Quelle prévalence de la dyspnée d’effort chez le patient asthmatique sévère à l’ère des biothérapies ?

Dorian Hassoun, service des explorations fonctionnelles, CHU de Nantes

Un poster présentait les données relatives à l’évaluation de la dyspnée d’effort chez les patients asthmatiques sévères suivis dans le cadre de la cohorte française RAMSES (NCT04077528).

Le développement des biothérapies a significativement modifié la prise en charge des patients asthmatiques sévères avec une amélioration drastique du contrôle de la maladie, une réduction des exacerbations sévères et des hospitalisations et une réduction du recours à la corticothérapie d’entretien. Néanmoins, on dispose de moins de données concernant les symptômes rapportés par les patients (PROM = Patient-Reported Outcome Measures) traités par biothérapie en vie réelle.

Dans ce cadre, au contraire d’autres pathologies respiratoires chroniques telle que la BPCO, peu de données relatives à la prévalence et aux déterminants de la dyspnée d’effort sont disponibles pour les patients asthmatiques sévères 1. Chez les patients asthmatiques, la dyspnée est par ailleurs multifactorielle avec un impact important de l’anxiété et des symptômes d’hyperventilation sur ses dimensions sensorielles et affectives 2.

A l’ère des biothérapies, environ un patient asthmatique sévère sur deux présente une dyspnée d’effort sévère ou invalidante (mMRC ≥ 2). Un tiers  ont une dyspnée d’effort sévère ou invalidante alors même qu’ils sont traités par biothérapie.

L’objectif de l’étude était tout d’abord de déterminer la fréquence de la dyspnée d’effort, évaluée au moyen du score mMRC (critère de jugement principal : mMRC ≥2), chez les patients asthmatiques sévères puis d’en rechercher les facteurs associés.

Parmi les 2 041 patients de la cohorte RAMSES, 569 patients (27,9 %) avaient une évaluation de la dyspnée par le mMRC accessible et ont été inclus. L’échantillon inclus possédait des caractéristiques classiquement associées à l’asthme sévère : sujets d’une soixantaine d’années (âge médian de 57,4 ans), de genre féminin en majorité (63,1 %) avec un asthme non contrôlé (score ACT < 20) dans 65,5 % des cas. Plus de la moitié des patients (54,4 %) étaient traités par une biothérapie : 28,3 % par omalizumab, 28 % par mepolizumab, 33,6 % par benralizumab et 10,1 % par dupilumab.

Une dyspnée d’effort sévère ou invalidante était mise en évidence chez 48,5 % des patients (IC95% [44,4 ; 52,6]). Parmi les patients sous biothérapie, 37,5 % (IC95 % [32 ; 42,9]) présentaient tout de même une dyspnée d’effort mMRC ≥ 2 contre 61,5 % (IC95 % [55,6 ; 67,5]) des patients n’étant pas sous biothérapie.

Le contrôle de l’asthme, le surpoids,l’obésité et la durée d’évolution de l’asthme sévère sont significativement associés à la probabilité de présenter une dyspnée d’effort sévère ou invalidante.

Par une approche de régression logistique multivariée (n = 303), les auteurs ont identifié les facteurs suivants comme significativement associés à l’existence d’une dyspnée d’effort sévère ou invalidante : l’augmentation d’un point d’ACT (OR 0.8 IC 95 % [0,74 ; 0,86]), l’existence d’un surpoids (OR 2,89 IC 95 % [1,37 ; 6,29] vs IMC normal) ou d’une obésité (OR 4,72 IC95 % [2,13 ; 10,88] vs IMC normal) et chaque décennie passée après le diagnostic d’asthme sévère (OR 1,7 IC95 % [1,3 ; 2,4]). Le traitement par biothérapie n’était pas significativement associé à la dyspnée d’effort lorsque le score ACT était pris en compte dans le modèle.

Dans l’hypothèse que la biothérapie puisse influer sur la présence d’une dyspnée d’effort par le biais de ses effets sur le contrôle de l’asthme, une analyse de médiation a été réalisée. Celle-ci a permis aux auteur d’évaluer que 63.4 % (IC95 % [5 ; 254]) de l’effet de l’utilisation d’une biothérapie sur la présence de la dyspnée d’effort était liée à l’ACT. Cet effet était réduit à 57,9 % (IC95 % [15,8 ; 292,2]) après retrait de la 2ème question de l’ACT relative à la fréquence de survenue de la dyspnée.

Au total, une dyspnée d’effort sévère ou invalidante reste fréquemment observée chez les patients asthmatiques sévères, même chez ceux traités par biothérapie. Celle-ci est associée à des facteurs modifiables (contrôle de la maladie et surpoids/obésité) qu’il convient de prendre en charge.

Les effets des biothérapies sur la dyspnée d’effort relèvent en partie de leurs effets sur le contrôle mais leur impact exact reste à déterminer. L’étude TEXAS (NCT05404763), dont le recrutement est terminé, nous permettra d’en savoir plus sur les effets à 6 mois du mepolizumab sur la pratique de l’exercice physique et sa tolérance.


D’après le poster suivant : Prevalence of exertional dyspnea and associated factors in severe asthma: data from the French RAMSES cohort at inclusion
Présenté par C. Chenivesse (Lille, France) Session Poster Dimanche 06/09/2026, 08h00-09h30PS 15 : Biologics for airway diseases: novel insights from real-world data

  1. Cheng C, Takemura N, Reddel HK, Reilly CC, Currow D, Ho KY, et al. Prevalence and correlates of breathlessness in adults: an umbrella review and updated systematic review with meta-analysis in general and clinical populations. Eur Respir Rev. 2025;34(178).
  2. Bousso A, Chuffart C, Leroy M, Gicquello A, Cottereau A, Hennegrave F, et al. Severity and phenotypes of dyspnea in asthma: Impact of comorbidities. Respir Med. 2023:107276.
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