


Camille Rolland-Debord, service de Pneumologie, CHU Clermont-Ferrand
Une revue de la littérature suggère que l’efficacité des biothérapies dans l’asthme et la BPCO varie selon les régions du monde, avec un effet placebo marqué en Europe de l’Est et des réponses plus fortes en Asie-Pacifique.
L’arrivée du depemokib a mis en evidence des disparités de réponses aux biotherapies selon les régions du monde
Les études SWIFT-1/2 1, évaluant le dépémokimab, premier anticorps anti–IL-5 à administration semestrielle, ont illustré cette hétérogénéité de réponse selon les régions du monde. La réduction des exacerbations atteignait 54 % au global, 24 % en Europe centrale et de l’Est, contre 65 % en Europe de l’Ouest et en Asie-Pacifique. Dans certaines régions, il semble qu’un fort effet placebo a contribué à réduire l’efficacité apparente du traitement.
Une revue systématique de la littérature
Pour approfondir ces observations, une revue systématique a été menée selon un protocole prédéfini. Les bases MEDLINE, Embase et EBM Reviews, ainsi que les grands congrès internationaux (2019–2024), ont été explorés. Sur plus de 1 500 références examinées, neuf publications ont été retenues : sept en asthme et deux en BPCO. Parmi elles figuraient cinq essais en asthme portant sur le benralizumab, le reslizumab, le tezepelumab et le dépémokimab, ainsi que deux essais en BPCO évaluant le dupilumab. Toutes rapportaient des données d’exacerbations stratifiées par région géographique.
Analyse des tendances régionales
Dans l’asthme sévère, avec le benralizumab 2, les études SIROCCO et CALIMA rapportaient une réduction des exacerbations de 82% en Asie Pacifique, 67 % en Europe de l’Ouest, 37% en Amerique du Nord et seulement 12 % en Europe centrale et de l’Est. L’étude NAVIGATOR 3sur le tezepelumab montrait des réductions de 59 % en Europe de l’Ouest, 67 % en Asie-Pacifique et 61% en Amerique du Nord contre 7 % en Europe centrale.
Dans la BPCO, les essais de phase III BOREAS 4et NOTUS 5, les variations régionales semblaient moins marquées que dans l’asthme, même si une tendance à une moindre efficacité en Europe était observée.
Dans l’ensemble, l’Europe centrale et de l’Est se distingue par une efficacité réduite des biothérapies, expliquée par un taux d’exacerbations sous placebo particulièrement bas, qui diminue l’écart avec les traitements actifs. À l’inverse, l’Asie-Pacifique présente des réponses parmi les plus fortes. Dans la BPCO, les différences régionales sont plus limitées, mais la tendance reste à une moindre efficacité en Europe.
Et l’avenir ?
Ces résultats soulignent l’importance de prendre en compte la dimension géographique dans l’interprétation des essais cliniques internationaux et dans l’élaboration des recommandations thérapeutiques. Ils ouvrent la voie à des stratégies plus personnalisées, tenant compte non seulement des biomarqueurs biologiques, mais aussi des spécificités régionales et organisationnelles des systèmes de santé.
D’après le poster ID 2470 Geographic variation in outcomes in RCTs of biologic therapies in patients with asthma or COPD: A systematic literature review



