Iloprost oral et cancer pulmonaire : peut-on prévenir plutôt que subir ?

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Iloprost oral et cancer pulmonaire : peut-on prévenir plutôt que subir ?

Associée au sevrage tabagique, la chimioprévention est une piste envisagée dans la prévention primaire du cancer pulmonaire. Parmi les molécules potentielles, après validation préclinique, l’iloprost oral a fait l’objet d’une étude clinique dont les résultats préliminaires sont prometteurs.

La supplémentation en prostacycline par surexpression génique de la prostacycline synthétase ou par apport exogène via l’iloprost oral, un analogue de la prostacycline, est capable de prévenir le développement d’un cancer pulmonaire dans plusieurs modèles murins dont celui de tumeurs induites par l’exposition à la fumée de cigarettes. L’action antitumorale de l’iloprost serait obtenue par activation de la famille des récepteurs nucléaires peroxisomal proliferator-activated receptor (PPAR) gamma, induisant une augmentation des macrophages pulmonaires et une inhibition tumorale. Sur la base de ces données précliniques encourageantes, un essai multicentrique de phase II, en double aveugle, contrôlé versus placebo, récemment clos a évalué l’iloprost chez des sujets à risque élevé de cancer pulmonaire.

Les critères d’inclusion étaient un tabagisme supérieur à vingt paquets-année poursuivi ou sevré, la présence d’atypies au moins légères sur la cytologie de l’expectoration et l’absence d’antécédents de cancer. Une fibroscopie bronchique en lumière blanche et en autofluorescence était réalisée avec des biopsies d’au moins six sites endobronchiques standards ainsi que de toute anomalie potentiellement détectée. Les sujets étaient alors randomisés recevant soit l’iloprost oral (avec escalade de doses), soit un placebo pendant six mois, puis bénéficiaient d’une seconde fibroscopie avec biopsies aux mêmes sites que le premier examen. L’objectif principal de l’essai était la réduction du score histologique des lésions chez tous les sujets, puis étudiés par sous-groupes (fumeurs actifs versus ex-fumeurs).

Cent cinquante-deux sujets étaient inclus dont 125 ont eu deux fibroscopies (n = 60 dans le groupe iloprost et n = 65 pour le placebo). Il existait initialement plus de dysplasies chez les fumeurs actifs que chez les ex-fumeurs (p < 0,001). Chez les ex-fumeurs recevant l’iloprost oral, on observait une amélioration significative du score histologique par rapport au groupe placebo. Aucune différence significative entre les deux groupes n’était observée chez les sujets fumeurs actifs.

En conclusion, l’iloprost oral améliore significativement dans cet essai les dysplasies endobronchiques chez les ex-fumeurs. Ces résultats prometteurs justifient la réalisation d’un essai plus large pour valider si ce traitement peut prévenir le développement d’un cancer pulmonaire.


Rédaction : Arnaud Scherpereel, service de pneumologie et oncologie thoracique, CHU de Lille. ATS sessions C91 — Late breaking clinical trials L’auteur déclare ne pas avoir de conflit d’intérêt relatif à l’exposé présenté, mai 2010.
 Source : American Thoracic Society International Conference, Louisiane, Nouvelle-Orléans, États-Unis 14-19 mai 2010. Le contenu de ces comptes rendus a été réalisé sous la seule responsabilité de leurs auteurs garants de l’objectivité des données et de leur présentation.

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