Le dérèglement climatique, représenté principalement par le réchauffement climatique, mais aussi par l’intensification des phénomènes extrêmes, la modification des cycles de pollinisation, impacte directement nos muqueuses bronchiques qui sont en lien immédiat avec l’environnement en induisant une inflammation des voies aériennes. Quelles en sont les implications pour les patients atteints d’asthme ? Analyse des faits.
Les phénomènes climatiques extrêmes ont des conséquences majeures dans l’asthme
Températures extrêmes : les températures extrêmes peuvent provoquer des exacerbations d’asthme, souvent le jour même avec un effet immédiat 1. Des températures élevées pendant la grossesse entraînent une diminution de la capacité respiratoire, un effet similaire étant observé pour les températures basses, ainsi que du volume courant2.
Précipitations et inondations : les fortes pluies estivales augmentent les hospitalisations pour asthme et dégradent les environnements intérieurs en favorisant la prolifération des moisissures et des acariens.
Tempêtes de poussières : ces tempêtes augmentent les hospitalisations pour asthme, les particules inhalées provoquant irritations et inflammation des voies respiratoires 3.
Augmentation des facteurs allergéniques
L’allongement des saisons polliniques expose davantage aux allergènes, aggravant ainsi les symptômes d’asthme 4.L’ozone, dont l’effet est amplifié par les fortes chaleurs, s’avère particulièrement nocif pour les patients asthmatiques 5.
Orages polliniques
Les orages polliniques représentent une menace sérieuse pour les patients atteints d’asthme. L’épisode de Melbourne en 2016 illustre bien ce phénomène : une forte concentration de pollens, associée à des précipitations, a entraîné une augmentation spectaculaire des consultations aux urgences, des hospitalisations et des décès. Les mécanismes exacts ne sont pas encore connus mais ces crises massives sont liées à des pollens fragmentés par les vents violents et inhalés sous forme de particules fines. Les facteurs de risque sont environnementaux (pluies, humidité, températures changeantes, densité de population urbaine) et individuels (asthme non traité, sensibilisation allergénique, et comportement d’exposition).
Perspectives et prévention
Face à ces enjeux, l’identification des sujets à risque, un meilleur contrôle de l’asthme, la formation des professionnels de santé et une meilleure information des populations sont essentiels. Des avancées en médecine de précision, combinant susceptibilité génétique et facteurs environnementaux, pourraient offrir des solutions ciblées. Enfin, l’intelligence artificielle promet de prévenir les crises, bien que sa propre empreinte environnementale doive être prise en compte 6.
Camille ROLLAND DEBORD, service de pneumologie, CHU Clermont-Ferrand
D’après la session organisée par le GT G2A A01 « L’asthme dans la tourmente du climat » et les communications : – « Vers une nouvelle épidémie d’asthme ? » présentée par Valérie Siroux (Grenoble) – « Trop chaud, trop froid, trop humide : la météo a-t-elle un impact sur le contrôle de l’asthme ? » présentée par Wiam El Khattabi (Casablanca) – « Orage pollinique, une menace réelle ? » présentée par Jeanne-Marie Perotin-Collard (Reims)
Damien Cuny, professeur à l’Université de Lille et docteur en écotoxicologie, alerte sur les dangers de la pollution intérieure, souvent méconnus mais aux impacts significatifs sur notre santé.
La pollution de l’air est un facteur majeur dans le développement des infections des voies respiratoires inférieures. Alors que la pollution extérieure est souvent visible, la pollution intérieure reste sous-estimée, bien que nous passions 90 % de notre temps en intérieur.
Les différentes formes de pollution intérieure
La pollution intérieure regroupe des polluants chimiques et biologiques. Parmi les premiers, le formaldéhyde et le monoxyde de carbone (CO) proviennent des matériaux de construction et des appareils de combustion. Les contaminants biologiques incluent les acariens, responsables de 10 à 20 % des allergies respiratoires, qui prolifèrent dans les environnements chauds et humides. Les moisissures, invisibles à l’œil nu dans certains cas, se développent dans des lieux humides et cachés. Trois genres principaux – Aspergillus, Cladosporium et Penicillium – sont particulièrement courants dans les logements. Les blattes, quant à elles, prolifèrent dans des environnements favorables et sont allergisantes. Enfin, les allergènes d’animaux domestiques, comme ceux des chats ou des chiens, sont une autre source fréquente de sensibilisation.
