
Alors que la recherche de nouvelles molécules toujours plus simples et/ou plus efficaces se poursuit dans l’asthme sévère, l’ère des biothérapies entre en parallèle dans une nouvelle phase : celle des biosimilaires. Tenez-vous prêts, c’est pour bientôt !
L’avènement des biothérapies dans l’asthme sévère a débuté il y a 20 ans. Ces molécules, au nombre de cinq aujourd’hui ont transformé la prise en charge de nos patients. Le brevet de la molécule la plus ancienne, l’omalizumab, tombe désormais dans le domaine public et elle peut maintenant être développée par des industries concurrentes du laboratoire producteur historique.
Mais alors, qu’est-ce donc qu’un biosimilaire ?
- Similaire ne veut pas dire identique. En effet, plusieurs éléments de fabrication peuvent être sources de variations par rapport à la biothérapie de référence. Ainsi, le choix de la cellule hôte, des lieux de culture, les étapes d’extraction, de purification et l’usage d’excipients lors de la formulation galénique entrainent des modifications post-traductionnelles induisant des différences avec la molécule initiale. Le biosimilaire est cependant superposable en termes de qualité, d’efficacité et de sécurité.
- Un biosimilaire n’est pas un générique. Alors qu’un générique est une petite molécule de structure simple et bien définie, développée via une synthèse chimique de bioéquivalence, sans différence avec la molécule initiale, le biosimilaire est une molécule hautement complexe de grosse taille, de poids élevé, issue d’une synthèse biologique. Par ailleurs, le coût de développement des biosimilaires est multiplié par 100 comparativement aux génériques, et sa durée multipliée par 3.
- Le dossier de demande d’AMM comporte, pour les génériques un dossier bibliographique et l’étude de bioéquivalence, alors qu’il est plus complexe avec les biosimilaires, du fait de la nécessité d’études de novo de pharmacodynamie, toxicologie, et d’essais cliniques de phase I et III.
Développer un biosimilaire comporte des différences substantielles par rapport au développement du médicament de référence.
Ainsi, la phase initiale analytique, pré-clinique va être allongée, pour démontrer la similarité entre les 2 médicaments. A contrario, la phase d’études cliniques prouvant la sécurité, l’immunogénicité et l’efficacité va être grandement raccourcie, étant donné la ressemblance avec le médicament de référence.
Grande particularité pas forcément implicite, le développement clinique d’un biosimilaire va devoir démontrer son efficacité dans l’indication thérapeutique « la plus sensible » (urticaire chronique spontané pour l’omalizumab par exemple), mais on extrapolera ensuite l’efficacité dans les autres indications, sans devoir proposer de nouvelle étude dédiée, du fait de la ressemblance avec le médicament de référence. L’intérêt des biosimilaires réside d’une part dans un but économique, en stimulant la concurrence et en induisant une baisse de prix des médicaments, à sécurité et qualité égales. D’autre part, ils présentent un intérêt de santé publique : l’augmentation du nombre de médicaments biologiques disponibles permet de limiter les tensions d’approvisionnement et de prévenir les ruptures de stocks ou les accidents de production.
Exemple du développement de biosimilaires de l’omalizumab
Désormais tombée dans le domaine public, la molécule omalizumab peut faire l’objet de biosimilaires. Les autres molécules sont pour l’instant encore « protégées » par des brevets. Le biosimilaire en cours de développement répond pour l’heure au nom de code CT-P39. L’indication « sensible » retenue étant l’urticaire, une étude de phase 1 a montré une équivalence pharmacocinétique d’une dose unique de CT-P39 contre les omalizumab fabriqués en Europe d’une part et aux USA d’autre part. 1
Une étude de phase 3 vient tout juste d’être publiée dans Allergy, démontrant une efficacité et une tolérance statistiquement comparables à l’omalizumab.2
L’efficacité était la même que le CT-P39 soit initié en primo-prescription, ou en remplacement par switch de l’omalizumab. L’immunisation biologique est comparable, puisque 1,5% des patients du groupe biosimilaire et 2,4% des patients sous omalizumab développaient des anticorps anti-médicament. Le bénéfice dans l’asthme et la polypose nasosinusienne peuvent donc être extrapolées sans nécessité d’étude supplémentaire.
À retenir
Au total, les biosimilaires répondent aux exigences de cliniciens, sont une source potentielle d’économie de santé et vont être une réalité pour le pneumologue en 2025. Leur prescription devra être proposée, en initiation d’emblée, et en situation de renouvellement chez des patients stables, en bonne réponse clinique et non-opposants.
Clairelyne DUPIN, Paris, France
D’après la communication « Les biosimilaires, ce qu’il faut savoir » présentée par Camille Taillé lors dusymposium Celltrion Healthcare SI20 « Biosimilaires dans l’asthme sévère : de quoi parle t’on », dimanche 26 janvier 2025
- Maurer M, Saini SS, McLendon K, et al. Pharmacokinetic equivalence of CT-P39 and reference omalizumab in healthy individuals: A randomised, double-blind, parallel-group, Phase 1 trial. Clin Transl Allergy. 2022;12(11):e12204. doi: 10.1002/clt2.12204. ↩
- Saini SS, Maurer M, Dytyatkovska Y, et al. CT-P39 Compared With Reference Omalizumab in Chronic Spontaneous Urticaria: Results From a Double-Blind, Randomized, Active-Controlled, Phase 3 Study. Allergy. 2025. doi: 10.1111/all.16446. Epub ahead of print. ↩



