Cryobiopsies vs. biopsies transbronchiques à la pince : un essai randomisé contrôlé

Une équipe américaine a présenté et publié dans le JAMA l’étude FROSBITE-2, un essai contrôlé randomisé comparant la cryobiopsie à la biopsie à la pince dans les biopsies trans-bronchiques pulmonaires.

En effet, la méthode standard actuelle pour obtenir des prélèvements tissulaires durant une bronchoscopie avec biopsies transbronchiques est l’utilisation de la pince à biopsie. Malgré les récentes innovations telles que la bronchoscopie robot permettant une navigation pulmonaire de haute précision, le rendement diagnostique des biopsies transbronchiques reste estimé à 50-70% selon les indications. Une technique plus récente est celle de la cryobiopsie utilisant une congélation localisée pour obtenir des échantillons par cryoadhésion. De précédentes études utilisant une cryosonde de 1,9 mm pour la réalisation de biopsies transbronchiques chez des patients suspects de pneumopathie interstitielle avaient déjà montré un meilleur rendement diagnostique qu’avec les pinces à biopsies. En revanche, certaines études portant sur l’utilisation de sondes de 1,9 mm à 2,4 mm rapportaient un risque accru de pneumothorax et de saignement. FROSBITE-1, une étude mono-groupe menée sur 50 patients avait permis d’évaluer un nouveau type de sonde à cryobiopsie de calibre 1,1 mm et concluait à un taux de complications similaire à celui des pinces à biopsie.

L’étude FROSBITE-2, présentée lors de la session commune NEJM/AJRCCM/JAMA, a comparé le rendement diagnostique de ces cryosondes de 1,1 mm aux pinces à biopsies classiques (diamètre de 1,7 à 2,0 mm).  Menée dans 9 centres aux États-Unis, l’étude a inclus 500 patients entre février 2023 et septembre 2024. Les patients ont été randomisés (ratio 1:1) avec une stratification selon trois indications : transplantation pulmonaire, masse/nodule pulmonaire, et PID. Seuls les anatomopathologistes travaillaient en aveugle. Le recours au bronchoscope rigide a été laissé à la discrétion du praticien, tout comme la réalisation complémentaire d’un lavage broncho-alvéolaire ou d’une cytoponction. L’utilisation de techniques de navigation (comme la bronchoscopie robot-assistée) était autorisée dans les deux bras, compte tenu de leur compatibilité avec les cryosondes de 1,1 mm et les pinces de 2,0 mm. Le nombre de biopsies était standardisé à 10 dans le sous-groupe « transplantation » et à 5 dans les sous-groupes « masse/nodule » et « PID ». Tous les patients ont bénéficié d’une radiographie thoracique post-geste pour dépister un pneumothorax. Les effets indésirables à 30 jours ont été recueillis via le dossier médical ainsi que par appel téléphonique. Les prélèvements ont d’abord été examinés par l’anatomopathologiste local, puis numérisés pour une double lecture centralisée. Dans chaque bras, ont été randomisé 250 patients dans les sous-groupes suivants : 125 transplantations pulmonaires, 100 masses/nodules, 25 PID. 10 patients ont été perdus de vues, laissant des effectifs totaux de 245 patients pour chaque bras. Dans le bras cryobiopsie, les perdus de vue sont uniquement du sous-groupe nodule/masse. La répartition dans le bras pince à biopsies est de 1 dans le sous-groupe transplantation, 3 dans le sous-groupe masse/nodule, 1 dans le sous-groupe PID. Les caractéristiques démographiques étaient similaires entre les deux bras (âge moyen : 62,6 ans ; 50,4 % d’hommes). Le rendement diagnostique était significativement meilleur dans le groupe cryobiopsie que dans le groupe pince à biopsies, avec des valeurs respectives de 88,6% et 78,8% (p=0,003).

L’analyse par sous-groupe retrouve une plus grande différence absolue dans le sous-groupe nodule/masse : 83,2% vs 70,1% en faveur du bras cryobiopsie. Dans le sous-groupe transplantation, les rendements étaient de 96% dans le bras cryobiopsie et de 88,7% dans le bras biopsie à la pince. On ne retrouve pas de différence significative dans le sous-groupe PID : 72% de rendement diagnostique dans le bras cryobiopsie, 62,5% dans le bras biopsie à la pince.  Concernant la qualité histologique des prélèvements, les biopsies étaient de tailles plus élevées dans le bras cryobiopsie. Le score d’évaluation histologique était meilleur et les artefacts d’écrasement moins importants. Concernant les effets secondaires, il n’a été rapporté aucun pneumothorax dans le bras cryobiopsies contre 6 dans le bras biopsies à la pince. Aucun saignement significatif n’a été observé dans les 2 bras.

Cet essai démontre un meilleur rendement diagnostique de la cryobiopsie face aux traditionnelles biopsies à la pince. il semblerait d’une plus grande taille d’échantillon et d’un écrasement moindre lors du prélèvement. Les résultats n’étaient cependant pas significatifs dans le sous-groupe des PID. L’essai suggère également une certaine sécurité de la technique avec les cryosondes de 1,1 mm, étant donné l’absence de pneumothorax et de saignement majeur. Ces conclusions prometteuses se heurteront sans doute aux difficultés d’accessibilité de la technique, qui reste actuellement limitée à des centres majeurs de pneumologie. Son adoption sera sans doute plus rapide dans le suivi des transplantations pulmonaires, une activité par nature centralisée dans des structures de référence disposant déjà d’un accès facilité aux dernières innovations endoscopiques.

D’après Thiboutot J et al. Cryobiopsy vs forceps for bronchoscopic lung biopsy: The FROSTBITE-2 randomized clinical trial. JAMA, publication en ligne anticipée, 18 mai 2026. https://doi.org/10.1001/jama.2026.7908, session B14.

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