris-Saclay 1358 : Hypertension Pulmonaire : Physiopathologie et Innovation Thérapeutique
d’après une interview réalisée par Caroline Guignot
Le professeur Marc Humbert figure parmi les plus grands spécialistes mondiaux de l’hypertension artérielle pulmonaire (HTAP), une maladie rare, parfois idiopathique, familiale ou associée à d’autres affections, notamment auto-immunes. Caractérisée principalement par un essoufflement, elle
évolue vers une insuffisance cardiaque droite et peut conduire au décès en l’absence de traitement. En consacrant sa carrière à la recherche fondamentale et clinique sur cette pathologie, le Pr Humbert a participé à sa redéfinition et au développement de stratégies thérapeutiques innovantes, dont
le sotatercept, biothérapie qui transforme le pronostic des patients. Fin 2025, il s’est vu décerner
successivement le Grand Prix de la Fondation de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP)
et le Grand Prix de l’Inserm. Il revient pour nous sur l’histoire de cette aventure scientifique.
Quand avez-vous rencontré l’HTAP pour la première fois, et quand avez-vous choisi d’y consacrer votre carrière ?
C’est un stage d’externat en 1985 qui a été déterminant pour moi. Étudiant en médecine à l’Université Paris-Sud -aujourd’hui Paris-Saclay -, j’ai eu la chance de bénéficier de l’enseignement des médecins du service de pneumologie de l’hôpital Antoine-Béclère à Clamart (AP-HP), qui était alors dirigé par le Pr Pierre Duroux et son adjoint, le Pr Gérald Simonneau. Tous deux étaient très chaleureux et bienveillants. Leur service était très dynamique, en particulier dans le domaine des maladies vasculaires pulmonaires. De retour comme interne, j’y ai rencontré mes premiers patients atteints d’HTAP : des jeunes, souvent des femmes souffrant de maladies auto-immunes comme le lupus ou la sclérodermie, d’infections par le VIH, ou encore exposés à des médicaments anorexigènes. C’était alors une maladie considérée comme orpheline, avec une espérance de vie qui dépassait rarement deux à trois ans. Mais il y avait vraiment dans ce service le souhait de trouver des solutions à ce problème majeur. Un important travail de recherche clinique y était mené, qui a notamment permis de mettre en place un programme de transplantation pulmonaire en collaboration avec le Pr Philippe Dartevelle de l’Hôpital Marie Lannelongue. Cette période a également vu l’émergence des premiers médicaments dédiés à l’HTAP, en particulier la prostacycline en perfusion intraveineuse continue.
La solidarité entre les soignants et les familles, très engagées, et aussi les associations de patients qui se sont mises en place était inspirante. Mon idée initiale était de travailler à la compréhension des aspects inflammatoires de l’HTAP : ils n’étaient pas vraiment identifiés à l’époque, malgré la fréquence de l’inflammation dans d’autres maladies cardiovasculaires ou respiratoires et malgré l’association connue entre HTAP et certaines maladies inflammatoires systémiques auto-immunes ou infectieuses. Certaines formes idiopathiques étaient par ailleurs associées à la présence d’autoanticorps circulants, ce qui suggérait que l’auto-immunité et l’inflammation pouvaient jouer un rôle dans des cas inexpliqués d’HTAP. Je me suis engagé dans une thèse d’université en immunologie pour mieux comprendre cette discipline en plein essor et essentielle à l’étude des mécanismes inflammatoires. J’ai initialement travaillé sur l’immunologie du rejet de transplantation pulmonaire dans une unité Inserm à Clamart sous la direction du Pr Dominique Emilie. Dans le cadre de mon double parcours de médecin et de chercheur, j’ai gardé un lien permanent avec le service durant toute la durée de ma thèse d’université et la fin de mon internat, avec l’envie de m’inscrire dans la dynamique de recherche qui y était déployée au service des patients. Les Pr Duroux et Simonneau portaient alors une ambition forte : soutenir un projet de recherche fondamentale, étroitement lié à la recherche clinique qu’ils menaient, et concrétiser cette vision par la création d’un laboratoire dédié.
