
L’obésité et le syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil partagent un lien complexe où le surpoids influence non seulement les troubles respiratoires, mais aussi la somnolence diurne. Des solutions telles que la chirurgie bariatrique, les agonistes des GLP-1 comme le tirzépatide, et des approches diététiques encadrées montrent des résultats prometteurs pour améliorer à la fois le sommeil et la qualité de vie.
Une session intitulée « maigrir pour bien dormir » était organisée sur ce sujet particulièrement d’actualité face à l’arrivée sur le marché de nombreux médicaments favorisant la perte de poids et une autorisation récente de la FDA de prescrire ce traitement dans le syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS) associé à une obésité.
Plus particulièrement, le Dr Barateau nous a rappelé aujourd’hui que le rapport entre la somnolence et l’obésité était plus complexe que la simple présence de troubles respiratoires du sommeil associés. L’indice de masse corporel (IMC) a en effet été décrit dans les grandes cohortes épidémiologiques comme un bien meilleur prédicteur de la somnolence que l’indice d’apnées-hypopnées (IAH).
Des facteurs liés à l’obésité et à la somnolence souvent interconnectés
En plus du SAHOS, l’obésité modifie les mécanismes hormonaux. Des hormones comme la leptine (responsable de la régulation de la satiété) et la ghréline (qui stimule l’appétit) sont perturbées chez les individus obèses. Ces déséquilibres peuvent affecter la qualité du sommeil et augmenter le risque de somnolence.
Au-delà des mécanismes biologiques, les comportements liés à l’obésité et à la somnolence sont souvent interconnectés. Les personnes en surpoids ou obèses ont tendance à adopter des modes de vie sédentaires, passant davantage de temps devant les écrans ou en position assise, ce qui peut contribuer à un sommeil de mauvaise qualité. Il est plus fréquemment retrouvé un temps de sommeil plus court ? chez les personnes en obésité sans que celle-ci n’évoquent de façon plus fréquente des plaintes d’insomnie.
De plus, les habitudes alimentaires jouent un rôle clé dans l’obésité comme dans le SAHOS. Une alimentation riche en sucres et en graisses saturées peut non seulement entraîner une prise de poids, mais aussi perturber les cycles du sommeil. Par exemple, la consommation excessive de caféine ou de sucres tard le soir peut perturber l’endormissement et réduire le sommeil profond, entraînant une somnolence accrue le lendemain. Cette somnolence diurne peut à son tour réduire la motivation à adopter un mode de vie actif, ce qui aggrave la prise de poids. Il en résulte un cercle vicieux où la fatigue et l’obésité se renforcent mutuellement.
La prise en charge doit-elle cibler à la fois le surpoids et l’IAH ?
Une prise charge drastique du surpoids comme la chirurgie bariatrique pourrait donc avoir un double effet sur la somnolence en permettant à la fois de diminuer l’IAH tout en diminuant aussi la somnolence associée plus intrinsèquement à l’obésité. Des méta-analyses retrouvent ainsi des diminutions du score d’Epworth jusqu’à 5 points chez des patients opérés, soit bien plus que ce qui est observé sous traitement par PPC. Une prise en charge diététiques encadrée et efficace permet en général également de façon plus modeste de diminuer la somnolence.
Dans la principale étude évaluant l’intérêt des agonistes des GLP-1, le tirzépatide a entraîné des réductions significatives de l’IAH, avec une diminution moyenne allant jusqu’à 29,3 événements par heure (−58,7 % par rapport à la ligne de base), contre une baisse maximale de 5,5 événements avec le placebo et surtout des améliorations symptomatiques manifestes.
La place de ces nouvelles molécules dans la pratique pneumologique devra être précisé dans les années à venir.
Wojciech TRZEPIZUR, département de Pneumologie et de Médecine du Sommeil, CHU d’Angers
D’après la communication « Obésité, sommeil et Somnolence : un lien bien au-delà des troubles respiratoires » du Dr Lucie Barateau, session « Maigrir pour bien dormir en 2025 » du samedi 25 janvier 2025



