Délai de prise en charge du cancer pulmonaire : tous les patients sont-ils logés à la même enseigne ?

Les retards dans le diagnostic et le traitement du cancer pulmonaire sont un problème crucial, car ils peuvent être une cause majeure de stress pour le patient, et altérer son pronostic. Des recommandations nationales existent aussi bien en France qu’aux États-Unis pour limiter ces délais, mais sont-ils vraiment respectés ? Et quels facteurs peuvent influencer ces délais ? Une étude a évalué ces délais aux États-Unis pour le cancer pulmonaire primitif, et a évalué l’impact de l’origine ethnique du patient et de l’histologie du cancer sur le retard thérapeutique.

Dans la base de données SEER-Medicare, 120 278 patients âgés au minimum de 65 ans, porteurs d’un cancer pulmonaire (sans autre antécédent de cancer) entre 1991 et 2005 ont été identifiés. L’intervalle de temps étudié était compris entre le premier geste diagnostique pour le cancer pulmonaire (T0) et la date d’initiation du premier traitement (chirurgie, radiothérapie ou chimiothérapie ; T1). Un retard thérapeutique était défini par un intervalle de temps T0-T1 supérieur à 60 jours. Une analyse par Chi-square et régression multivariée était réalisée pour rechercher les facteurs prédictifs d’un retard de prise en charge thérapeutique. Après exclusion des patients n’ayant pas de données (codes) complètes pour T0 et T1, 64 864 sujets étaient éligibles pour l’analyse. L’intervalle médian entre le premier geste diagnostique pour le cancer pulmonaire (T0) et la date d’initiation du premier traitement (T1) était de 22 jours (IQR 10 – 40 jours).

Un retard thérapeutique de plus de 60 jours était observé chez 12,2 % des patients, plus fréquent dans le cancer non à petites cellules (CPNPC) que dans le cancer à petites cellules (CPC) (Odds Ratio 2,54 ; IC 2,26-2,.86), chez les patients afro-américains (OR 1,46 ; 95 % IC 1,33-1,60 pour le CPNPC ; OR 2,14 ; 95 % IC 1,63-2,80 pour le CPC) ou asiatiques (OR 1,36 ; 95 % IC 1,20-1,55 pour le CPNPC ; OR 1,82 ; 95 % IC 1,18-2,81 pour le CPC) que chez les sujets caucasiens, chez les femmes que chez les hommes (OR 1,11 ; 95 % IC 1,04-1,18), et chez les patients plus âgés (OR 1,06 par augmentation de tranche de 5 ans ; 95 % IC 1,03-1,09). En analyse multivariée, contrôlée pour l’âge et le sexe, l’origine ethnique afro-américaine du patient restait un facteur prédictif significatif de retard thérapeutique et était plus importante pour les patients avec un CPC.

En conclusion, il existe un délai médian de prise en charge thérapeutique du cancer pulmonaire globalement acceptable en routine mais nettement majoré chez les patients afro-américains par rapport aux sujets caucasiens, en particulier pour le CPC. Des études complémentaires sont nécessaires pour mieux comprendre les caractéristiques du patient (niveau socio-économique ?), du type de clinicien et d’hôpital prenant en charge le patient, associées à un retard de prise en charge du cancer pulmonaire. Il a été souligné par tous que ce retard pourrait s’aggraver avec le développement de la recherche systématique d’anomalies (EGFR…) en biologie moléculaire des cellules tumorales pulmonaires, secondaire à la période étudiée ici.

 

 

 

 


Arnaud Scherpereel, d’après A. Vachani, J.-D. McNeill, N. Mitra, K. Liao, M.-K. Gould, K. Armstrong. The Effect of race and histology on timeliness of lung cancer treatment. Am J Respir Crit Care Med 2012 ; 185 : A2526.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 


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