Pas une nouvelle recette de tapas mais, pour rester fidèle à la tradition dijonnaise, la description de la plus fréquente forme de toxicité pulmonaire de l’osimertinib. TAPOs signifie en réalité « transient asymptomatic pulmonary opacities ».

L’osimertinib est un inhibiteur de l’EGFR de troisième génération. En France, il est actuellement administré en seconde ligne chez les patients porteurs d’un cancer bronchique non à petites cellules métastatique ayant développé une mutation de résistance EGFR-T790M.

Des TAPOs décrits chez un patient sous osimertinib sur cinq

Une étude multicentrique rétrospective a établi, à partir des dossiers médicaux et de la relecture centralisée des scanners thoraciques, l’incidence des pneumonies médicamenteuses dans une cohorte de 452 patients japonais traités par osimertinib entre août 2018 et décembre 2019 1. Le diagnostic de pneumonie médicamenteuse a pu être posé chez 18% des patients. Parmi eux, 4,6% ont développé une forme sévère, tandis que des TAPOs ont été décrits chez 46% des patients. Il s’agit de nouvelles anomalies localisées, sous la forme d’opacités en verre dépoli dans 49% des cas ou de consolidations péri-bronchovasculaires prenant parfois un aspect typique de pneumonie organisée dans 48% des cas. Une présentation sous la forme de nodules est beaucoup plus rare 2.

De la même façon, des TAPOs ont été décrits chez 19,6% des patients d’une cohorte italienne comportant 92 sujets traités par osimertinib 3.

Diagnostic différentiel et attitude thérapeutique

La question du diagnostic différentiel doit être soulevée. Il est toujours difficile de distinguer une pneumonie médicamenteuse d’une infection, d’une pneumonie radique, d’un œdème pulmonaire, d’une pathologie interstitielle précessive ou encore d’une pseudo-progression.

Les TAPOs surviennent en moyenne après 16 à 24 semaines (de 1 à 80 semaines) de traitement.

Le seul facteur de risque identifié est le statut tabagique (hazard ratio à 1,72 (IC95% [1,01-2,89])). Rappelons brièvement que le risque de toxicité pulmonaire est exponentiel si une immunothérapie est associée, ce qui contre-indique l’administration de ces traitements qu’elle soit concomitante ou séquentielle.

Le traitement est poursuivi puisque les patients sont asymptomatiques et que les anomalies radiologiques sont localisées. L’évolution est favorable sous osimertinib et les TAPOs disparaissent en moyenne en 6 à 14 semaines (de 8 à 37 semaines). Enfin, la présence de TAPOs n’aurait pas d’incidence sur le devenir des patients.

À retenir

Les TAPOs sont des anomalies radiologiques bénignes fréquemment observées chez les patients traités par osimertinib. Comme les TAPOs sont localisées et asymptomatiques, le traitement par osimertinib peut raisonnablement être poursuivi, sous réserve d’une surveillance clinique et radiologique étroite.

Marjolaine Georges, Service de Pneumologie et Soins Intensifs Respiratoires, CHU Dijon Bourgogne


D’après la communication 3682 “Pulmonary toxicity associated with antineoplastic therapy: Molecular targeted agents” présentée par Maria Gabriela Oliveira Fernandes (Matosinhos, Portugal) ; Session 415 “Diagnosis and management of pneumonitis in lung cancer systemic therapy

  1. Sato Y, Sumikawa H, Shibaki R, et al. Drug-Related Pneumonitis Induced by Osimertinib as First-Line Treatment for Epidermal Growth Factor Receptor-Positive Non-Small Cell Lung Cancer: A Real-World Setting. Chest 2022:S0012-3692(22)01068-6.
  2. Lee H, Lee HY, Sun JM, et al. Transient Asymptomatic Pulmonary Opacities During Osimertinib Treatment and its Clinical Implication. J Thorac Oncol. 2018;13(8):1106-1112.
  3. Taronna G, Leonetti A, Gustavo Dall’Olio F, et al. Transient asymptomatic pulmonary opacities and interstitial lung disease in EGFR-mutated non-small cell lung cancer treated with osimertinib. Tumori. 2021:3008916211047888.
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