Jacques Giron ( 1945-2022 )

Hommage de Jean-Paul Sénac avec la collaboration de Gérard Durand

Au milieu des participants de nos réunions médicales ( E.P.U., congrès, conférences, etc…), il était impossible de ne pas remarquer Jacques Giron. D’abord au physique, un bel homme à la moustache fournie, aux yeux vifs, aux cheveux noirs luisants, habillé de façon particulière : il ne portait jamais ou presque de veste et de cravate, plutôt des blousons et souvent une écharpe rouge qui faisait référence à son engagement politique. Dans les salles de conférence il se positionnait toujours au premier rang, prêt à intervenir, réclamant sans cesse le micro pour allumer des polémiques sans fin.
Quand il était orateur il savait s’attirer par son bagout les faveurs du public. Ainsi au cours des ateliers de tomodensitométrie thoracique que nous organisions conjointement avec le professeur Max Coulomb de Grenoble et son élève Gilbert Ferreti, Jacques Giron donnait le meilleur de lui-même. Autant Max Coulomb était rigoureux, soigneux et persuasif, autant Jacques Giron était exubérant, baroque et caractériel. Il cherchait toujours quelqu’un ou une opinion à pourfendre et s’il n’y arrivait pas il s’en prenait à lui-même dans un numéro d’auto-allumage très apprécié de tous.
Difficile de l’arrêter quand il dépassait le temps imparti pour son intervention. Ce travers allait de pair, chez lui avec un esprit très inventif, soulevant souvent d’intéressantes questions. Par ailleurs sa familiarité plaisait à beaucoup, car, comme beaucoup d’impulsifs coléreux, il était en fait, franc, généreux et très accessible à la discussion.
Jacques Giron arriva à Montpellier au début des années 80. Ancien interne des hôpitaux, il n’avait pas pu pour des raisons personnelles effectuer de clinicat à Toulouse et désirait obtenir un poste dans un C.H.U. Un poste d’assistant se libérait dans mon service et j’acceptais sa candidature. La suite allait prouver que je ne le regretterai pas.
Notre premier contact fut chaleureux. Jacques se révéla d’emblée comme un collaborateur précieux, très travailleur et très intéressé par l’enseignement et les travaux scientifiques. Nous sommes devenus très vite inséparables avec une complicité qui dépassait la sphère purement médicale. C’est au cours de nos déplacements en particulier en voiture que nous allions élaborer la nouvelle séméiologie tomodensitométrique des maladies thoraciques.

En effet c’est dans ces années-là que la tomodensitométrie fit son apparition dans l’exploration des maladies thoraciques.

Ayant obtenu des vacations sur un scanner de marque française, qui bien que assez lent, avait  une résolution spatiale remarquable, nous avons pu définir les aspects séméiologiques des affections du parenchyme pulmonaire en utilisant des coupes fines qu’on appelait, à l’époque les coupes millimétriques, faisant référence à ce qu’Elias Zherouni nous avait appris. Nous avons pu ainsifaire évoluer le diagnostic, la compréhension et la nosologie des maladies interstitielles pulmonaires, chapitre jusqu’alors mal connu de la pneumologie.

      Nous avons été parmi les premiers à pratiquer les ponctions biopsiques transthoraciques des lésions thoraciques sous scanner X. Cette pratique qui connut au début de nombreux détracteurs est aujourd’hui largement utilisée souvent en première intention.

À cette intention nous avons constitué un petit groupe de radiologues et de pneumologues passionnés par l’imagerie thoracique. Parmi les radiologues à part Giron et moi-même il faut citer Claudine Bousquet disparue trop précocement. Parmi les pneumologues libéraux surtout Gerard Durand mais aussi Olivier Benezet.

Nous entretenions aussi d’excellents rapports avec les hospitalo-universitaires de notre discipline, François Bernard Michel et Philippe Godard pneumologues et évidemment notre ami de toujours le professeur Henri Mary chirurgien thoracique de talent et anatomiste avéré.

C’est ainsi que nous avons en 1985 dirigé le premier ouvrage collectif sur l’intérêt du scanner X dans le diagnostic des maladies thoraciques. Cet ouvrage : Tomodensitométrie thoracique signé par J.P Sénac et J. Giron eut un succès considérable. Désormais nous étions reconnus dans le cercle assez fermé des radiologues/imageurs thoraciques.

 À cette occasion nous avons été cooptés par les participants du Club Thorax. De cette époque jusqu’à la fin de sa vie, Jacques Giron fut un membre très actif de cette institution informelle.

Nous avons participé activement Jacques Giron et moi-même, toujours ensemble, aux Journées Françaises de Radiologie ( J.F.R.) au R.S.N.A. à Chicago et aux congrès de pneumologie français et européens.

Jacques Giron aurait mérité un poste hospitalo-universitaire. Les circonstances dans lesquelles il avait une grande part de responsabilité, ne l’avaient pas voulu. Il disait : «  je me suis agrégé moi-même… ! « . Et selon moi, sur le plan du mérite, il avait raison.

La mort eut la délicatesse de le cueillir durant son sommeil….Moi-même et ceux qui ont travaillé avec lui n’oublieront pas ce « porc épic » au grand cœur…

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