Une luminothérapie en plein essor en oncologie

Antoine Lemaire

Médecin de la douleur, chef du pôle cancérologie et spécialités médicales de l’hôpital de Valenciennes
d’après une interview réalisée par Agnès Lara


Après avoir été longtemps décriée, cette technique de traitement basée sur l’application d’une lumière LED dans le rouge ou l’infrarouge, s’est particulièrement développée en oncologie.
Elle y trace aujourd’hui ses lettres de noblesse. Pionnier du déploiement de la technique en France, le Dr Antoine Lemaire nous présente les espoirs qu’elle suscite, mais aussi ses limites.

Pouvez-vous nous rappeler ce qu’est la photobiomodulation (PBM) et sur quels principes elle repose ?

La PBM est une méthode de traitement non invasive, indolore et sans effets indésirables, qui repose sur la lumière. Le principe est ancien puisque de la lumière bleue était déjà utilisée dès les années 1950 pour soigner l’ictère des nouveau-nés. Depuis, les équipements se sont affinés : laser de faible intensité d’abord (Low Level Light Therapy, 1967), puis diode électroluminescente (Light-Emitting Diode ou LED). La médecine aérospatiale a également contribué à la connaissance et au développement de la PBM, en particulier avec les LEDs. Puis, peu à peu, la technique a été évaluée dans le cadre d’essais cliniques et les protocoles se sont standardisés, jusqu’à obtenir un niveau de preuve élevé dans les mucites. Aujourd’hui, la PBM utilise le plus souvent des longueurs d’onde dans la lumière visible rouge et proche infrarouge, non ionisante. La longueur d’onde est choisie en fonction de la profondeur de tissu que l’on veut traiter.

Quel est son mécanisme d’action ?

Le mode d’action multimodale de la PBM est aujourd’hui bien décrit dans la littérature et a fait taire les détracteurs de la première heure [1]. Au niveau cellulaire, l’absorption des photons active la chaîne respiratoire mitochondriale en agissant sur l’une de ses enzymes, la cytochrome C oxydase. Le processus est athermique, mais il déclenche une cascade d’activation de plusieurs voies de signalisation intracellulaires et l’expression de différents gènes. Il en découle une augmentation de la production d’adénosine triphosphate (ATP) et donc d’énergie métabolique. La production de monoxyde d’azote (NO) est augmentée, ce qui induit une vasodilatation et une augmentation de l’oxygénation des tissus. Une modulation des médiateurs de l’inflammation ou de la neuro-
inflammation (cytokines, facteurs de croissance…) est observée, la prolifération et la migration des cellules sont également favorisées, ce qui explique l’intérêt de cette technique dans la réparation et la régénération tissulaire. Par ailleurs, la PBM agit aussi sur des canaux ioniques impliqués dans la douleur (Transient Receptor Potential Vanilloid ou TRPV).

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