
Une session de posters a abordé les immunochimiothérapies des cancers du poumon sous différents aspects : toxicité rénale, intensité des soins chez les patients métastatiques et toxicité pulmonaire de l’immunothérapie de consolidation.
Et si l’immunochimiothérapie pouvait coûter un rein ?
L’incidence des insuffisances rénales aiguës (IRA) organiques semble sous-estimée dans les études princeps avec 5,2% d’incidence des IRA tout grade/cause dans la KEYNOTE-189. Cette étude rétrospective française bicentrique avait donc pour but de caractériser en vraie vie l’incidence de ces IRA organiques chez 288 patients atteints de CBNPC non épidermoïdes traités par immunochimiothérapie. Quatre-vingt-dix-sept patients (33%) avaient présenté une IRA organique de grade ≥2 dont 34 reliées de manière certaine/ probable à l’immunochimiothérapie (12%). Les facteurs de risque et comorbidités cardiovasculaires étaient des facteurs de risque avérés en analyse univariée. Il en ressort de plus que les patients n’étaient pas assez explorés sur le plan rénal et il convient d’avoir une attention toute particulière à ce sujet à l’ère où l’immunochimiothérapie devient souvent la règle.
IRA ou IR(é)A pas : comment décider de l’intensité de soins quand le cancer du poumon métastatique se complique ?
Cette étude originale s’est attachée à évaluer de manière prospective et multicentrique la prise de décision de l’intensité des soins prodigués aux patients atteints de cancer du poumon métastatique (CBNPC, CPC) en situation de défaillance d’organe, en fonction des caractéristiques du médecin, de la ligne de traitement (L1 ou L2) et de la situation d’urgence (aplasie fébrile, pneumopathie, obstruction tumorale). Chaque médecin recevait 3 cas cliniques (CBNPC L1, CBNPC L2, CPC L1) auxquels étaient appliqués les 3 situations d’urgence. Le niveau choisi d’intensité de soins allait de 1 (soins intensifs sans limitation) à 5 (soins de confort exclusifs) et la raison du choix était recueillie. De manière globale, l’intensité des soins proposés était haute, reflétant l’évolution pronostique notable des patients atteints de cancer du poumon. Le choix était majoritairement guidé par l’état général du patient, la réversibilité de la complication et la réponse au traitement. Les propositions des onco(pneumo)logues et réanimateurs étaient assez proches tandis que les urgentistes s’orientaient vers des attitudes moins interventionnistes. De manière frappante, le niveau d’intensité proposé aux patients atteints de CPC en L1 était très inférieur à celui des CBNPC en L1/L2, particulièrement en cas de tumeur obstructive. Cela ne manque pas de questionner quand on connait la chimiosensibilité majeure des CPC en 1ère ligne. Ces résultats, appelés à être très prochainement publiés, suggèrent qu’un travail de formation continue demeure indispensable, afin que les décisions multidisciplinaires soient prises de manière éclairée dans ces situations critiques, possiblement sur la base de protocoles standardisés.
Des données de vraie vie sur l’efficacité et la toxicité pulmonaire de l’immunothérapie de consolidation : parce que vous le DURVAlez bien !
L’étude PACIFIC-R est une étude observationnelle internationale en vie réelle qui a confirmé les résultats d’efficacité et de tolérance du durvalumab en consolidation après radiochimiothérapie concomitante en traitement des CBNPC de stade localement avancé. Ces 2 posters ont rapporté les données de suivi à 3 ans de la cohorte France de PACIFIC-R (N=342). Dans le premier poster, l’efficacité du durvalumab varie avec l’âge, la survie étant plus importants avant 75 ans qu’après : survie sans progression médiane ≥23,5 vs 11,7 mois et survie globale à 3 ans ≥62,4% vs 37,5%. Il est néanmoins important de préciser que seuls 7,6% des sujets avaient plus de 75 ans et qu’ils tiraient tout de même un bénéfice de l’immunothérapie.
Le second poster s’est attelé à la délicate question des pneumopathies/pneumopathies interstitielles survenant dans ce contexte d’immunothérapie. Leur taux de survenue était de 17,2%, majoritairement de grades 1-2 (62%) sans aucun décès. Le délai médian d’apparition était de 59 jours. Un traitement par corticoïdes était proposé dans 72% des cas et le durvalumab était définitivement arrêté dans 59% des cas. L’apparition d’une telle toxicité respiratoire était associée à une réduction nette de la survie sans progression médiane (17,2 vs 36,5 mois), avec toutefois une absence d’impact sur la survie globale (environ 70% à 2 ans, 60% à 3 ans). De tels chiffres sont rassurants sur l’absence de perte de chance pour les patients qui développent ce type de toxicité, mais ils rappellent que la vigilance doit être de mise afin d’identifier au plus tôt ces toxicités et de les prendre en charge de manière précoce.
Benoit ROCH, unité d’Oncologie Thoracique, CHU Montpellier
D’après les sessions de posters PO04 « Cancer1 » et PO05 « Cancer2 » du samedi 25 janvier 2025 et les posters :
Posters 196 et 197 : « Efficacité et tolérance pulmonaire du durvalumab en consolidation après chimio-radiothérapie dans les CBNPC de stade III: résultats de la cohorte française PACIFIC-R », présentés respectivement par L. Falchero et C . Chouaid et coll.
Poster 189 : « Étude de l’incidence en vie réelle de l’IRA organique survenant sous chimio-immunothérapie administrée en 1ère ligne de traitement des CBNPC non épidermoïdes », présenté par C Chautemps et coll.
Poster 203 : « État des lieux des stratégies de définition du statut réanimatoire des patients atteints de néoplasie pulmonaire métastatique à l’échelle nationale », présenté par Marie Herbreteau



