Congrès

Régénération alvéolaire par greffe autologue de cellules progénitrices : une affaire à suivre …

En l’absence de traitement curatif de la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) notamment lorsqu’elle est associée à une destruction des parois alvéolaires, l’emphysème, l’évolution de la pathologie est marquée par un déclin de la diffusion du monoxyde de carbone (DLCO) et une majoration progressive des symptômes respiratoires. La régénération alvéolaire par greffe autologue de cellules progénitrices p63+ pourrait être une piste intéressante

Les cellules progénitrices p63+, mises en évidence en 2011 par Kumar et al 1dans un modèle murin d’infection grippale, sont retrouvées au niveau de l’épithélium bronchiolaire distal et peuvent contribuer à la réparation alvéolaire après une agression. Le déficit en cellule progénitrice p63+ fonctionnelle est étroitement lié à la réduction du volume expiré maximal par seconde (VEMS) et de la DLCO chez les patients atteints de BPCO. Cependant, des cellules progénitrices p63+ saines peuvent être retrouvées dans les échantillons bronchoscopiques des patients atteints de BPCO de stade IV (2.

Une étude chinoise de phase 1 3, s’est intéressée à la faisabilité de la greffe autologue de cellules progénitrices p63+ chez des patients atteints de BPCO de stade GOLD II à IV, âgés de 40 à 75 ans ayant une DLCO inférieure à 80%. Vingt patients ont été inclus entre juillet 2018 et décembre 2022 puis répartis dans deux groupes : le groupe contrôle avec soins standards habituels (n=3 patients) et le groupe intervention (n=17 patients). Dans ce dernier, les patients avaient une fibroscopie bronchique avec un brossage au niveau des bronches segmentaires et sous segmentaires afin de recueillir des cellules progénitrices p63+ à partir de la couche basale de l’épithélium. Les cultivées pendant 3 à 5 semaines puis greffées lors d’une nouvelle fibroscopie. Deux millilitres de suspension cellulaire contenant 0,7 à 5,2 x 10^6 cellules par kilogramme de poids corporel étaient déposées dans 20 segments pulmonaires. Les patients devaient maintenir une position verticale et éviter de tousser dans les 2 heures suivant la procédure. L’absence de potentiel tumorigène des cellules greffées a été confirmée par une analyse caryotypique.

Aucun événement indésirable grave n’a été observé dans les deux groupes. Une amélioration significative de la DLCO a été mise en évidence dans le groupe intervention à 24 semaines (+18,2% versus -17,4%, p= 0,008) ainsi qu’une amélioration significative de plus de 30 mètres de la distance de marche en 6 minutes (66,7% des patients du groupe intervention versus aucun dans le groupe contrôle, p=0,036). Des analyses scanographiques pré et post greffe suggèrent une légère amélioration des lésions emphysémateuses. Ainsi, dans cette étude de phase 1, la greffe autologue de cellules progénitrices p63+ semble être sûre et bien tolérée. Un essai de phase 2 est actuellement en cours (CXCL2100091) dans la BPCO ainsi qu’un essai de phase I/II dans la fibrose pulmonaire idiopathique.

D’après le poster de Zhang T et al. Autologous transplantation of P63+ lung progenitor cells for chronic obstructive pulmonary disease therapy: an open-label, controlled, first-in-human trial. Am J Respir Crit Care Med 2024;209:A1221. (session A27)

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Asthme sévère : quel est le profil des patients qui meurent encore malgré les biothérapies ?

La cohorte observationnelle américaine CHRONICLE regroupant des patients adultes atteints d’asthme sévère pour la plupart traités par biothérapies ou corticoïdes oraux constitue une base de données particulièrement intéressante pour étudier le devenir de ces patients. Plusieurs présentations émanant de cette cohorte ont été effectuées lors de ce congrès. L’une a particulièrement attiré notre attention puisqu’elle concernait la mortalité des patients inclus entre février 2018 et novembre 2023.

