


Léo Grassion, Service de Pneumologie, CHU de Bordeaux (Hôpital Haut-Lévêque)
Malgré une VNI optimisée, deux tiers des patients atteints d’insuffisance respiratoire chronique rapportent une qualité de sommeil subjective altérée. Une analyse de clusters combinant 2 questionnaires (PSQUI et S3-VNI) identifie quatre phénotypes de symptômes résiduels
Les patients atteints d’insuffisance respiratoire chronique (IRC) rapportent fréquemment des troubles du sommeil. Lorsqu’il existe une indication de traitement par ventilation non invasive (VNI), on espère que celle-ci permettra d’améliorer la qualité du sommeil..
C’est cette relation entre qualité de la ventilation rapportée par les patients (Via le questionnaire S3 NIV) et la qualité du sommeil (Evaluée à l’aide du Pittsburgh Sleep Quality Index (PSQI)) qui a été évaluée par l’étude présentée au congrès de l’ERS à Barcelone.
Une cohorte prospective de 488 patients sous VNI au long cours
Les auteurs ont inclus prospectivement 488 adultes sous VNI pour IRC, d’étiologie variée : syndrome obésité-hypoventilation (45 %), BPCO (23 %) et maladies neuromusculaires (32 %). Un clustering non supervisé par la méthode des k-médoïdes, fondé sur les scores totaux de PSQI et de S3-NIV, a été utilisé pour identifier des phénotypes de symptômes résiduels. Les caractéristiques cliniques, comorbidités, traitements, paramètres ventilatoires et critères physiologiques ont ensuite été comparés entre les phénotypes ainsi identifiés.
Une VNI efficace, mais une qualité de sommeil subjective souvent altérée
La population avait un âge médian de 64,5 ans, avec un IMC médian de 32,1 kg/m², et était sous VNI depuis 36,5 mois en médiane. Les paramètres « classiques » retrouvaient une bonne efficacité du traitement par VNI : PaCO2 médiane à 40,3 mmHg, observance moyenne de 7,2 heures par jour, et indice d’apnées-hypopnées résiduel médian à 1,4/h. Malgré cette VNI a priori optimisée, le score PSQI médian était de 7,0 avec 66 % des patients présentant une qualité de sommeil subjective altérée (PSQI > 5), soulignant un fardeau symptomatique résiduel important malgré un traitement à priori optimisé.
Quatre phénotypes retrouvés
Le clustering a permis d’individualiser 4 phénotypes distincts : 21,1 % des patients présentaient à la fois un sommeil et une ventilation perçue de moins bonne qualité (S–V–), 19,9 % un sommeil altéré associé à une ventilation perçue satisfaisante (S–V+), 22,7 % un sommeil plus préservé mais une ventilation perçue de moins bonne qualité (S+V–), et 36,3 %, le groupe le plus large, un profil globalement favorable sur les deux dimensions (S+V+). Sur les autres échelles de symptômes, les phénotypes avec sommeil altéré (S–V– et S–V+) présentaient des taux plus élevés de symptômes de dépression, d’insomnie, de syndrome des jambes sans repos, de fatigue, de plaintes cognitives ainsi que de recours aux psychotropes. Les phénotypes avec une moins bonne qualité perçue de la ventilation (S–V– et S+V–) rapportaient davantage d’effets secondaires liés à la VNI et une durée de VNI plus courte depuis son initiation.
Aucune différence sur les paramètres objectifs de VNI entre les phénotypes
À l’inverse, les réglages de VNI (fréquence de sécurité, IPAP, EPAP, recours à l’oxygénothérapie,) et les paramètres objectifs (observance sur les 30 derniers jours, indice d’apnées-hypopnées résiduel, SpO2 moyenne, index de désaturation, pourcentage de temps passé sous 90 % de SpO2, VEMS et CVF en % de la valeur théorique) ne différaient pas significativement entre les quatre phénotypes (p > 0,05 pour l’ensemble de ces paramètres).
Des phénotypes cliniquement pertinents invisibles à l’évaluation physiologique seule
Chez ces patients IRC sous VNI, majoritairement normocapniques, le phénotypage par autoquestionnaires met en évidence une hétérogénéité importante des profils de ventilation perçue et de sommeil, indépendante de la sévérité de la maladie respiratoire ou des paramètres de VNI. Selon les auteurs, ces clusters sont caractérisés par des différences de troubles du sommeil et de l’humeur associés, ainsi que par l’inconfort lié à la VNI, plutôt que par la sévérité de l’IRC ou les réglages ventilatoires. Ces résultats suggèrent que les symptômes rapportées par les patients captent des phénotypes cliniquement pertinents que l’évaluation physiologique conventionnelle seule ne permet pas d’identifier, et plaident pour leur utilisation systématique en complément du suivi objectif, afin de guider une prise en charge personnalisée des symptômes résiduels chez les patients sous VNI au long cours.
D’après la présentation de Pierre Tankéré et al., « Multidimensional Patient Reported Outcome Measures assessment in non-invasive ventilated patients: A cluster analysis of residual symptoms profiles » (Hospices Civils de Lyon et CHU de Grenoble), congrès de l’European Respiratory Society (ERS), Barcelone, Espagne, 5–9 septembre 2026.



