
La biennale de l’EFP est l’occasion de revenir sur les recommandations sur la toux chronique réfractaire, dont celles publiées en 2023 sous l’égide de la SPLF dans la Revue des Maladies Respiratoires 1.
Définitions
Une toux chronique est définie comme une toux d’au moins 8 semaines. La toux chronique réfractaire ou inexpliquée, sous l’acronyme TOCRI, est une toux chronique d’au moins 6 mois sans cause retrouvée ou persistante malgré la prise en charge optimale d’une cause connue.
La prise en charge d’une TOCRI commence par la recherche de signes de gravité, dont font partie l’altération de l’état général, le syndrome infectieux à répétition, la dyspnée d’effort, l’hémoptysie, et l’apparition ou la modification de la toux chez le fumeur.
L’évaluation de la sévérité se base sur des critères subjectifs comme l’EVA ou le questionnaire sur la toux de Leicester.
Démarche diagnostique et thérapeutique
La démarche diagnostique de première intention inclut un interrogatoire exhaustif (tabagisme, expositions aux toxiques inhalés, prise de médicaments comme les IEC ou la sitagliptine), un examen clinique, et une radiographie thoracique. La place du scanner thoracique reste à préciser, mais il n’est pas systématique en première intention sauf en présence d’un signe de gravité.
Trois causes sont les plus fréquentes : la rhinosinusite chronique, l’asthme et le RGO. Leur recherche passe par une spirométrie et une nasofibroscopie. La recherche de RGO, uniquement en présence de symptômes cliniques (pyrosis, régurgitations), justifie un traitement par IPP et la réalisation d’une gastroscopie. Plusieurs causes peuvent s’associer.
Les examens de seconde intention ne se font qu’après arrêt du tabac ou des traitements mis en cause pendant ≥ 4 semaines, et font discuter le scanner thoracique et la bronchoscopie. Le sevrage en nicotine peut aggraver la toux et doit être accompagné d’une substitution nicotinique.
Le syndrome de toux chronique par excès de sensibilité, essentiellement chez la femme de 50–60 ans, correspond à une toux déclenchée par un stimulus faiblement tussigène (hypertussie) ou non tussigène (allotussie), comme le rire ou la parole.
Le syndrome de somatisation de la toux, ou SST, anciennement appelé toux psychogène, est marqué par une toux absente la nuit et disparaissant lors des activités. La présence d’une anxiété ou d’une dépression peut être une conséquence de la toux et n’est pas un argument en sa faveur.
Le traitement de la TOCRI repose sur un neuromédiateur (amitriptyline, gabapentine, préfalabine, morphine), une prise en charge orthophonique spécialisée, et une kinésithérapie avec rééducation ventilatoire.
Sylvain Neveu, Service de Pneumologie, CHU de la Guadeloupe
D’après la communication de Samy KAMMOUN, pneumologue, Tunisie
- Guilleminault L, Demoulin-Alexikova S, de Gabory L, Bruley des Varannes S, Brouquières D, Balaguer M, et al. Recommandations de prise en charge de la toux chronique de l’adulte. Rev. Mal. Respir. 2023;40:432‑52. ↩



