
Cette session a abordé les dernières avancées concernant les affections pulmonaires liées à Aspergillus (à l’exclusion de l’aspergillose invasive), avec un accent particulier sur la mise à jour des recommandations pour la prise en charge de l’ABPA, offrant ainsi une vue d’ensemble approfondie.
L’International Society for Human and Animal Mycology (ISHAM) avait proposé des recommandations pour la prise en charge de l’aspergillose bronchopulmonaire allergique (ABPA) il y a une décennie. Avec les progrès récents en diagnostic et en thérapeutique, une mise à jour s’imposait.
Un groupe international d’experts a élaboré de nouvelles lignes directrices pour la prise en charge de l’ABPA (due à Aspergillus spp.) et de la mycose bronchopulmonaire allergique (ABPM ; causée par d’autres champignons) 1. Ces recommandations ont été établies à l’aide de la méthode Delphi modifiée, permettant de recueillir un consensus défini comme un accord d’au moins 70 %. Elles incluent le dépistage de la sensibilisation à A. fumigatus chez les adultes asthmatiques en milieu tertiaire et chez les enfants asthmatiques difficiles à traiter. Le diagnostic d’ABPA repose sur la présence de conditions prédisposantes, de signes cliniques et radiologiques compatibles, d’une sensibilisation fongique prouvée, d’un taux d’IgE totales ≥500 UI/mL et d’au moins deux critères parmi les suivants : IgG spécifiques, éosinophilie sanguine ou imagerie suggestive. Une nouveauté introduite est l’acceptation d’un taux inférieur d’IgE totales si tous les autres critères sont remplis. L’ABPM est envisagée dans les cas présentant des symptômes similaires, sans sensibilisation à A. fumigatus, mais avec une identification répétée du champignon causal dans les expectorations (ou une fois dans le lavage broncho-alvéolaire). Parmi les avancées diagnostiques, la détection de mucus à forte atténuation au scanner est désormais reconnue comme pathognomonique de l’ABPM et permet de confirmer le diagnostic, même en l’absence de tous les autres critères. Le traitement n’est pas systématique chez les patients asymptomatiques. Pour les ABPA aiguës, une monothérapie à la prednisolone ou à l’itraconazole est recommandée, avec une priorité donnée à la réduction de l’usage systématique des corticoïdes. Les exacerbations récurrentes nécessitent une association des deux. Un critère multidimensionnel a été défini pour évaluer la réponse au traitement. Ces nouvelles lignes directrices fournissent des bases claires pour le diagnostic, la classification et le traitement de l’ABPA et de l’ABPM, contribuant ainsi à l’amélioration des soins et à l’avancement de la recherche. Enfin, il convient de rappeler que les objectifs du traitement incluent la réduction des symptômes, le contrôle de l’asthme, la prévention des exacerbations, la limitation de la progression des bronchiectasies et la minimisation des effets secondaires des traitements.
Louise BONDEELLE, département de microbiologie et de biologie moléculaire, Université de Médecine de Genève, Suisse
D’après la communication « Actualités des affections pulmonaires liées à Aspergillus (hors Aspergillose invasive) » présentée par Cendrine Godet (Paris), session CP08 « Pathologies infectieuses » du vendredi 24 janvier 2025
- Agarwal R, Singh Sehgal I, Muthu V, et al. Revised ISHAM-ABPA working group clinical practice guidelines for diagnosing, classifying and treating allergic bronchopulmonary aspergillosis/mycoses. Eur Respir J 2024;63(4):2400061. DOI: https://doi.org/10.1183/13993003.00061-2024 ↩