Les données présentées ont récemment été actualisées par rapport au résumé soumis par les auteurs. Ainsi, ils dénombrent désormais 3886 patients inclus, dont l’âge moyen est de 54,6 ans (69% de femmes). Parmi eux, 54% sont suivis par un pneumologue, 37% par un allergologue et 9% par les deux. On dénombre 89 décès, soit 2,3% de la cohorte. L’incidence de mortalité globale est de 8,7 pour 1000 personnes-années (IC 95% : 7,0-8,7). Les décès liés au COVID-19 étaient rares (1,1 pour 1000 personnes-années), de même que ceux directement liés à l’asthme (0,2 pour 1000 personnes-années).

De manière intéressante et assez logique, la mortalité était surtout élevée chez les 470 patients recevant une corticothérapie orale au long cours, avec ou sans biothérapie (22,3 pour 1000 personnes-années). Par comparaison, elle n’était que de 8,6 pour 1000 personnes-années (IC 95% : 6,5-11,2) chez les 2549 patients traités par biothérapie, et même de 7,0 pour 1000 personnes-années (IC 95% : 5,0-9,5) chez les 2242 patients sous biothérapie mais ne recevant pas de corticoïdes oraux au long cours. Les décès de cause cardiovasculaire étaient les plus nombreux : 1,9 pour 1000 personnes-années dans la cohorte globale, 1,4 pour 1000 personnes-années pour les patients sous biothérapie sans corticoïdes oraux et 6,1 pour 1000 personnes-années pour ceux traités à la fois par biothérapie et par corticoïdes oraux. Dans l’asthme sévère, il semble donc particulièrement crucial d’arriver à sevrer les patients de toute corticothérapie orale si l’on veut réduire le risque de décès. Il sera intéressant de voir si ces données sont confirmées ou non dans les années à venir par le registre français RAMSES…

D’après la communication de N.L. Lugogo et al. Mortality among US adults with severe asthma is increased with maintenance systemic corticosteroid treatment: results from the CHRONICLE study. Am J Respir Crit Care Med 2024;209:A5250.

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Mauvais sommeil et rejet chronique après la transplantation pulmonaire : l’œuf ou la poule ?

Le parcours des transplantés pulmonaires est émaillé de nombreux écueils et complications ; pour optimiser les résultats de la greffe, le suivi clinique doit aborder toutes les facettes de la santé des patients. Les études concernant les pathologies du sommeil après une transplantation pulmonaire se sont surtout focalisées sur leur prévalence, mais peu de données sont disponibles quant à leur association aux résultats de la greffe, que ce soit sur le plan de la qualité de vie ou pour des critères plus objectifs comme la survenue d’un rejet ou de décès.

J.P. Singer (UCSF, San Francisco, Etats-Unis) a présenté les résultats d’une étude originale menée dans son centre, avec pour objectifs de décrire les facteurs de risque associés à un sommeil de mauvaise qualité en périopératoire, et d’évaluer l’association entre sommeil de mauvaise qualité et divers critères de suivi post-greffe.

Cette étude a été construite en s’appuyant sur la cohorte prospective longitudinale “Breathe Again”, établie à San Francisco. Cette cohorte de transplantés pulmonaires a pour objectif de suivre les patients avant et après la transplantation, à intervalle réguliers, sur des paramètres de qualité de vie, de fragilité et, depuis plus récemment, de qualité de sommeil par le biais du questionnaire Medical Outcomes Study (MOS) Sleep Problems Index (SPI) et d’un score d’insomnie.

Parmi les 256 patients de la cohorte, 141 avec des données complètes de MOS-SPI ont été inclus. La durée de suivi médiane était de 1.5 ans post-transplantation. Les auteurs ont pu montrer que, en période périopératoire, les patients avec une durée de séjour plus longue avaient une moins bonne qualité de sommeil et davantage d’insomnie après le retour à domicile. Au cours du suivi, la mauvaise qualité de sommeil était associée de manière significative à une détérioration de la plupart des indicateurs de succès clinique post-transplantation : diminution de la qualité de vie, majoration des scores de dépression, diminution des capacités à l’effort, augmentation des scores de fragilité, et surtout augmentation de la prévalence du rejet chronique (CLAD), ce qui est d’autant plus significatif étant donné la durée de suivi relativement courte des patients et le faible effectif.

