
Les drains tunnélisés pleuraux à demeure (DTD) occupent aujourd’hui une place centrale dans la prise en charge symptomatique des pleurésies néoplasiques récidivantes, permettant un contrôle efficace de la dypsnée et une prise en charge majoritairement ambulatoire. Leur utilisation croissante s’accompagne néanmoins de complications spécifiques, au premier rang desquelles figurent les infections, source de préoccupation pour les pneumologues impliqués dans la pose et le suivi.
Cette étude monocentrique de grande ampleur menée au sein d’une unité de pneumologie interventionnelle experte, a analysé rétrospectivement près de 20 ans d’expérience (2006-2025) et 373 DTD posés pour pleurésie néoplasique. Elle apporte des éléments concrets et directement transposables à la pratique quotidienne, tant sur l’épidémiologie des infections que sur l’impact des mesures préventives. Le taux globale d’infection est de 10% incluant les pleurésies infectieuses et les infections du tunnel sous-cutané. Ces infections sont le plus souvent de gravité modérée : toutes ont été traitées par antibiothérapie, avec un retrait du drain nécessaire seulement dans deux cas. Les formes sèvres restent rares, avec deux épisodes de sepsis survenus chez des patients très altérés, en soins palliatifs exclusifs. Ces données confirment que, bien que non exceptionnelles, les infections de DTD sont le plus souvent contrôlables sans compromettre la stratégie de drainage. La transition vers une pose systématique en salle dédiée, associée à un renforcement des protocoles d’asepsie s’est traduite par une diminution significative du taux d’infection. En revanche, l’introduction plus récente d’une antibioprophylaxie systématique n’a pas permis de réduire les infections précoces, dont l’incidence reste faible. Ces résultats suggèrent que l’optimisation des conditions techniques et organisationnelles est plus déterminante que le recours aux antibiotiques, qui n’est pas justifié en routine. La présence de colonisations bactériennes du drain est relativement fréquente mais leur valeur prédictive d’infection est faible ne justifiant pas une antibiothérapie systématique. En pratique, ce travail rassure sur la sécurité des DTD, souligne l’importance de la qualité de la pose et invite à une approche mesurée face aux colonisations et à l’antibioprophylaxie.
Louise Bondeelle, service de Pneumologie, Hôpitaux universitaires de Genève, Suisse
D’après la session Session Dimanche 1er février 10:00-11:30 | Espace affichage | PO24 Plèvre – Modérateurs MANGIAPAN Gilles, Créteil DUMETRE-LAROUMAGNE Sophie, Marseille – Auteurs T-T. Nguyen, H. Goussault, A. Boudjemaa, V. Bonnefoy, S. Demiri, Q. Gibiot, J. Lasvergnas, G. Rousseau Bussac, F. Viñas, B. Maitre, G. Mangiapan



