Le phénotypage des patients apnéiques

Jean Vanessa Bironneau, Service de Pneumologie, CHU  de Poitiers

Le phénotypage des patients apnéiques reste aujourd’hui une perspective séduisante pour proposer un traitement personnalisé et ainsi améliorer la prise en charge des patients. Cette session de communications orales a présenté de nouvelles pistes de phénotypage.

Variations dynamiques des endotypes de SAHOS selon le stade de sommeil et la position corporelle

L’étude de Margaux Blanchard et son équipe (Angers) s’est intéressée aux variations dynamiques des expressions d’endotype du SAHOS selon le stade de sommeil et la position corporelle. Le SAHOS est caractérisé par une grande variabilité individuelle des mécanismes physiologiques et des conséquences cliniques.
Or, les indicateurs traditionnels ne captent pas toujours bien l’hétérogénéité de la maladie.
L’étude s’appuie donc sur l’hypoxic burden comme biomarqueur plus sensible pour refléter la charge réelle liée aux événements respiratoires. Les résultats montrent que le sommeil paradoxal et la position sur le dos sont associés à un hypoxic burden plus élevé. Ces contextes sont également liés à  une plus grande collapsibilité des voies aériennes, une baisse du seuil de microréveils, une activité ventilatoire plus élevée.
Les associations sont plus fortes pendant le sommeil REM et en position dorsale.
L’idée centrale est que l’hypoxic burden et les endotypes du SAHOS ne sont pas fixes : ils varient selon le contexte physiologique immédiat, en particulier le stade de sommeil et la position du corps.
Ces résultats soutiennent une approche de médecine de précision, fondée sur le contexte, plutôt qu’une lecture unique et globale de la sévérité du SAHOS.
De futures études devraient vérifier si des interventions spécifiques au contexte peuvent améliorer la réduction du risque cardiovasculaire, la personnalisation des traitements, la stratification individuelle du risque.

Phénotypage selon l’utilisation à long terme de la PPC en conditions réelles

Grâce à une évaluation en conditions réelles de l’utilisation de la thérapie par PPC, Holger Woehrle et al ont cherché à phénotyper les patients apnéiques sous PPC et à comprendre leurs comportements d’utilisation afin d’adapter les interventions et d’améliorer les résultats cliniques. L’étude portant sur près de 300 000 patients compare les 90 premiers jours et les 90 derniers jours de la première année.
L’usage est meilleur au début qu’à la fin, ce qui suggère qu’il est plus pertinent d’analyser des périodes ou des épisodes que de simples moyennes annuelles. Malgré ce léger recul, 65 % des patients utilisent encore l’appareil au moins 4 heures par nuit sur les 90 derniers jours de la première année. Concernant la durée d’utilisation nocturne, il existe une forte variabilité : environ un quart des patients utilisent l’appareil 7 à 9 heures par nuit, environ 33 % l’utilisent moins de 4 heures par nuit.
Cette dispersion montre que les patients ne forment pas un groupe homogène et qu’une approche unique de suivi est insuffisante. De plus, les patients présentent en moyenne deux interruptions par nuit. La durée moyenne d’une interruption est d’environ 20 minutes, probablement liée à des pauses nocturnes pour aller uriner. Ce schéma reste stable sur la première année, alors qu’une baisse avait été envisagée. L’équipe a aussi comparé les usages entre jours de semaine et week-ends. Contrairement aux attentes, aucune différence significative n’a été observée, ni au début ni à la fin de la période étudiée. Quant à l’analyse des horaires, elle montre un démarrage tardif, proche de minuit, avec une utilisation moyenne jusqu’à environ 6 h du matin. Les résultats montrent une bonne persistance globale, mais aussi des différences importantes de comportement entre patients.
L’étude suggère donc que les indicateurs classiques, comme les heures moyennes d’utilisation, ne suffisent pas à comprendre la réalité clinique. L’ajout de variables telles que : les heures de début, les heures d’arrêt, les interruptions nocturnes, peut permettre de mieux segmenter les patients et de personnaliser les interventions. L’enjeu est d’utiliser ces données pour obtenir de meilleurs résultats thérapeutiques à long terme

Conclusion

Les endotypes des patients apnéiques varient selon le stade de sommeil et la position corporelle nécessitant une prise en charge personnalisée. L’enjeu pratique est de mieux relier les données du sommeil aux mécanismes physiopathologiques réels afin d’orienter des stratégies plus précises et potentiellement plus efficaces pour la prévention des complications cardiovasculaires.

L’évaluation de la PPC en conditions réelles doit aller au-delà des moyennes globales et intégrer les patterns d’usage, les interruptions et les horaires de traitement.
Tout cela va dans le sens d’une observation des comportements réels pour pouvoir mieux identifier les patients apnéiques et ainsi réaliser une prise en charge ciblée pour améliorer l’efficacité de la thérapie et la qualité des résultats cliniques

D’après la Session : Oral presentation: Sleep apnoea: physiology, symptoms and treatment
Long‑Term Real‑World Evaluation of PAP Utilisation Patterns and Therapy Effectiveness in a Large European Population Using Connected Health Data Holger Woehrle (Ulm, Germany), Melike Deger, Michael Arzt, Suyog More, Christoph Schoebel, Caleb Woodford, Florian Zeman, Ankit Ghildiyal
Dynamic variation of OSA endotype expression with sleep stage and body position: association with sleep apnea–specific hypoxic burden Margaux Blanchard (Angers, France), Venkata Koka, Wojciech Trzepizur, Sandrine Kerbrat, François Goupil, Audrey Thomas, Sébastien Bailly, Frédéric Gagnadoux

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