L’association entre sommeil perturbé et CLAD est intéressante, mais pose la question du mécanisme sous-jacent. L’impact d’un sommeil de mauvaise qualité sur la thymie et l’anxiété n’est plus à démontrer, et la dépression peut entraîner une moindre adhérence aux traitements immunosuppresseurs et autres contraintes associées à la transplantation. Un sommeil pathologique pourrait également causer une dysrégulation de certains processus immunitaires. A l’opposé, il est possible que le rejet chronique entraîne des troubles du sommeil… davantage de données longitudinales et objectives (polygraphie ventilatoire) seraient nécessaires pour faire la lumière sur ces interactions.

Ces résultats devraient nous inciter à être plus vigilant vis-à-vis de la qualité de vie – et de sommeil – de nos patients après la greffe, et à penser à recourir à la polygraphie ventilatoire, bien que cet examen ne fasse pas partie du bilan systématique pré-transplantation ni du suivi dans la plupart des centres.

D’après le poster de J.P. Singer, et al. Disturbed sleep is associated with worse patient-reported outcomes and chronic lung allograft dysfunction after lung transplantation. Am J Respir Crit Care Med 2024 (session C93)

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De nouveaux outils de prédiction de l’observance à la Pression Positive Continue (PPC)

Alors que la PPC reste le premier traitement du syndrome d’apnées/hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS), son efficacité reste conditionnée par l’observance des patients, dont la détermination de facteurs prédictifs fiables permettrait d’orienter au mieux la qualité de la prise en charge et de l’accompagnement initiale des patients. Deux études françaises multicentriques se sont intéressées à ce sujet, apportant une validation d’outils nouveaux et efficaces.

La première étude 1 a cherché à valider en « vraie vie » l’intérêt d’évaluer le seuil d’éveil des patients au cours de l’enregistrement polysomnographique initial, tel que proposé antérieurement en population sélectionnée. L’observance de 2157 patients présentant un SAHOS sévère a été relevée après 1 an d’utilisation de la PPC. L’abaissement du seuil d’éveil était défini soit par un temps passé à un niveau de SaO2 < 90% (T90%) inférieur à 3.7%, soit par une fraction d’hypopnées/apnées > 77% lors de l’enregistrement initial. Une observance < 4 h/nuit ou un arrêt de la PPC ont été retrouvés chez 627 patients (29%), pour qui T90% était significativement plus faible que chez les patients observants (p<0.001), et la fraction d’hypopnées/apnées significativement plus élevée (p = 0.0001). De même, après ajustement pour les facteurs confondants, les patients avec un seuil d’éveil abaissé présentaient un risque accru de mauvaise observance à la PPC (95% CI : 1.64 (1.20 – 2.27), (p=0.0002)) ou d’arrêt de la PPC : RR: 1.52 (1.18 – 1.97) (p=0.001).

Dans une deuxième étude prospective multicentrique 2, c’est l’utilisation de données originales (statut économique, éducation sanitaire, efficacité personnelle et précarité) regroupées dans un score (SEMSA-15), évaluées lors du diagnostic initial de SAHOS chez 293 patients, qui a été évalué comme facteur prédictif vis-à-vis de l’observance à la PPC à 15jours, 90 jours et à 1 an. Sur le plan statistique, une analyse de trajectoire latente a été réalisée pour évaluer l’adhérence à la PPC, et une analyse logistique ordinale multivariée a été utilisée pour identifier les facteurs associés à cette trajectoire. Trois types de trajectoire d’adhérence à la PPC ont été mises en évidence (arrêt de la PPC, adhérence intermédiaire, et haut niveau d’adhérence). Après ajustement pour l’âge, le sexe, l’index de masse corporelle (IMC), l’index d’apnées/hypopnées, et les comorbidités, le score SEMSA-15 et l’IMC ont été retrouvés significativement associés à la trajectoire d’adhérence à la PPC (odds-Ratio: respectivement 3.17 (1.88; 5.35), p<0.001 et 1.05 (1.00; 1.10), p=0.04).

Ces 2 études ont l’intérêt d’apporter de nouveaux outils pouvant être utilisés en pratique courante pour prédire la qualité de l’observance à la PPC, et orienter l’importance des moyens à mettre en place initialement pour accompagner les patients à risque d’utilisation insuffisante ou d’arrêt de la PPC au long cours.

D’après les communications de :

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ALERTE !!! La PPC fait chauffer la planète !