Adopter de bonnes pratiques pour un intérieur plus sain
Il est essentiel de ne pas fumer à l’intérieur du logement, d’aérer le logement deux fois 10 minutes par jour pour renouveler l’air. L’utilisation de produits chimiques doit être limitée, et il est préférable de choisir des matériaux peu émissifs. Maintenir une température entre 18 et 20 °C et traiter rapidement tout problème d’humidité permet de limiter les risques. L’entretien régulier des appareils de combustion aide à maintenir leur bon fonctionnement.
Des experts pour vous accompagner
Pour identifier les sources de pollution intérieure ou en cas de troubles de santé, il est possible de consulter un Conseiller Habitat Santé (CHS) ou un Conseiller Médical en Environnement Intérieur (CMEI), formés pour évaluer les logements et proposer des solutions adaptées. Des gestes simples peuvent aider à réduire la pollution intérieure et à protéger la santé des occupants
Etienne-Marie JUTANT, service de pneumologie, CHU de Poitiers
D’après la communication « Quand l’ennemi vient de l’environnement intérieur » présentée par Damien Cuny (Lille), session A06 organisée par le groupe GREPI « Quand l’environnement fait le lit des infections Respiratoires » du vendredi 24 janvier 2025
Et si Donald 2.0 se TRUMPAIT sur les PM 2.5 ? Ces particules sont aujourd’hui reconnues comme étant associées au risque de cancer du poumon. Alexis Cortot a discuté la physiopathologie ainsi que l’impact sur la prise en charge et le dépistage de cette pathologie.
En se retirant de l’accord de Paris, Donald Trump fait vraisemblablement un choix contestable de santé publique, à contresens de l’histoire. Dès 1950, Sir Richard Doll, en visionnaire, avait pressenti que les deux principaux facteurs de risque de cancer du poumon étaient le tabac et la pollution. Cette dernière fait la part belle aux particules fines de moins de 2,5 µm (PM2.5) que l’on respire en dehors mais également au sein de nos environnements domestiques. Ces PM2.5 ont la faculté d’accéder avec brio à nos alvéoles et s’aventurent jusqu’au sein de nos ganglions médiastinaux. Si le seuil cible d’exposition aux PM2.5 est < 5µg/m3, le français moyen ne ménage pas ses efforts et en respire le double et 100% des franciliens sont exposés à des niveaux supérieurs aux seuils recommandés.
Exposition aux PM2.5 et risque de cancer du poumon
Depuis 2013, la pollution de l’air est reconnue par l’OMS comme un carcinogène certain, responsable d’un nombre estimé de 200 000 décès par an dans le monde. Le lien épidémiologique est désormais clairement établi entre l’exposition chronique aux PM2.5 et un surrisque de cancer du poumon de manière dose-dépendante (+14% pour chaque augmentation de 10 µg/m3). Des données confirmées par l’étude française multicentrique KBP-2020. Alexis CORTOT a de plus rapporté les dangers de l’exposition chronique au feu de bois et aux fumées de cuisson. Selon ses dires et de manière inattendue, l’ail cru pourrait neutraliser ce risque mais il est difficile de savoir si cela émane de son puissant pouvoir antioxydant ou de l’isolement social provoqué par son exhalation…
Et si l’IL-1β était la clé ?
