Des programmes de dépistage du cancer broncho-pulmonaire se déploient progressivement en Europe et s’appuient sur la réalisation de scanners thoraciques « low-dose ». Lundi 5 septembre, à l’ERS, deux équipes présentaient leurs travaux sur la mise au point de techniques de dépistage du cancer du poumon à partir de l’analyse de la composition de l’air expiré des patients. Approches complémentaires ou gadget ?

Le principe du dépistage du cancer du poumon par analyse de l’air expiré repose sur l’analyse des composés organiques volatiles (VOCs) que l’on y trouve. En identifiant des signatures spécifiques de VOCs chez des patients pris en charge pour un cancer broncho-pulmonaire,cette technique peut ensuite servir de test de dépistage. Le recueil de l’air expiré est simple, non invasif, et peut être réalisé à l’occasion d’une consultation ou d’épreuves fonctionnelles respiratoires.

Un modèle de dépistage par analyse de l’air expiré validé par une équipe néerlandaise

Dans une étude multicentrique prospective réalisée aux Pays Bas et en Suisse, Sharina Kort et son équipe ont mis au point un tel test, en développant leur modèle à partir d’une cohorte d’entrainement composée de 376 patients, dont 43% présentaient un cancer bronchique avec un seuillage de risque de cancer fixé à 16%. Lors de l’évaluation de leur modèle sur une cohorte de validation de 199 patients dont 40% avec un cancer, ils obtenaient une sensibilité de 88%, une spécificité de 48%, une valeur prédictive négative de 87% et une courbe ROC présentant une aire sous la courbe de 0,79.

De manière intéressante les auteurs ont enrichi leur modèle avec des critères cliniques simples tels que l’âge et le nombre de paquets-années permettant d’améliorer les performances de leur test de dépistage avec une sensibilité de 95%, une spécificité de 51%, une valeur prédictive négative de 94% et une courbe ROC présentant une aire sous la courbe de 0,87.

Une équipe turque retrouve une bonne efficacité avec un test similaire

En parallèle Toslem Goksel a présenté les travaux de son équipe basée en Turquie qui s’est appliquée à concevoir un test similaire. L’originalité de leur projet reposait sur la mise au point d’un système de recueil de l’air expiré conçu directement dans leur laboratoire. Ce système repose la captation des VOCs par des fibres de polythiophène avant leur analyse par chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrophotométrie de masse. 

Malgré une cohorte plus modeste de 166 patients dont 70 avec un cancer, les auteurs rapportaient une bonne efficacité de leur modèle avec une aire sous la courbe à 0,82.

À retenir

Ainsi ces deux équipes apportent des données complémentaires suggérant que le dépistage du cancer du poumon par l’analyse de l’air expiré est possible. L’amélioration des modèles en lesconfrontant à des cohortes cliniques plus importantes semble cependant indispensable. Le positionnement d’un tel test au sein d’un programme de dépistage reste à définir.

Grégoire Justeau, service de pneumologie CHU Angers


D’après les communications orales du lundi 5 septembre 2022 de Sharina Kort (Enschede, Pays Bas) : Diagnosing non-small cell lung cancer by exhaled-breath profiling using an electronic nose: a multicentre validation study et de Toslem Goksel (Izmir, Turquie) A novel method exhale breath fingerprinting for lung cancer diagnosis by selected ion monitoring mode.

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