Bien que la consommation électrique générée par la PPC soit plutôt faible à titre individuel, le nombre de patients traités dans le monde fait légitimement se poser la question de l’impact environnemental d’un tel traitement. Bianquis a présenté un travail original sur le sujet dans une session de posters discutés.

Pour rappel, actuellement 1,634 millions de patients sont traités en France. Les auteurs ont d’abord étudié 6 appareils sur banc d’essai avec des niveaux de pression variant entre 4 et 20 cmH2O, avec et sans humidificateur. Ils ont ensuite extrait les données de 40818 patients traités par un prestataire de santé, afin de les extrapoler à la population totale de patients traités.

Sur banc d’essai, la consommation varie de + 6 à + 40% en fonction des modèles (p<0,001) par rapport au modèle le moins énergivore. L’ajout d’une humidification augmente nettement la consommation (+ 345%, [+ 250 ; + 395%], p<0,001). La consommation annuelle de la cohorte est estimée à 2603 Gigawatt heure (GWh) pour une utilisation médiane de 6,7 heures, une pression médiane de 7 cmH2O et une P90 médiane de 8,5 cmH2O, avec un humidificateur présent pour 65% des patients. En fonction des dispositifs utilisés, la consommation électrique annuelle augmente de 9% à 65% par rapport au système le moins consommateur, et l’ajout d’un humidificateur l’augmente de 287%. Si l’ensemble de la cohorte était traité avec le système le moins énergivore sans humidificateur, cela permettrait une diminution de 77% de la consommation électrique. Le simple fait d’enlever l’humidificateur, sans modifier l’appareil, diminuerait la consommation de 75%.

A l’échelon national, si on utilisait l’appareil le moins énergivore, sans humidification on épargnerait 65867 GWh (équivalent à 11,51 M €) soit la consommation électrique d’une ville de 20000 habitants. Le maintien du même appareil sans humidification pourrait déjà faire économiser 29089 GWh (soit (5 M€).

L’ajout d’un humidificateur n’est donc clairement pas neutre sur le plan énergétique et doit vraiment être mis en place uniquement en cas de besoin. De même, les différents appareils sont tellement différents sur le plan de la consommation que la connaissance de cet item paraît nécessaire.

Même si la démesure américaine ne nous donne pas vraiment l’exemple, la sobriété énergétique est actuellement un élément crucial à prendre en compte. L’ajout d’une mention sur la consommation électrique des appareils (comme sur nos appareils électro-ménagers !) pourrait donc être à l’avenir un argument dans nos prescriptions.

D’après Bianquis et al (C109). Electrical consumption of positive airway pressure devices : data from a large national cohort. Am J Respir Crit Care Med 2024 ; 209 : A6860.

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Quel impact clinique du phénotypage au cours du SDRA ?

En dehors de la mortalité, l’impact clinique des différents phénotypes de syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA) reste encore mal déterminé.

L’objectif de cette étude de cohorte prospective a été d’évaluer l’éventuelle association entre les sous-phénotypes de réponse de l’hôte et la dysfonction cérébrale aiguë chez des patients ventilés mécaniquement pour insuffisance respiratoire aiguë (IRA). Ces derniers ont été classés selon deux sous-phénotypes, hyper- et hypo-inflammatoires, sur la base d’un modèle comprenant 4 variables précédemment décrit et utilisant les taux plasmatiques de procalcitonine, de TNF (récepteur soluble 1), d’angiopoïétine-2 et de bicarbonates mesurés à l’inclusion dans l’étude. L’état neurologique (délire, coma) a été évalué une fois/jour à l’aide d’outils cliniques validés et l’association entre le sous-phénotype et le nombre de jours vivant sans délire ou coma jusqu’à J14 a été évalué par régression logistique avec ajustement sur l’âge, la sédation et les comorbidités. Trois cent quarante patients ont été inclus, d’âge médian de 59,4 ans (IQR : 47,8 à 68,3), avec un score SOFA modifié (sans la composante neurologique) médian de base de 7 (IQR4-10). Cent trois patients (30 %) présentaient un SDRA, 147 (43 %) étaient à risque de SDRA mais ne répondaient pas aux critères de la définition de Berlin, 55 (16 %) étaient seulement intubés pour contrôle des voies aériennes (sans difficulté d’oxygénation ou de ventilation), et 35 (10 %) souffraient d’insuffisance cardiaque. Quatre-vingt- quinze patients (28%) ont été classés comme IRA hyper-inflammatoire contre 245 (72%) hypoinflammatoire, et 251/340 patients (74%) ont présenté au moins un jour de délire ou de coma. Les patients hyper-inflammatoires ont passé moins de jours vivant sans délire ou coma que les patients hypo-inflammatoires : médiane 2 vs 8 jours, p < 0,001; odds-ratio ajusté = 0,51, IC 95% : 0,33-0,78) (cf. figure), cette association n’étant pas liée à la seule surmortalité bien connue dans le SDRA hyper-inflammatoire et s’avérant confirmée par plusieurs analyses de sensibilité incluant le score SOFA modifié et le diagnostic d’admission.

