


Thomas Gille, Service d’explorations fonctionnelles, Hôpital Avicenne, Bobigny
Une équipe turque tente de développer une ceinture thoracique qui serait capable d’estimer les principales variables mesurées en spirométrie forcée… mais sans spiromètre !
Le problème de l’accès à la spirométrie
Alors que les explorations fonctionnelles respiratoires (EFR) et notamment la spirométrie sont une composante essentielle du suivi des maladies respiratoires chroniques, l’OMS estime que seulement 32 % des clinicien·nes ont accès à un spiromètre, avec de grandes disparités selon les pays et les systèmes de santé. C’est la raison pour laquelle une équipe de l’Université de Marmara en Turquie tente de mettre au point une ceinture thoracique qui serait capable d’estimer les valeurs de volumes maximal expiré dans la première seconde (VEMS) et de capacité vitale forcée (CVF) avec une précision suffisante, et pour un coût équivalent à seulement 2 ou 3 % du prix d’un spiromètre.
Un équipement simple en apparence
Le principe de cette ceinture repose sur un senseur capable de détecter les mouvements thoraciques. Elle contient en effet un potentiomètre fonctionnant grossièrement comme un ressort. Son extension ou son relâchement indique au système le volume thoracique qui a été déplacé, les débits sont eux estimés selon la vitesse à laquelle ces volumes ont été déplacés. Le sujet portant la ceinture doit effectuer les mêmes manœuvres qu’un patient réalisant une spirométrie forcée classique : inspiration profonde, expiration brutale et immédiatement maximale, puis prolongée pendant plus de 6 secondes.
Dans ce travail pilote mené dans le cadre d’une thèse en collaboration avec l’industrie, 30 sujets volontaires en bonne santé (sexe masculin ; âge moyen 28 ans ; IMC moyen 24,4 ; 11 fumeurs / 19 non-fumeurs) ont réalisé des mesures simultanées comparant les valeurs obtenues avec la ceinture et avec un spiromètre.
Des premiers résultats encourageants
Une très forte corrélation a été observée entre les valeurs rendues par la ceinture et celles rendues par le spiromètre pour le VEMS (r = 0,86), la CVF (r = 0,94), et le rapport de Tiffeneau (r = 0,94). L’agrément était également bon concernant la classification en trouble ventilatoire obstructif ou rapport de Tiffeneau normal. Ces résultats préliminaires sont encourageants mais concernaient des résultats pour la plupart normaux ou subnormaux ; ils devront bien sûr être confirmés sur des effectifs de plus grande ampleur, comportant des femmes, des sujets plus variés sur l’échelle de l’index de masse corporelle, et surtout chez des patient·es avec une fonction pulmonaire plus altérée. Et qui sait, dans le futur il pourrait suffire de… serrer la ceinture pour faire de substantielles économies.
A partir de la présentation « Is wearable and cost-effective FEV1/FVC measurement device possible ? » (Ceren Derya Gültekin)



