Prise en charge de l’asthme sévère de l’obèse : de la nutrition à la chirurgie bariatrique

Dans cette table ronde réunissant pneumologue, nutritionniste et chirurgien bariatrique, se sont échangés différents points de vue sur la prise en charge des patients asthmatiques et obèses.

Le point de vue du pneumologue

L’asthme est une entité hétérogène. Le phénotype asthme de l’obèse, plutôt de profil Th2, est plus marqué chez la femme. La fonction pulmonaire est plus altérée, les cures de corticostéroïdes oraux sont plus fréquentes, et le risque d’hospitalisation est plus élevé. La réponse aux corticostéroïdes inhalés est également moins bonne.
L’IMC, et plus particulièrement le pourcentage de masse grasse, augmente la prévalence de l’asthme.
Les causes sont multiples : le mode de vie et la nutrition ; la mauvaise mécanique ventilatoire, avec une respiration à faible volume courant et une diminution de la compliance pulmonaire ; le rôle d’une inflammation systémique due à la sécrétion de cytokines pro-inflammatoires par le tissu adipeux (TNF-alpha, interleukine-6) ; les facteurs génétiques, épigénétiques, et le microbiote.
Les comorbidités comme le diabète, le RGO et le SAHOS contribuent au mauvais contrôle.

Le point de vue du nutritionniste

La génétique et l’épigénétique jouent un rôle central, avec une prédisposition à l’obésité pendant les premières années de vie. Le surpoids ou l’obésité chez la mère augmente le risque d’obésité infantile, qui persiste à l’âge adulte. La population antillaise est particulièrement exposée, avec une alimentation hyperlipidique et hyperglucidique, et une sédentarité importante.
L’allaitement au sein, et sa durée, diminue le risque d’asthme chez l’enfant.
La surconsommation de lipides et de glucides rapides, ainsi qu’une alimentation pauvre en fruits et légumes, sont liées à un asthme plus sévère.
Les analogues du GLP-1 peuvent aider à la perte de poids après échec des mesures hygiéno-diététiques bien qu’ils ne soient pas remboursés en France.

Le point de vue du chirurgien bariatrique

L’obésité est une maladie complexe, nécessitant une prise en charge multidisciplinaire. La chirurgie bariatrique permet un maintien à long terme de la perte de poids. Elle est indiquée si l’IMC est ≥ 40, ou ≥ 35 en cas de comorbidité sévère, ou en deuxième intention après échec du traitement médical, nutritionnel, diététique et psychothérapeutique pendant 6 à 12 mois.
La gastrectomie longitudinale, ou sleeve, est la technique la plus courante et évite la malabsorption. Le bypass gastrique est préféré chez la femme en âge de procréer ou en cas de RGO, qu’il permettra d’améliorer.
La chirurgie bariatrique permet un meilleur contrôle de l’asthme et une diminution des exacerbations. On note, chez les patients non asthmatiques, une augmentation du volume résiduel un an après la chirurgie.

Sylvain Neveu,  Service de Pneumologie, CHU de la Guadeloupe


D’après la session asthme, Intervenants : Dr Dominique BUTENDA, Pneumologue, Belgique, Dr Marie-Laure LALANNE-MISTRIH, Nutritionniste, Guadeloupe, Dr Anne Sophie SCHNECK, Chirurgien bariatrique, Guadeloupe

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