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Étudiants (sur justificatif) : 20 €
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Autres pays version digitale : 70 €
Étudiants (sur justificatif) : 36 €
*sous réserve du paiement de la cotisation annuelle à la SPLF
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Karol Szymanowski (1882-1937) et Willy Burkhard (1900-1955). Dans la Montagne magique de Davos
Jean-Pierre Orlando
Marseille
Dominique Huybrechts a récemment publié un ouvrage fort intéressant, intitulé « Les Alpes et les compositeurs »1, que je recommande aux pneumologues
mélomanes (il y en a parmi nous n’est-ce-pas ?) et dont je me suis, je l’avoue, largement inspiré. Il a répertorié tous les compositeurs qui, pour une raison ou une autre, se sont rendus dans ces massifs montagneux: de l’inspiration musicale au ressourcement, du repos physique au refuge politique, sentimental ou idéologique. Certains sont décédés de tuberculose* après avoir sillonné les montagnes suisses (Carl Maria von Weber, 1786-1826), ou après avoir séjourné plus ou moins longuement au bord du lac de Côme (Vincenzo Bellini, 1801-1835), ou au sanatorium de Davos – cette Montagne magique – pour combattre leur phtisie. En vain. Ce fut là le destin de Karol Szymanowski et de Willy Burkhard. Une occasion de vous les faire connaître.
En préambule…
Pendant longtemps, le massif alpin est resté dans les esprits comme une zone dangereuse et redoutable. Mais dès la fin du 18e siècle, il est devenu un espace d’émerveillement et de contemplation. S’est alors organisé, pour le plaisir de la découverte, un voyage alpin mieux connu sous le terme de « Grand
Tour » pour les Anglo-Saxons ou de « Kavaliertour »pour les germanophones, d’une durée de deux semaines à trois mois. La haute société bourgeoise et occidentale en était friande, comme le prouvent de nombreux témoignages décrivant ce genre de périple. Ce Grand Tour intéressait surtout des Anglais fortunés mais aussi certains artistes et intellectuels aisés tels les compositeurs Robert Schumann, Carl Maria von Weber, Franz Liszt, Charles Gounod et Félix Mendelssohn, dans le but principal de mieux se connaître au contact de la nature, du silence et de la fascination. « Nous avions à peine voyagé une demiheure que la lune apparut, les nuages se dispersèrent et le temps devint radieux et beau. J’étais presque honteux d’avoir cette chance mais je pus en profiter pleinement… je me suis senti bien et meilleur ».
Il est indéniable que les Alpes ont été une source d’inspiration pour Johannes Brahms, Gustav Mahler ou Richard Strauss, pour n’en citer que certains. Mais
pas que : les Alpes ont été aussi un asile politique. Tel Richard Wagner dans les suites du mouvement insurrectionnel de la ville de Dresde auquel il a participé.
Tel Igor Stravinsky coincé en Suisse lors de la déclaration de la Première Guerre mondiale, où il résidait pour faire soigner son épouse souffrante**.
Les Alpes ont été aussi un lieu de soins pour améliorer l’état de santé des tuberculeux sur une supposée efficacité de l’air pur sur les poumons
malades, ce qui a vu éclore dans l’entre-deuxguerres (entre 1920 et 1930) une multitude de sanatoriums, dont celui de Davos, où s’est réfugié le compositeur Karol Szymanowski, loin de sa terre natale, la Pologne.
Biothérapie dans l’asthme et grossesse
Guillaume Mahay
Service de Pneumologie, Oncologie thoracique et soins intensifs respiratoires, CHU Rouen, Rouen, France
La prise en charge de la grossesse chez les patientes atteintes d’asthme est complexe du fait du peu de données disponibles et de l’absence de recommandations dans cette population, a fortiori lorsque l’asthme est sévère et sous biothérapie, ou lorsque cette dernière est indiquée.
