Nouveaux usages du tabac chez les jeunes : attention aux alternatives à la cigarettes !

Le Pr Florin Mihaltan de Bucarest a présenté des données internationales sur l’évolution des consommations et les raisons de ces évolutions.

Vapotage ou tabac chauffé ?

On dénombrait 82 millions de vapoteurs dans le monde en 2021, avec une augmentation constante du taux de vapotage. Cette augmentation est particulièrement marquée dans les pays ayant fait le choix de promouvoir la cigarette électronique pour diminuer l’usage de la cigarette classique, comme la Grande Bretagne et les Etats Unis. Le tabac chauffé (iQOS pour I quit ordinary smoking) est un produit de l’industrie du tabac, présenté comme moins dangereux et en pleine augmentation chez les jeunes. En quelques années de diffusion, on a atteint 5,9 millions d’utilisateurs dans 43 pays, surtout des adolescents de 12 à 16 ans. On retrouve un gradient  d’âge clair pour le vapotage chez les jeunes, la prévalence augmentant nettement avec l’âge adulte approchant. L’iQOS de son côté arrive au moment où l’industrie du tabac voit la consommation de cigarettes classiques diminuer.

Sachets de nicotine et snus avec l’aval des parents

La consommation de snus (sachets de tabac reste assez spécifique aux pays nordiques, avec la particularité d’être tolérée par les parents des adolescents, heureux de les voir s’abstenir de consommer des cigarettes. Ce « modèle suédois » est réutilisé par l’industrie du tabac auprès des décideurs. Elle présente le snus comme inoffensif, oubliant de mentionner que le snus a fait fumer des cigarettes par la suite à toute une génération. Aux Etats-Unis, on constate l’apparition depuis quelques années de l’usage simultané de sachets de nicotine et de cigarettes, montrant une fois de plus que toute consommation de nicotine est à risque de déclencher une consommation de cigarettes 1.

Importants efforts de l’industrie du tabac pour cibler les jeunes

L’industrie du tabac investit sur la recherche de molécules de synthèses en remplacement de la nicotine. En parallèle, le marketing des cigarettes électroniques et tourné vers les jeunes et même vers les enfants : parfums « bonbon », sachets colorés parfois vendus à côté de friandises pour enfants…

Elle contourne également les réglementations nationales en proposant des publicités transfrontalières, notamment avec l’aide des réseaux sociaux. Les images de consommations sont omniprésentes dans les médias et les divertissements, y compris les jeux vidéo. L’industrie du tabac arrive à être présente dans les événements à destination des jeunes, via la vape. Elle est aidée dans ses efforts marketing par la possibilité d’acheter à l’unité des cigarettes ou des sachets de nicotine dans certains pays, voire de se faire livrer par une plateforme type Uber.

Pourquoi les jeunes utilisent-ils ces nouveaux produits de l’industrie du tabac ?

Comme pour les cigarettes classiques, les nouveaux produits permettent de cimenter des amitiés, de franchir les normes sociales, de gagner en confiance, de soulager stress et anxiété. Il existe une pression des pairs à franchir le pas, et une curiosité dans le cadre de l’adolescence. La diffusion de ces nouveaux produits est facilitée par la possibilité d’acheter sur internet, le caractère bon marché et dissimulable aux parents, et la variabilité des designs et parfums. Récemment sont apparus des dispositifs électroniques « smart vape » ciblant particulièrement les jeunes par leur caractère très technologique. Le vapotage est souvent utilisé en combinaison avec les cigarettes, et les utilisateurs de vapoteuses jetables sont plus jeunes.

A l’inverse, les raisons de s’abstenir pour les adolescents sont avant tout liées aux risques pour la santé (90% des jeunes), et 52% des adolescents déclarent que le non des parents suffit à les dissuader. Il est possible toutefois pour 70% des jeunes mineurs d’acheter des produits facilement sans pièce d’identité, parfois en payant un supplément.

Que faire pour lutter contre ces usages ?

Les lignes directrices de la CCLAT (convention cadre de l’OMS pour la lutte anti-tabac) exigent explicitement que les pays membres œuvrent de façon efficace pour une élimination progressive de la consommation de tabac, mais les régulations ne couvrent pas les produits alternatifs, notamment l’interdiction de leur publicité. La CCLAT propose d’interdire toute publicité ainsi que les arômes, de mettre en œuvre l’ensemble des mesures, d’offrir des formations gratuites aux professionnels de santé, et de mettre au même prix l’ensemble des produits. Ainsi en Roumanie, dans le cadre de l’opération « Génération sans tabac », un cours spécifique est maintenant dispensé aux étudiants en médecine, et l’université sans tabac est en cours de déploiement.

Justine Frija, Service de physiologie, Hôpital Bichat Claude Bernard,Paris.


D’après la communication de Florin Mihaltan, Bucarest, Roumanie

  1. Patel M, Kierstead EC, Kreslake J, Schillo BA. Patterns of oral nicotine pouch use among U.S. adolescents and young adults. Prev Med Rep 2023;34:102239. https://doi.org/10.1016/j.pmedr.2023.102239.
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