


Vanessa Bironneau, Service de Pneumologie, CHU de Poitiers
L’intérêt de la télémédecine et de la télésurveillance est réel dans la prise en charge thérapeutique de l’apnée obstructive du sommeil, avec un objectif clinique clair : améliorer le suivi des patients sous traitement, en particulier sous PPC.
Le suivi classique du SAHOS est décrit comme ponctuel et transversal : consultation en présentiel, contrôle de l’observance moyenne, de la tolérance, des fuites et des bénéfices attendus. L’intégration de la télémédecine permet de passer à une logique plus longitudinale, avec un suivi continu du patient après la titration, afin d’améliorer l’adhésion au traitement, le contrôle des événements résiduels et la qualité du suivi à long terme.
Bien que la télémédecine reste encore insuffisamment utilisée pour le diagnostic du SAHOS, elle est aujourd’hui bien implantée pour le suivi et le traitement. En France, 95% des patients sont suivis quotidiennement pendant toute la durée du traitement. Ceci suite aux recommandations de l’American Academy of Sleep Medicine de 2019.
La télésurveillance apporte plusieurs informations utiles au-delà du simple IAH résiduel : la détection d’une utilisation discontinue du dispositif (non observance le week-end), le repérage de rythmes de sommeil irréguliers, de privation chronique de sommeil ou d’insomnie, la mise en évidence de variations importantes de l’IAH selon les nuits, l’identification de fuites excessives et éventuellement la détection d’un SAS central émergent (pouvant conduire à réduire la pression de la PPC voire à passer à une ventilation auto-asservie).
Un autre signal clinique important est la détection de certains profils respiratoires (Cheyne-Stokes) sur les courbes de pression, associés à un risque accru d’événements cardiovasculaires ultérieurs. La télésurveillance permet donc aussi une logique de prévention.
La télésurveillance par ses nombreuses informations permet d’adapter rapidement la prise en charge: ajustement du masque, correction des fuites, adaptation de la pression, changement de mode ventilatoire si nécessaire. Il existe également un intérêt éducatif du télé-suivi : discussion avec les patients sur les habitudes de sommeil, sensibilisation aux facteurs de risque liés au manque chronique de sommeil et accompagnement des patients présentant des rythmes anarchiques ou une mauvaise utilisation du dispositif.
Le médecin doit interpréter les données de télésurveillance en lien avec les symptômes, la qualité de vie, la qualité du sommeil, les comorbidités, l’observance et les fuites.
La question de la fréquence de surveillance est posée, car les données générées sont nombreuses.
Les recommandations françaises suggèrent de prendre en charge un IAH > 10/h s’il persiste plus de 7 jours alors qu’une position plus récente évoquant une surveillance sur 2 à 5 jours chez l’adulte.
Sur le plan économique, la télésurveillance est jugée coût-efficace pour le patient, notamment en réduisant les déplacements et les pertes de temps de travail.
Son intérêt pour le système de santé reste plus incertain, car elle peut augmenter les visites téléphoniques, les interventions infirmières et les actes médicaux.
Point de vue de l’ERS
Le télésuivi du traitement par PPC est techniquement faisable avec les technologies actuelles. Il est le plus souvent non inférieur aux soins standards à court terme, surtout sur des suivis de 3 à 6 mois. Mais les preuves sont beaucoup plus limitées au-delà de 12 mois. Le taux d’arrêt du traitement est insuffisamment documenté mais l’acceptation et la satisfaction des patients sont globalement bonnes. Les données suggèrent que, si l’observance est adéquate, la consommation de soins peut diminuer. Les bénéfices paraissent particulièrement pertinents chez les patients à haut risque ou avec des comorbidités comme une insuffisance cardiaque, une BPCO, un diabète ou un antécédent d’AVC. L’objectif est de construire une prise en charge plus holistique, mais en tenant compte des ressources nécessaires.
A noter que la télémédecine semble déjà largement intégrée dans la pratique clinique courante.
Pour finir, le rapport des experts insiste sur la nécessité d’adapter les stratégies à chaque patient, avec des approches individualisées plutôt qu’un modèle unique.
Conclusion
La télémédecine est un nouvel écosystème de soins, dans lequel la prise en charge sort du cadre strict de la consultation sans perte de qualité. Les leviers de soutien évoqués sont le suivi en temps réel, l’engagement du patient par des outils dédiés, la collaboration avec les soignants de proximité et l’apport futur de l’intelligence artificielle pour restructurer le suivi.
D’après la session : Hot topics: Advanced telemedicine for obstructive sleep apnoea
Therapeutic management based on telemedicine in obstructive sleep apnoea. Sébastien Baillieul (Grenoble, France)
ERS statement on advanced telemedicine in obstructive sleep apnoea. Johan Verbraecken (Edegem (Antwerp), Belgium)



