Pneumonie communautaire : les recommandations ATS 2025, du diagnostic à la personnalisation du traitement

Louise Bondeelle,

Service de Pneumologie, Hôpitaux universitaires de Genève, Suisse

 Une session de l’ERS a proposé une mise au point pratique sur la prise en charge de la pneumonie aiguë communautaire, à la lumière des nouvelles recommandations de l’American Thoracic Society publiées en 2025.  Le message central est celui d’une prise en charge plus dynamique et personnalisée, dans laquelle le diagnostic, l’évaluation de la gravité et la réévaluation thérapeutique doivent guider les décisions.

Microbiote et inflammation neutrophilique

 Le diagnostic évolue vers une approche multimodale. L’échographie pulmonaire, réalisée par un opérateur expérimenté, peut constituer une alternative à la radiographie thoracique dans certaines situations. Les tests microbiologiques rapides et les biomarqueurs offrent également de nouvelles possibilités pour préciser l’étiologie et guider l’antibiothérapie. Leur interprétation doit toutefois rester prudente car l’identification d’un microorganisme ne signifie pas nécessairement qu’il est responsable de la pneumonie. Les approches combinant données cliniques, tests rapides et biomarqueurs semblent particulièrement prometteuses mais non encore parfaitement délimitées.

La durée de l’antibiothérapie se raccourcit officiellement. Chez les patients ayant une PAC non sévère, avec évolution favorable et stabilité clinique, un traitement de moins de 5 jours peut désormais être envisagé, avec un minimum de 3 jours. La durée doit ainsi être déterminée par la réponse clinique plutôt que par une durée prédéfinie. La CRP peut aider à réduire l’exposition aux antibiotiques, tandis que la PCT n’a pas de place pour guider leur durée, mais peut contribuer à l’aide au diagnostic d’une infection bactérienne, en complément des données cliniques.

Les données récentes suggèrent qu’une stratégie structurée de switch antibiotique IV à oral permet de réduire la durée d’exposition IV et parfois la durée d’hospitalisation, sans perte d’efficacité.

Les corticostéroïdes restent principalement réservés aux PAC sévères. Chez les patients admis en réanimation pour PAC sévère, l’hydrocortisone a démontré un bénéfice sur la mortalité à J28, ainsi qu’une diminution du recours à certaines thérapeutiques de support. Ces résultats confortent leur utilisation ciblée dans les formes sévères, mais ne justifient pas leur généralisation aux PAC non sévères et restent contre indiqués en cas de pneumonie grippale.

Au total, l’ERS 2026 renforce un changement de paradigme dans la PAC : mieux diagnostiquer pour mieux traiter, mais surtout réévaluer pour moins traiter lorsque cela est possible. L’utilisation raisonnée des tests rapides, des biomarqueurs et de l’échographie, associée à une réévaluation clinique précoce, doit permettre de personnaliser l’antibiothérapie, de raccourcir sa durée et de favoriser la désescalade. Les antibiotiques restent indispensables, mais leur préservation passe désormais par une utilisation plus précise et plus individualisée.

D’après la Session plénière – État de l’ArtModérateurs : C Cilloniz Campos, O Min Kon, F Blasi – Orateurs : Eva Polverino, Damien Basile, Markus Fally et Grant Waterer

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