Après l’intestin, le poumon: le microbiote dévoile ses secrets dans les pneumopathies immuno-induites et post-radiques

Vincent Fallet, service de Pneumologie, hôpital Tenon, Paris

Le rôle du microbiote intestinal dans la réponse aux immunothérapies est désormais bien établi. Une étude présentée à l’ERS 2025 s’intéresse cette fois au microbiote pulmonaire, et met en lumière la sur-représentation de Prevotella melaninogenica dans les pneumopathies immuno-induites et post-radiques. Ces résultats exploratoires invitent à mieux comprendre l’implication du microbiote respiratoire dans ces toxicités.

Les pneumopathies liées aux inhibiteurs de checkpoint et celles post-radiques représentent des toxicités pulmonaires redoutées. Leur physiopathologie reste mal comprise, notamment dans l’interaction avec le microbiote respiratoire.

Une équipe chinoise a présenté une étude prospective incluant 61 patients (23 pneumopathies immuno-induites ou post-radiques et 38 pneumonies infectieuses sur cancer pulmonaire). Le séquençage métagénomique des lavages broncho-alvéolaires a révélé une abondance significativement accrue de Prevotella melaninogenica dans les pneumopathies immuno-/post-radiques, où elle constituait l’espèce dominante.

Prevotella melaninogenica, commensale habituelle et faiblement inflammatoire dans le microbiote pulmonaire sain, peut dans certains contextes devenir opportuniste et contribuer à une dysrégulation immunitaire. Dans cette étude, son enrichissement était associé à une lymphocytose alvéolaire mais aussi à une lymphopénie périphérique. Ce profil évoque une possible association entre le microbiote bronchique et la physiopathologie de ces pneumopathies.

Les analyses de diversité du microbiote (alpha et bêta) n’ont pas montré de différences globales entre les 2 groupes. Mais d’autres signatures se distinguaient: P. melaninogenica  et Cytomegalovirus humanbeta5 étaient plus fréquents dans les pneumopathies immuno- induites et post-radiques, tandis que Neisseria subflava et Porphyromonas pasteri étaient retrouvées dans les pneumonies infectieuses.

L’enrichissement de P. melaninogenica dans l’arbre bronchique, associé à une lymphopénie périphérique suggère une implication possible du microbiote pulmonaire dans la physiopathologie des pneumopathies immuno- et radio-induites.

Mais cette étude présente plusieurs limites: effectif réduit, monocentrique, absence de comparaison avec des sujets sains ou des patients après résolution de la pneumopathie. Des travaux complémentaires, sur des cohortes indépendantes et avec un suivi longitudinal, seront nécessaires pour préciser si P. melaninogenica est un simple témoin ou un acteur de la toxicité pulmonaire liée aux traitements anticancéreux.


D’après la communication orale X. Wu – Late Breaking Abstract – High level of Prevotella melanogenic in the lower respiratory microbiota of Checkpoint inhibitor pneumonitis and radiation pneumonitis – session Translating in the “omics” milky way of lung cancer ERS 2025

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