
Une très grande nouvelle toute fraîche datant du 23 janvier, veille de l’ouverte du congrès : le projet IMPULSION, porté par les Pr Marie-Pierre Revel et Sébastien Couraud, est l’heureux élu du programme pilote de l’INCa sur le dépistage des cancers ! Le chemin fut long et parsemé d’embûches depuis l’annonce de la stratégie décennale de lutte contre le cancer en 2021, puis le lancement en avril 2022 du programme pilote de dépistage par l’INCa…
Un bon candidat au dépistage organisé
Le cancer du poumon (CP) est un candidat indiscutable au dépistage organisé (DO) selon les critères de l’OMS. Problème majeur de santé publique, son diagnostic précoce permet un traitement curatif par chirurgie alors qu’un diagnostic tardif est associé à un pronostic sombre. Quant à l’existence d’un test de dépistage efficace, il est tout trouvé avec le scanner thoracique faible dose (SFD). Les données en faveur de ce DO s’accumulent de toutes parts. La méta-analyse Cochrane de 2022, qui regroupe les données de plus de 100 000 participants, retrouve une réduction de mortalité spécifique par cancer du poumon de 21% et de mortalité toute cause de 5%.
Modification du stade au diagnostic et amélioration de la survie
L’efficacité du dépistage s’explique par la modification de la répartition des stades au diagnostic. Si la cohorte française de vraie vie KBP retrouvait 20% de patients à un stade localisé, les différentes études de DO du CP indiquent, quant à elles, des taux de 54 à 86% de stade I-II, opérés dans 60 à 85% des cas. L’étude I-ELCAP (90 000 sujets, 1250 diagnostics de CP) rapporte une survie à 20 ans de 95% pour les stades IA. Tous ces éléments font largement pencher la balance bénéfice/risque en faveur du DO du CP malgré les inconvénients que sont les faux positifs et le risque de surdiagnostic.
Le dépistage organisé du cancer du poumon en pratique
Il existe à l’heure actuelle de nombreux programmes nationaux de DO du CP dans le monde. Si la plupart d’entre eux se basent sur des critères d’âge et de tabagisme, le programme anglais (TLHCP) est le 1er à utiliser un score de risque (PLCOm2012 ou LLPv2). Les programmes nationaux en Asie du sud-est utilisent des critères complémentaires du fait d’une épidémiologie qui diffère.
Le programme français IMPULSION : population cible, modalités et organisation
Le programme IMPULSION qui va être déployé en France est une RIPH2 (Recherche interventionnelle à risques et contraintes minimes) à promoteur unique. La population cible ? Des sujets de 50 à 74 ans, avec un tabagisme ≥ 20 paquets-années (PA), actifs ou sevrés depuis moins de 15 ans. Seront inéligibles les sujets dont les comorbidités contre-indiquent une chirurgie, des antécédents de cancer de moins de 5 ans, les sujets ayant un scanner de moins d’un an ou présentant tout symptôme de CP. Chaque site devra proposer une prise en charge tabacologique à l’inclusion avant même le scanner faible dose (SFD) qui sera annuel les 2 premières années, puis bisannuel avec évaluation concomitante du score calcique, de l’emphysème et de l’ostéoporose. En cas de dépistage positif, le sujet devra être adressé dans les 3 semaines à un médecin du programme pilote.
Le mode d’entrée dans le programme sera multimodal et associera de multiples moyens de communication et d’information à des outils nationaux de préinclusion. Les investigateurs seront organisés en réseau de soins primaires et secondaires. L’ensemble des données générées sera recueilli dans un système d’information national avec un retour prévu vers le médecin traitant.
Le challenge de la participation : motivés, motivés !
La participation des sujets à risque sera la pierre angulaire de ce programme, afin de favoriser une évolution progressive en vraie vie (moyenne de 55%) vers des taux proches de Nelson (>90% sur 4 tours) et NLST (>95% sur 3 tours). Les freins identifiés à la participation sont les suivants : un tabagisme actif, une origine ethnique non caucasienne, un âge < 65 ans et un faible niveau socioéducatif. Les axes identifiés d’optimisation de la participation sont notamment les stratégies de réinvitation et de rappel et l’existence d’un coordinateur du dépistage. Il est désormais nécessaire que les professionnels de santé s’emparent de cette thématique et proposent le dépistage à leur patients, en connaissant les freins. Vous savez tout, les modalités pour devenir investigateur de ce programme sont en ligne et l’objectif est d’inclure 20 000 patients le plus vite possible !
Benoit ROCH, unité d’Oncologie Thoracique, CHU Montpellier
D’après la communication « Actualité sur le dépistage du cancer du poumon » présentée par Olivier Leleu (Abbeville), session A33 « Dépistage du cancer du poumon et des maladies respiratoires » présidée par Marie-Pierre Revel (Paris) et Sébastien Couraud (Lyon) du dimanche 26 janvier 2025



