
Lors de cette session riche en enseignements, deux thématiques complémentaires ont été abordées : l’évolution des traitements de l’asthme, depuis les premières approches symptomatiques jusqu’à la médecine de précision, et les enjeux spécifiques liés à l’asthme léger, longtemps perçu à tort comme bénin.
Une histoire marquée par les progrès et les remises en question
Dr Wiam El Khattabi a retracé l’évolution des traitements de l’asthme au fil des décennies. Dans les années 50-60, les thérapeutiques étaient centrées sur la survie lors des crises : théophylline, adrénaline, bronchodilatateurs oraux, parfois associés à des cures de corticoïdes oraux, utilisés malgré leurs nombreux effets secondaires. Ce n’est qu’à partir des années 70 que les formes inhalées ont révolutionné la prise en charge (salbutamol en aérosol pressurisé, puis corticoïdes inhalés comme la béclométasone). Les années 90 ont vu émerger la personnalisation du traitement et les plans d’action individualisés, appuyés par les recommandations GINA. À partir des années 2000, l’éducation thérapeutique, la spirométrie de suivi ont progressivement modifié les pratiques. En parallèle, l’arrivée des biothérapies ciblées marque l’essor d’une médecine de précision. Aujourd’hui, les outils technologiques (objets connectés, applications, intelligence artificielle) sont appelés à jouer un rôle croissant, notamment pour améliorer le suivi et anticiper les exacerbations, même si les inégalités d’accès aux traitements modernes persistent, notamment dans les pays à ressources limitées.
L’asthme léger : un faux ami Le Pr Boulet a ensuite rappelé que l’asthme léger, bien que fréquent (environ 50 % des cas), reste sous-estimé. Il est pourtant associé à une inflammation bronchique significative, un remodelage des voies respiratoires et un risque d’exacerbations sévères, y compris mortelles (NRAD, 2014). L’épisode d’orage à Melbourne en 2016 illustre tragiquement ce danger.
De nouvelles stratégies thérapeutiques
Sur le plan thérapeutique, les recommandations ont évolué : l’utilisation à la demande de corticoïdes inhalés associés au formotérol (track 1 des recommandations GINA) devient la stratégie de référence. Cette approche correspond à la stratégie AIR (Anti-Inflammatory Reliever), qui vise à traiter précocement l’inflammation lors des symptômes. Pour les formes plus persistantes, la stratégie MART (Maintenance and Reliever Therapy) consiste à utiliser la même association CSI-formotérol à la fois en traitement de fond et en traitement de secours. Enfin, les interventions non médicamenteuses – éducation thérapeutique, activité physique, gestion environnementale – doivent systématiquement accompagner la prise en charge.
Marion Duféal, Service de Pneumologie, CHU de la Guadeloupe
D’après la session asthme , Intervenants : Dr Wiam El Khattabi (Maroc), Pr Louis-Philippe Boulet (Canada)
Royal College of Physicians. Why asthma still kills: National Review of Asthma Deaths (NRAD). London: RCP, 2014.