On peut y ajouter la peur de la patiente et, souvent, du praticien face aux complications de la grossesse liées au traitement ; peurs qui, si elles sont parfois justifiées, ne doivent pas pour autant compromettre la bonne prise en charge de la patiente.
Du fait de l’exclusion systématique des femmes enceintes et de celles à risque de l’être des essais cliniques, il existe un manque cruel de données de bonne qualité concernant l’impact des biothérapies au cours de la grossesse. Nous sommes toutefois aidés par plusieurs sources : les déclarations de grossesses présentes dans les registres et dans les bases de pharmacovigilance, ainsi que quelques publications de cas rapportés.
Que trouve-t-on dans la littérature ?
Tout d’abord, il faut rappeler que l’asthme constitue un facteur de risque pour la femme et le fœtus au cours de la grossesse. L’asthme maternel est en effet associé à un risque plus élevé de prééclampsie, de diabète gestationnel, de retard de croissance intra-utérin, d’accouchement prématuré (et donc de faible poids de naissance) et même d’hospitalisation néonatale et de décès périnatal. Le risque d’accouchement prématuré et de retard de croissance intra-utérin s’accroît davantage en cas d’exacerbation. À l’inverse, en cas d’asthme bien contrôlé, les risques sont presque identiques à ceux de la population générale. Cette augmentation de risque n’est pas liée aux traitements usuels de l’asthme pour lesquels les données de sécurité sont maintenant nombreuses et rassurantes, notamment concernant les corticoïdes inhalés. Il est donc important de prendre également en compte le risque de ne pas traiter, qui est bien réel, souvent sous-estimé et difficile à appréhender par les patientes.
En raison de leur structure, toutes les biothérapies traversent la barrière placentaire après 12 semaines d’aménorrhées. Aucune foetotoxicité n’a été observée chez l’animal dans les études précliniques.
La seule étude publiée ayant inclus une large cohorte est celle des grossesses sous omalizumab, parue en 2020. Elle comparait 230 grossesses avec exposition à l’omalizumab à 1 153 grossesses chez des femmes asthmatiques sans exposition à l’omalizumab. Il n’a pas été démontré de différences de complications dans les deux groupes, en dehors d’une légère augmentation du risque de faible poids de naissance (13,7 % contre 9,8 %), que les auteurs expliquent par le fait que les patientes du groupe contrôle avaient des asthmes moins sévères. La publication de cette cohorte a conduit la Haute autorité de santé (HAS) à indiquer, dans sa note du 22 avril 2020, que l’utilisation de l’omalizumab peut être envisagée pendant la grossesse si elle est cliniquement justifiée.
Concernant les autres biothérapies autorisées dans l’asthme – mépolizumab, benralizumab, dupilumab, tézépélumab, par ordre de date de mise sur le marché – les données sont beaucoup plus limitées. Il s’agit uniquement de cas rapportés, qui ne montrent pas de complications, à l’exception d’un cas d’éosinophilie indosable persistante sans conséquence clinique chez un nourrisson, survenue sept mois après exposition in utero au benralizumab. Même si elles sont peu nombreuses, les données de pharmacovigilance sont également rassurantes. Les registres relatifs au mépolizumab et au dupilumab ont terminé leurs inclusions, ce qui devrait permettre d’obtenir prochainement des données complètes.
Que disent les recommandations ?
En dehors de l’omalizumab qui peut être utilisé quel que soit le terme, l’HAS précise que les quatre autres biothérapies disponibles en France doivent être évitées, sauf si le bénéfice est supérieur au risque pour le fœtus. Les recommandations des sociétés savantes, ne sont pas plus précises, et ne peuvent pas l’être, étant donné le faible niveau de preuve des données scientifiques disponibles.


