Faut-il réentraîner les PID fibrosantes avec de l’oxygène à haut débit ?

Dans les dernières années, plusieurs études ont tenté de démontrer l’intérêt de l’oxygénothérapie à haut débit dans le réentrainement des PID fibrosantes, avec toutefois des fortunes diverses.

Une question de recherche… dans l’air du temps :

La désaturation à l’exercice est caractéristique des PID fibrosantes. Dans ce contexte, la profondeur de l’hypoxémie est typiquement proportionnelle à l’intensité de l’exercice, et peut représenter un frein au réentraînement lorsque ces patient·es sont adressé·es en réadaptation respiratoire, réduisant ainsi son efficacité.

Récemment, plusieurs études pilotes, dont l’une française réalisée à Dieulefit, ont évalué l’intérêt potentiel de l’oxygénation à haut débit par canules nasales (OHD) lors d’exercices sous-maximaux réalisés par des patient·es avec PID fibrosante, en comparaison à une oxygénothérapie standard. En effet, en plus de permettre une meilleure correction de l’hypoxémie, l’OHD pourrait également diminuer le travail inspiratoire par la pression positive qu’elle génère dans les voies aériennes ou en diminuant l’espace mort. Trois de ces études ont suggéré que l’OHD pouvait augmenter la durée d’exercice chez ces patient·es et améliorer leurs performances 1 , 2 , 3 ; toutefois une quatrième avait trouvé des résultats contradictoires 4.

Design expérimental de cette nouvelle étude :

Afin de confirmer l’intérêt de l’OHD pour réentraîner les PID fibrosantes, et identifier les mécanismes physiologiques impliqués, l’équipe de Dieulefit a réalisé un nouveau travail ayant inclus 16 patient·es avec PID fibrosantes (neuf hommes et sept femmes, d’âge moyen 69 ± 14 ans). Ces sujets ont réalisé quatre exercices sous-maximaux sur ergocycle, en palier à 70 % de la puissance maximale, selon quatre conditions expérimentales appliquées dans un ordre aléatoire : air ambiant (FiO2 : 21 %) ; oxygénothérapie par masque à haute concentration (9-12 L/min) ; air ambiant à haut débit par canules nasales (50-70 L/min, FiO2 : 21 %) ; OHD (50-70 L/min, FiO2 : 50 %).

Le critère de jugement principal était le temps d’endurance (durée de l’exercice jusqu’à l’arrêt en raison des symptômes). Plusieurs variables cardiorespiratoires ont également été comparées (fréquence cardiaque, saturation en O2, mode ventilatoire), ainsi que les échelles de dyspnée et de fatigue des membres inférieurs sur l’échelle de Borg.

Des résultats inattendus 

Contrairement à leur hypothèse initiale, Sarah Thivent et ses collaborateur·ices n’ont pas mis en évidence de bénéfice à l’utilisation de l’OHD. En effet, le temps d’endurance sous OHD n’était pas différent de celui sous oxygénothérapie standard au masque à haute concentration (MHC) : respectivement 690 contre 683 secondes. En revanche, ce temps d’endurance était significativement plus élevé sous oxygène que dans les deux conditions contrôles en air ambiant (moins de 350 secondes).

Par rapport aux conditions contrôles en air ambiant, les deux modalités d’oxygénothérapie ont permis d’obtenir des saturations à l’exercice normales et comparables (SpO2 respectivement à 99 % pour l’OHD et 98 % pour le MHC, contre 87 % en air ambiant), des niveaux de ventilation totale inférieurs, une fréquence respiratoire et une fréquence cardiaque ralenties, et une amélioration de la dyspnée, mais sans différence significative entre OHD et MHC.

En conclusion, le principal déterminant de l’amélioration de la tolérance à l’exercice et du soulagement de la dyspnée dans cette cohorte de 16 PID fibrosantes était la correction de l’hypoxémie. Toutefois, la puissance de cette étude était possiblement limitée par le petit effectif. D’autres travaux seront nécessaires afin de préciser l’opportunité ou non d’utiliser l’OHD pour réentraîner les PID fibrosantes, si possible multicentriques et incluant un plus grand nombre de malades.

Thomas Gille, service d’explorations fonctionnelles, Hôpital Avicenne, Bobigny


D’après la présentation PA 2046 « Unraveling the effects of nasal high-flow O2 therapy on exercise tolerance and dyspnea in fibrotic interstitial lung disease » (Sarah Thivent).

  1. Badenes-Bonet D, Cejudo P, Rodó-Pin A, Martín-Ontiyuelo C, Chalela R, Rodríguez-Portal JA, Vázquez-Sánchez R, Gea J, Duran X, Caguana OA, Rodriguez-ChiaradiaDA, Balcells E. Impact of high-flow oxygen therapy during exercise in idiopathicpulmonary fibrosis: a pilot crossover clinical trial. BMC Pulm Med 2021, 21(1):355 (doi: 10.1186/s12890-021-01727-9)
  2. Al Chikhanie Y, Veala D, Verges S, Hérengt F. The effect of heated humidified nasal high flow oxygen supply on exercise tolerance in patients with interstitial lung disease: A pilot study. Respir Med 2021,186:106523 (doi: 10.1016/j.rmed.2021.106523)
  3. Harada J, Nagata K, Morimoto T, Iwata K, Matsunashi A, Sato Y, Tachikawa R, Ishikawa A, Tomii K. Effect of high-flow nasal cannula oxygen therapy on exercise tolerance in patients with idiopathic pulmonary fibrosis: A randomized crossover trial. Respirology 2022, 27(2):144-151 (doi: 10.1111/resp.14176)
  4. Suzuki A, Ando M, Kimura T, Kataoka K, Yokoyama T, Shiroshita E, et al. The impact of high-flow nasal cannula oxygen therapy on exercise capacity in fibrotic interstitial lung disease: a proof-of-concept randomized controlled crossover trial. BMC Pulm Med 2020, 20(1):51 (doi: 10.1186/s12890-020-1093-2)
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