« Trois choses ne peuvent être cachées : la toux, la pauvreté et l’amour » proverbe Yiddish

Cet ancien proverbe décrit parfaitement la complexité de la toux. D’un côté un réflexe vital des voies aériennes permettant l’élimination de substances nocives qui auraient été inhalées mais également l’extériorisant de sécrétions bronchiques, d’un autre côté un symptôme chronique embarrassant, difficile à prendre charge, à l’origine d’un inconfort, de frustration voire d’un réel handicap et conduisant à un isolement social, du fait du caractère bruyant de ce symptôme.

La toux chronique cultive ce paradoxe de symptôme bruyant, d’une pathologie actuellement passée sous silence en l’absence de traitement dédié.

La toux est le motif de consultation le plus fréquent en médecine générale. La toux aiguë, définie par une durée inférieure à 3 semaines, est dans une très grande majorité des cas, le résultat d’une infection virale aiguë des voies respiratoires supérieures. Ce processus se résout spontanément en moins de 3 semaines, ce qui explique que cette durée a été prise en compte. La toux chronique définie par une durée supérieure à 8 semaines, est à différencier de la toux aiguë de par les causes mais également le handicap social et psychologique lié à cette pathologie.

Il est important de bien noter que la toux chronique n’est pas un symptôme mais bien une maladie à part entière avec ses causes et ses explorations. Elle touche 9,6% de la population mondiale. Des études en cours suggèrent une prévalence de 4 à 5% en France c’est-à-dire proche de celle observée dans l’asthme chez l’adulte.

L’une des problématiques de la toux chronique est la mise en évidence de la ou des causes à l’origine de cette maladie. En effet, il ne faut pas oublier que la toux est souvent multifactorielle. Les causes les plus fréquentes sont l’asthme, la prise de médicaments tussigènes (ex. des inhibiteurs de l’enzyme de conversion prescrits dans l’hypertension, les gliptines prescrits dans le diabète), le reflux gastro-œsophagien et les rhinosinusites chroniques. Le tabagisme est pourvoyeur de toux mais avant de conclure à l’imputabilité du tabac dans une toux chronique, un bilan est nécessaire.

La toux chronique est donc secondaire à un certain nombre de maladies respiratoires et non-respiratoires, ou à une prise de médicaments. En tant que telle, elle nécessite le plus souvent une approche multidisciplinaire. Le médecin généraliste, dans la prise en charge initiale, qui consistera à rechercher les causes fréquentes listées ci-dessus et à effectuer une radiographie du thorax. En cas d’arguments pour une pathologie fréquente, celle-ci doit être traitée. En l’absence de cause fréquente, le médecin généraliste est alors le chef d’orchestre qui coordonnera les soins pour une prise en charge multidisciplinaire avec notamment l’implication du pneumologue, de l’oto-rhino-laryngologiste, du gastro-entérologue (liste non exhaustive) selon le diagnostic présumé.

Cependant, chez de nombreux patients atteints de toux chronique, la toux persiste en dépit d’un traitement spécifique pour la cause diagnostiquée ou la cause non retrouvée et malgré des explorations. Cette toux est alors nommée « toux chronique réfractaire ». Face à ces patients, les acteurs de santé se sentent souvent désarmés du fait de l’absence de traitement disponible [1].

Les nouvelles avancées dans la recherche soutiennent l’origine neuropathique de cette toux réfractaire, résultante de lésions des voies nerveuses sensitives ou de l’augmentation de sensibilité des récepteurs à la toux, causées par les interactions entre des facteurs inflammatoires, infectieux et environnementaux [2, 3].

En 2014, un comité d’experts sous l’égide de l’European Respiratory Society a défini le syndrome de toux par excès de sensibilité comme étant un trouble caractérisé par une toux gênante souvent déclenchée par des faibles niveaux d’exposition à des stimuli peu tussigènes (hypertussie – exposition au froid, fumées, odeurs fortes) ou non tussigènes (allotussie – parole, rire, changement de position).

Ce nouveau concept ouvre la voie à de nouvelles perspectives thérapeutiques et des traitements sont en voie de développement.


[1] Guilleminault L, Brouquières D, Didier A. [From acute cough to chronic cough in adults: Overview on a common reason for consultation]. Presse medicale (Paris, France : 1983) 2019;48:353-364. https://10.1016/j.lpm.2019.02.009

[2] Chung KF, McGarvey L, Mazzone SB. Chronic cough as a neuropathic disorder. Lancet Respir Med 2013;1:414-22. https://10.1016/s2213-2600(13)70043-2

[3] Song WJ, Chang YS, Morice AH. Changing the paradigm for cough: does ‘cough hypersensitivity’ aid our understanding? Asia Pacific allergy 2014;4:3-13. https://10.5415/apallergy.2014.4.1.3

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