C’est outre-manche que Swanton et son équipe ont développé un programme ambitieux de recherche sur ce sujet. Après avoir confirmé cette association épidémiologique forte, ils ont montré que l’exposition aux PM2.5 était à l’origine d’une réaction inflammatoire médiée par l’IL-1β au niveau alvéolaire (cellules AT2). Ils ont enfin mis en évidence la présence de mutations au potentiel oncogénique portées par les gènes EGFR et KRAS au sein de cellules AT2 du poumon sain. Et c’est ainsi que l’exposition aux PM2.5 favorise l’instabilité génomique et le développement de clones préalablement mutés via la voie de l’IL-1β. Cette brillante démonstration mécanistique modifie radicalement nos préconceptions sur le sujet. La place d’interventions thérapeutiques très précoces, afin de stopper le processus de carcinogénèse reste à définir. L’utilisation du canakimumab (anti-IL-1β) n’a en effet pas montré son intérêt chez les patients atteints de carcinomes pulmonaires invasifs, mais peut-être faudra-t-il en tester l’intérêt à des stades beaucoup plus précoces de la carcinogénèse.
Impact sur la prise en charge du cancer du poumon et son dépistage
En attendant de potentielles interventions précoces, il devient possible d’affirmer à nos patients le lien entre pollution et cancer du poumon et de le prendre en compte de manière effective dans leur prise en charge. Il faut désormais réfléchir collectivement à la manière d’intégrer l’exposition aux polluants dans les scores de risque de cancer du poumon, et ce d’autant plus que le dépistage frappe à la porte.
Ces résultats incitent également à modifier nos comportements du quotidien afin de limiter notre contribution individuelle à la pollution atmosphérique en favorisant des modes de transport bas carbone tels que le vélo, la marche à pied ou l’utilisation des transports en commun tout en prenant garde à limiter au maximum nos expositions domestiques en ventilant nos maisons, ce qui aura également pour intérêt de ne pas laisser stagner le radon qui pourrait s’y trouver…
D’après la communication « Cancers du poumon attribuable à la pollution par particules fines » présentée par Alexis Cortot (Lille), session A05 « Lutte contre la pollution et lutte contre le cancer, même combat ? » du vendredi 24 janvier 2025.
ÉDITORIAL
Particules fines, mais informationsgrossières ? Nicolas Postel-Vinay
VIE DE LA SOCIÉTÉ
Groupe de travail AJPO2, Lucile Sesé– Groupe éducation thérapeutique,François Martin — Groupe Sarcoïdose
francophone en 2014-2015, Dominique Valeyre — Groupe Aérosolthérapie en 2014, Jean-Christophe Dubus — Groupe Pneumologie et Culture, Jean-Pierre Orlando
Groupe de recherche et enseignement en pneumo-infectiologie, Anne Bergeron — Groupe endoscopie de langue française, Jean-Michel Vergnon — Bilan et perspective du groupe Asthme & Allergie 2014-2015, Gilles Garcia – Groupe Sommeil, Frédéric Gagnadoux – Groupe BPCO Nicolas Roche
TRIBUNE LIBRE
13. Formation des futurs pneumologues : l’actuel projet réforme du 3e cycle doit être amendé ! Lucile Sesé 14. Le programme national de réduction du tabagisme est voué à l’échec, Catherine Hill
VIGILANCE
Nouveau : le peramivir, inhibiteur de la neuraminidase utilisable contre la grippe par voie intraveineuse, Nicolas Postel-Vinay
ENTRETIEN 17. Pollution atmosphérique pour les nuls : quelques réponses pour sortir du brouillard,Gilles Dixsaut
19. Infections respiratoires virales et PCR multiplex : savoir faire appel aux atouts de la biologie moléculaire, Alice Vilain-Parcé, Camille Tumiotto, Hervé Fleur
INITIATIVE
Cohorte nationale des patients emphysémateux déficitaires en alpha-1 antitrypsine (CONEDAT), Gabriel Thabut
CULTURE
Art Brut, Jean-Pierre Orlando
INFECTION
Tuberculose latente et enquête autour d’un cas de tuberculose, Fadi Antoun, pollution, particules fines
ENCADRÉS
Disparition d’Alain Murez, Pierre Casadevall — Les petites annonces
21. Dernière minute, jeudi 2 avril 2015