


Léo Grassion, Service de Pneumologie, CHU de Bordeaux (Hôpital Haut-Lévêque)
Une étude de cohorte rétrospective menée en Angleterre montre que la mortalité toutes causes associée à la BPCO dépasse celle du cancer de la prostate et du cancer du sein, et rejoint, voire dépasse en cas de forme sévère, celle de l’insuffisance cardiaque.
La BPCO reste souvent perçue comme moins grave que d’autres pathologies chroniques fréquentes, telles que le cancer de la prostate , le cancer du sein ou l’insuffisance cardiaque, ce qui contribue à une priorisation moindre de cette maladie par les systèmes de santé et les décideurs. Une étude anglaise, présentée lors du congrès de l’European Respiratory Society (ERS) 2026 à Barcelone, s’est proposée de comparer objectivement le fardeau de mortalité de ces quatre pathologies à partir de données de vie réelle.
Une cohorte de vie réelle à grande échelle
Les auteurs ont conduit une étude de cohorte longitudinale à partir de la base de données britannique Clinical Practice Research Datalink (CPRD Aurum), couplée aux données du Hospital Episode Statistics et de l’Office for National Statistics. Tous les patients ayant un diagnostic de BPCO, de cancer de la prostate, de cancer du sein ou d’insuffisance cardiaque entre janvier 2014 et mars 2020 ont été inclus. La cohorte BPCO (n = 348 421 à 724 072 selon le comparateur) a été appariée sur l’âge, le sexe, la région et un indice socio economique à des cohortes de patients atteints de chacune des trois pathologies comparatrices (1:1) et à un groupe contrôle (2 :1). Le critère de jugement principal était la mortalité toutes causes.
Une mortalité supérieure aux cancers, comparable à l’insuffisance cardiaque
Le taux de mortalité toutes causes chez les patients BPCO était de 58,1 pour 1000 personnes-année (PA), contre 26,8 pour 1000 PA chez les patients non-BPCO appariés (HR 2,32 ; IC95 % 2,29–2,35). Comparée au cancer de la prostate (42,0/1000 PA) et au cancer du sein (35,6/1000 PA), la BPCO était associée à une surmortalité de plus de 60 % (HR respectivement 1,63 [1,56–1,69] et 1,64 [1,57–1,71]). À l’inverse, la mortalité des patients BPCO restait inferieure de celle observée dans l’insuffisance cardiaque (58,1 versus 64,9/1000 PA ; HR 0,96 [0,93–0,98]).
Un surrisque doublé dans les formes sévères
L’analyse en sous-groupe des patients atteints de BPCO sévère (stade GOLD 3–4, VEMS < 50 %, ou antécédent d’exacerbations sévères) a mis en évidence un taux de mortalité atteignant 91,1 pour 1000 PA, soit le taux le plus élevé de toute l’étude. Le surrisque de mortalité par rapport au cancer de la prostate ou au cancer du sein était alors multiplié par deux environ (HR 2,22 et 2,23), et dépassait de plus de 30 % celui de l’insuffisance cardiaque (HR 1,33 [1,29–1,38]).
Vers une meilleure reconnaissance de la BPCO
Ces résultats confirment que la BPCO est associée a un risque de mortalité supérieur à celui de cancers fréquemment considérés comme prioritaires, et comparable, voire supérieur en cas de forme sévère, à celui de l’insuffisance cardiaque. Pour les auteurs, cela reste largement sous-reconnu et plaide pour un renforcement de la prise en charge de la BPCO conforme aux recommandations, afin de répondre à un enjeu de santé publique encore trop souvent négligé.
D’après le poster PA474, « Mortality in patients with COPD exceeds prostate and breast cancer and is comparable to heart failure: A real-world study from England », congrès de l’European Respiratory Society (ERS), Barcelone, Espagne, 5–9 septembre 2026.