Au cours du SDRA, le sous-phénotype hyper-inflammatoire apparait donc associé à un risque plus important de dysfonction cérébrale aiguë. Une meilleure détermination des sous-phénotypes dans l’IRA et de leurs conséquences respectives devrait pouvoir permettre de proposer des traitements davantage ciblés pour les patients concernés.

Figure : Proportion cumulative de patients pour les deux sous-phénotypes de SDRA en fonction des jours vivant sans atteinte neurologique (délire ou coma).

D’après la communication de Prendergast N., et al. Inflammatory subphenotype is associated with acute brain dysfunction in mechanically ventilated patients. Am J Respir Crit Care Med 2024; 209: A6624. Session C96.

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Une nouvelle molécule pour ralentir la progression de la FPI ?

BMS-986278 est un antagoniste oral du récepteur 1 de l’acide lysophosphatidique (LPA1). L’activation du récepteur LPA1 entraîne une réponse pro-fibrosante, caractérisée par le recrutement des fibroblastes, leur résistance à l’apoptose et l’inhibition de la régénération épithéliale.  Le LPA1 est le récepteur LPA le plus fortement exprimé par les fibroblastes pulmonaires dans des modèles précliniques de bléomycine.

Dans un essai de phase 2 (NCT04308681) randomisé, en double aveugle, contrôlé par placebo, le BMS-986278 était bien toléré et réduisait le déclin de la CVF% pred à 26 semaines, dans deux cohortes de patients avec fibrose pulmonaire idiopathique (FPI) et fibrose pulmonaire progressive (FPP) 1, 2.

M. Kreuter a présenté une analyse post hoc de cet essai évaluant l’effet du BMS-986278 par rapport au placebo sur le délai avant le premier événement de progression de la FPI et de la FPP.

Dans cet essai, des cohortes parallèles de patients atteints de FPI ou de FPP ont été randomisées séparément selon un ratio de 1:1:1 pour recevoir du BMS-986278 (30 mg ou 60 mg) ou un placebo deux fois par jour pendant 26 semaines; l’utilisation des antifibrosants était autorisée. Le type d’anti-fibrosant faisait partie des facteurs de stratification.

La progression était définie par un critère composite comprenant l’apparition d’un des éléments suivants :  diminution relative CVF % pred ≥ 10%, exacerbation aiguë, hospitalisation ou mortalité pour toutes causes.

Un total de 225 patients atteints de FPI et 114 atteints de FPP ont été inclus. La médiane de CVF initiale pour la cohorte de FPI était de 77 % pred et de 65 % pred pour la cohorte de FPP. Les trois principaux types de FFP étaient des PID inclassables (28%), pneumopathies d’hypersensibilités fibrosantes (17%) et PID associées à la polyarthrite rhumatoïde (17%).

Les patients ayant reçu du BMS-986278 60 mg avaient un risque plus faible d’un événement de progression de la maladie par rapport au placebo dans la cohorte FPI (HR, 0,54 [IC  95%, 0,31-0,95]) et la cohorte FPP (HR, 0,41 [IC 95% 0,18-0,90].

Une tendance similaire (malgré un effectif faible) était retrouvée dans l’analyse en sous-groupe plus particulièrement chez les patients avec une forme sévère (CVF initiale < médiane) dans la cohorte FPI (HR, 0,46 [IC 95% 0,21-1,02] et la cohorte FPP (HR, 0,23 [IC 95% 0,08-0,69]. 

