


Thomas Gille, Service d’explorations fonctionnelles, Hôpital Avicenne, Bobigny
Bien que les explorations fonctionnelles respiratoires (EFR) soient un examen de routine non invasif, une proportion importante de patient·es sont inquiet·es à l’idée d’avoir à aller tester leur souffle. Par ailleurs, l’anxiété pourrait altérer la qualité des mesures.
EFeaR Factor
La session « Emerging tools and challenges in respiratory physiology » a donné lieu à deux présentations qui se sont intéressées aux liens entre l’appréhension ou l’anxiété et les EFR. Tout d’abord, le laboratoire d’EFR de l’hôpital Abderrahmen Mami à Tunis a conduit une étude prospective sur 213 patient·es (âge moyen 55 ± 15 ans ; 57 % de femmes) adressé·es pour réaliser leurs premières EFR, afin d’évaluer si le niveau d’anxiété altérait la réalisation des manœuvres. Les participant·es ont rempli le Perceived Stress Scale (PSS), une échelle pour laquelle un score ≥ 27 indique un niveau de stress élevé. Dans la population de l’étude, 42 % décrivaient un haut niveau de stress. Appartenir au groupe avec PSS ≥ 27 était significativement associé à une moins bonne réalisation des EFR pour plusieurs critères de qualité : début sous-optimal de l’expiration forcée (p = 0,004), variabilité du débit pendant la manœuvre (p = 0,001), absence de plateau expiratoire (p < 0,001), et effort sous-optimal (p < 0,001 en comparaison du groupe PSS < 27). En revanche, le score PSS n’avait pas d’influence sur la toux générée par l’examen, ni l’obtention de critères de reproductibilité acceptable.
La cabine de la terreur
Une deuxième présentation orale dans la même session s’est intéressée à la fréquence et les facteurs associés à une inquiétude avant de réaliser des EFR dans une cohorte française de 446 patient·es (âge moyen 60 ± 14 ans ; 43 % de femmes). Cette fois, les participant·es avaient déjà pratiqué des EFR au moins une fois, afin de ne pas capturer la peur de l’inconnu. Cependant, 189 participant·es (42 %) déclaraient ressentir une inquiétude à l’idée de réaliser les EFR. En analyse bivariée, les facteurs associés à la probabilité d’appartenir au groupe « Inquiétude avant EFR » étaient : le sexe féminin, une majoration de la fatigue depuis le dernier rendez-vous, une dyspnée évaluée à 3 ou 4 sur l’échelle mMRC, une capacité vitale forcée inférieure à la limite inférieure de la normale, la dégradation de la fonction pulmonaire par rapport aux dernières EFR de référence, un score d’anxiété HADS-A ≥ 11, et l’inquiétude à l’idée de réaliser d’autres examens complémentaires désagréables (bronchoscopie, IRM ou gaz du sang). En analyse multivariée, les facteurs indépendants qui restaient associés à l’inquiétude avant EFR étaient le sexe féminin, le score d’anxiété, et dans une moindre mesure la dégradation de la fonction. Les descripteurs les plus souvent cités par les participant·es étaient la peur de mal réaliser les manœuvres et la peur des résultats (plus de la moitié de l’effectif).Venaient ensuite la peur de l’occlusion lors de la pléthysmographie et la peur des conséquences du test (toux, dyspnée, fatigue).
Une problématique fréquente et probablement sous-estimée
Les EFR sont donc génératrices d’une inquiétude fréquente et parfois intense, alors qu’elles peuvent paraître « anodines » dans la communauté médicale. Des résultats similaires avaient d’ailleurs été décrits dans un laboratoire d’EFR néerlandais par le passé 1. Cette constatation pourrait avoir des implications sur la qualité de l’examen et les résultats rendus. Des actions de réassurance ciblées pourraient probablement être envisagées à condition d’identifier les patient·es susceptibles d’en bénéficier.
D’après Les présentations « Perceived stress and spirometry cooperation in adults undergoing first-time pulmonary function testing » (Soumaya Rebay) et « Apprehension and its determinants before undergoing pulmonary function tests » (Stéphanie Groutteau)
- Patient anxiety in lung function testing. Eur Respir J 2017 50(suppl 61): PA3017. doi: 10.1183/1393003.congress-2017.PA3017 ↩



