


Camille Rolland-Debord, service de Pneumologie, CHU Clermont-Ferrand
L’étude SHARP est la plus grande analyse en vie réelle évaluant l’efficacité des thérapies biologiques chez des patients atteints d’asthme sévère selon leur statut tabagique. Les résultats montrent une amélioration significative du contrôle de l’asthme, des exacerbations, de la qualité de vie et de la fonction respiratoire, quel que soit l’historique tabagique.
Une étude en vie réelle à grande échelle
L’étude SHARP s’est déroulée en deux volets. La première partie était une étude observationnelle, rétrospective utilisant les données de 16 registres européens de l’asthme sévère. Les patients inclus étaient des adultes atteints d’asthme sévère, ayant initié un traitement biologique (omalizumab, benralizumab, mepolizumab ou dupilumab) et disposant d’un suivi d’au moins un an.
La deuxième partie de l’étude consistait en une enquête prospective, réalisée en mai 2024 auprès de cliniciens européens impliqués dans les registres SHARP.
Des bénéfices cliniques dans tous les groupes
Au total, 3769 patients ont été inclus. Les groupes étaient globalement similaires, avec toutefois un âge légèrement plus jeune et un FeNO plus bas chez les fumeurs actifs.
Après un an de traitement, les non-fumeurs (N=2282) présentent une amélioration du contrôle de l’asthme de +219 %, une réduction des exacerbations de -69 %, un gain de qualité de vie (AQLQ) de +20 % et une hausse du VEMS de +7,5 %. Les ex-fumeurs, qu’ils aient une exposition inférieure (N=505) ou supérieure à 10 paquets-année (N=766), obtiennent des résultats très proches sur ces quatre paramètres. Chez les fumeurs actifs (N=136, seulement), l’efficacité est notable avec +200 % de contrôle, -61 % d’exacerbations, +4,2 % de VEMS et surtout une progression marquée de l’AQLQ (+118 %), permettant de rejoindre le niveau des autres groupes malgré une qualité de vie initialement plus basse.
Des réticences persistantes chez les cliniciens
L’enquête parallèle menée auprès des cliniciens a montré que 13 % d’entre eux se déclaraient réticents à prescrire un biologique à un patient fumeur actif, principalement en raison d’une perception de moindre efficacité liée au tabagisme.
Conclusion
Cette étude suggère que les patients atteints d’asthme sévère répondent de manière comparable aux biologiques, indépendamment de leur statut tabagique. La sous-prescription observée chez les fumeurs semble davantage liée aux représentations cliniques qu’à une inefficacité réelle. Les auteurs rappellent toutefois la nature rétrospective de l’étude et l’absence de comparabilité directe entre les différentes molécules.
D’après la session D 179Severe asthma: from the underlying mechanism to clinical remission Session TagsClinical Translational, presentation Evidence of efficacy of biologics in smokers with severe asthma in the SHARP CRC registry Jérémy Charriot (France)