Cette analyse a montré que le BMS-986278, à une dose de 60 mg, ralentit la progression de la maladie sur une période de 26 semaines par rapport au placebo chez les patients atteints de FPI ou de FPP. L’ensemble de ces résultats, renforcés par la pertinence d’un critère composite, suggèrent que le BMS-986278 pourrait être un traitement efficace. Cette hypothèse devra être confirmée par des essais de phase 3 en cours (NCT06003426 ; NCT06025578).

D’après la communication de M. Kreuter, Effect of BMS-986278, an oral LPA1 antagonist, on time to disease progression in patients with pulmonary fibrosis: a post hoc analysis of data from a phase 2 randomized trial. Am J Respir Crit Care Med 2024;209:A6615 (session C95)

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Quelle incidence de l’hypertension pulmonaire thrombo-embolique chronique après un premier épisode d’embolie pulmonaire ?

L’hypertension pulmonaire thrombo-embolique chronique (HTP-TEC) survient lorsque les thrombi artériels pulmonaires ne se résolvent pas au décours d’un ou plusieurs épisodes d’embolie pulmonaire (EP) aiguë, avec pour conséquences un remodelage fibreux de la paroi artérielle pulmonaire et la persistance de défauts de perfusion du lit vasculaire pulmonaire. Cette maladie vasculaire pulmonaire chronique peut entrainer une élévation des résistances vasculaires pulmonaires et de la pression artérielle pulmonaire à l’origine d’une insuffisance cardiaque droite. L’incidence exacte de l’HTP-TEC au décours d’une EP n’a jamais été étudiée sur de très larges cohortes de patients, mais elle est estimée à moins de 4% dans les 2 ans suivant une EP aiguë. Une étude menée chez des vétérans américains a cherché à déterminer l’incidence des HTP-TEC après un premier épisode d’EP aiguë.

Cette étude rétrospective a été réalisée à partir de la base de données nationale des vétérans américains sur une période de 15 ans (2009-2023). Les diagnostics d’EP et de CTEPH reposaient sur le codage ICD-10 (International Classification of Diseases, 10th Revision). Parmi les 48 107 cas d’EP aiguë survenus au cours de la période de l’étude, seuls les premiers épisodes d’EP ont été retenus (n=38 858). L’âge moyen de cette cohorte composée de 94% d’hommes était de 67±12 ans. Seuls 29% des patients étaient non-fumeurs, et la majorité d’entre-eux présentait des comorbidités cardio-vasculaires. Vingt-cinq pour cent avaient un antécédent de thrombose veineuse profonde. Les données au cours des cinq années suivant le diagnostic d’EP ont été analysées. Vingt-cinq pour cent des vétérans avaient une dyspnée persistante dans les 2 ans qui suivaient le diagnostic d’EP. L’incidence de l’HTP-TEC était de 0,8% à 2 ans et de 1,4% à 5 ans.

Il s’agit de la première étude de cette envergure (incluant plusieurs dizaines de milliers de patients) cherchant à évaluer l’incidence de l’HTP-TEC au décours d’une EP aiguë. Malgré les biais inhérents à l’étude de ce type de cohorte n’incluant que des vétérans et donc non représentative de la population générale, l’incidence de cette complication est similaire à celle rapportée par une méta-analyse colligeant 4 047 patients ayant eu une EP (incidence de 0,56% dans la population totale, soit 3% des patients survivants). Des analyses complémentaires sont en cours afin d’identifier les facteurs prédictifs d’HTP-TEC dans cette large cohorte de patients.

D’après la communication de Sweet M., Determination of the prevalence and risk factors that lead to the development of chronic thromboembolic pulmonary hypertension (CTEPH) in veterans with acute pulmonary embolism. Am J Respir Crit Care Med 2024;209:A6019 (Session C58)

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Quand l’expert hésite sur le scanner, SOFIA lui suggère PIC. La voix de la sagesse ?

En imagerie thoracique on distingue les intelligences artificielles permettant une quantification des lésions de celles permettant de classer les patterns. SOFIA appartient à cette 2ème catégorie et permet de classer les scanners comme pneumopathie interstitielle commune certaine, probable ou indéterminée au scanner et…, au final, souvent comme PIC certaine.

SOFIA [Systematic Objective Fibrotic Imaging Analysis Algorithm] est une intelligence artificielle développée par SLF. Walsh qui part de la conclusion que les experts sont faiblement d’accord entre eux pour classer les PIC au scanner et qu’un très grand nombre de patients ne sont pas incluables dans les essais cliniques faute d’aspect typique de PIC.

La force de l’auteur est d’avoir sollicité 195 experts radiologues et pneumologues de toute la planète pour leur demander de classer les patterns de PIC et évaluer le risque de progression sur une base de données de 203 scanners. Il était demandé aux participants de reclasser les patterns après évaluation par SOFIA. La concordance inter-observateur s’améliorait avec SOFIA passant de 0.41 [IQR, 0.35-0.47 à 0.52 [IQR 0.45-0.58 (p<0.0001). SOFIA améliorait la confiance du lecteur avec moins de patients classés comme indéterminés.

Au total, on comprend que l’acronyme choisi associe judicieusement les mots IA et « sofia », qui peut être traduit comme savoir, sagesse, mais aussi comme habileté, ruse. A vous de choisir la traduction la plus appropriée !

Références :

1) Walsh SLF, Mackintosh JA, Calandriello L, et al. Deep learning-based outcome prediction in progressive fibrotic lung disease using high-resolution computed tomography. Am J Respir Crit Care Med. 2022;206(7):883-891.

2) Walsh SLF, Wells AU, Desai SR, et al. Multicentre evaluation of multidisciplinary team meeting agreement on diagnosis in diffuse parenchymal lung disease: a case-cohort study. Lancet Respir Med. 2016 Jul;4(7):557-565.

D’après le poster présenté. Machine learned: AI-driven solutions in ILD and lung transplant S.L.F. Walsh, A.U. Wells, L. Calandriello, et al. Artificial intelligence-based decision support for HRCT stratification in fibrotic lung disease: an international study of 195 observers from 43 countries. Am J Respir Crit Care Med 2024;209:A5084 (Session C23)

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Intérêt de la dénervation bronchique dans la prévention des exacerbations de BPCO ?

La dénervation bronchique ciblée vise à réduire la fréquence et la gravité des exacerbations chez les personnes atteintes de BPCO sévère ou très sévère.  L’énergie radiofréquence délivrée pendant la bronchoscopie aux bronches principales a pour but de réduire l’hyperactivité bronchique de l’activité des nerfs parasympathiques pulmonaires.

L’essai randomisé AIRFLOW3 (n=400 patients) évalue l’efficacité et la sécurité de la dénervation bronchique combinée à une thérapie médicale optimale chez les patients atteints de BPCO. Cette cohorte est composée de patients atteints de BPCO modérée à très sévère (stade GOLD II-IV : 25 % ≤ VEMS ≤ 80, VEMS/CVF <0,70) et de statut GOLD E (2 exacerbations modérées ou 1 sévère au cours des 12 mois précédents) malgré un traitement médical optimal avec près de 90 % des patients étaient sous trithérapie inhalée (LAMA+LABA+ICS). Les patients avaient en moyenne 67 ans, étaient des ex-fumeurs avec un tabagisme moyen à 53,1 paquets-années, un VEMS post-bronchodilatateur de 39,3 ± 8,2 % prévu.

Les données préliminaires de suivi à 2 ans d’AIRFLOW 3 chez 76 sujets traités dans le bras ouvert de traitement par dénervation bronchique suggèrent une réduction durable de la fréquence et de la gravité des exacerbations de la BPCO (2,97 exacerbations/an avant traitement 1,19 exacerbations/an) à 1 an et 0,52 exacerbations/an à 2 ans avec une amélioration persistante et cliniquement significative des symptômes.

Ces données sont en accord avec les études précédentes montrant le potentiel de la dénervation bronchique pour réduire les exacerbations et améliorer les symptômes cliniques même si il est encore difficile de conclure dans l’attente des données du groupe contrôle probablement attendu pour la fin d’année 2024.

D’après la communication de G.J. Criner et al. Targeted lung denervation in COPD : 2-year follow-up of the Airflow-3 open label treatment cohort. Am J Respir Crit Care Med 2024;209:A3827. Session B52

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