Diagnostic de la BPCO : un challenge de taille !

Obstacles au diagnostic de la BPCO en France

L’étude Analysis of Barriers in COPD (ABCD) vise à identifier les obstacles au diagnostic de la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), afin d’améliorer le parcours de soins des patients. La phase qualitative a révélé 12 barrières réparties en trois étapes clés du parcours. Avant les consultations, les principaux obstacles incluent la méconnaissance de la BPCO, le déni des symptômes, la crainte du cancer du poumon et le retard à consulter un médecin généraliste. En médecine générale, les barrières identifiées sont la chronicisation des symptômes, la priorité donnée à d’autres pathologies, ainsi que le manque d’outils de dépistage et de traitements curatifs. Enfin, au stade de la confirmation en pneumologie, les difficultés concernent l’initiation du traitement avant le diagnostic formel, l’adressage tardif au pneumologue, les difficultés d’accès aux spécialistes, la réticence des patients aux examens et la multiplication des examens avant l’obtention du diagnostic définitif.

Le Pr Le Rouzic a présenté la phase quantitative de l’étude, qui vise à mesurer la prévalence de ces obstacles selon les points de vue des patients et des médecins (généralistes et pneumologues). L’analyse a porté sur des patients diagnostiqués dans un délai inférieur ou supérieur à un an après l’apparition des premiers symptômes. Les patients atteints de BPCO ont été recrutés à partir d’un panel représentatif de la population française, si leur diagnostic datait de moins de 3 ans. Du côté des médecins, les généralistes devaient prendre en charge au moins 4 patients atteints de BPCO par mois, et les pneumologues, 10 patients. Le questionnaire pour les patients portait sur les connaissances de la BPCO, le parcours de soin, les errances diagnostiques et leur état d’esprit face à la maladie. Celui pour les médecins abordait les retards au diagnostic, la prise en charge, les moyens d’améliorer le diagnostic, et des informations sur les patients hospitalisés.

Les résultats de l’étude ont inclus 180 médecins (110 généralistes et 70 pneumologues), ainsi que 150 patients atteints de BPCO entre le 3 juin et le 15 juillet 2024. Parmi les patients, 57% étaient des femmes, 44% avaient entre 40 et 59 ans, et 35% étaient âgées de plus de 60 ans. Concernant la sévérité de la BPCO, 3% des patients étaient atteints d’une BPCO de stade GOLD IV. Du côté des médecins, 72% étaient des hommes, 48% avaient entre 10 et 30 ans d’expérience. Les signes évocateurs de BPCO étaient rapportés de manière similaire par les patients atteints de BPCO et les médecins (toux grasse, persistante, expectorations fréquentes, dyspnée chez un patient tabagique actif). Le temps moyen pour obtenir le diagnostic de BPCO était de 17 mois et un délai moyen estimé entre deux consultations de 9 mois. De manière notable, parmi les patients diagnostiqués dans un délai inférieur à 1 an, 32% résidaient en région parisienne et avaient de plus hauts revenus que ceux diagnostiqués dans un délai supérieur à un an. À l’inverse, le diagnostic était plus souvent retardé au-delà d’un an lorsque le médecin généraliste prescrivait des examens complémentaires ou orientait le patient vers un pneumologue.

Cette étude confirme l’important délai entre les premiers symptômes et le diagnostic (17 mois). Les patients ne résidant pas en région parisienne, ayant de faibles revenus, ayant eu recours à des examens complémentaires et/ou ayant été adressés à un pneumologue avaient plus souvent un diagnostic de BPCO tardif, supérieur à 1 an.

Mai poumon

À l’instar de l’initiative menée à Bayonne, il est essentiel de sensibiliser le grand public à la santé respiratoire. Le Dr Marielle Sabatini a présenté les résultats de l’analyse de 223 spirométries réalisées lors de l’événement “Mai Poumon” à Bayonne. Cet événement, qui se tient chaque année en mai, propose un village d’animations variées : stands d’information pour lutter contre le tabagisme, la pollution de l’air intérieur et extérieur, proposer des jeux éducatifs aux enfants, inciter à l’initiationd’une activité physique, ou encore offrir la possibilité de réaliser une spirométrie. Les passants étaient invités à remplir un questionnaire concernant leur statut tabagique, l’existence d’une maladie respiratoire connue, la présence de symptômes, et enfin l’existence d’un suivi pneumologique (prise d’un traitement quotidien et, ou consultation auprès d’un pneumologue). Une spirométrie était ensuite proposée à la recherche d’un trouble ventilatoire obstructif (TVO) défini par un rapport volume maximal expiré en 1 seconde (VEMS)/capacité vitale forcée (CVF) inférieur à 0,7.

Les résultats montrent que les participants étaient majoritairement des femmes (61%), l’âge moyen était de 47 ans et 33% rapportaient un tabagisme actif. Parmi les 200 sujets ayant renseigné le questionnaire sur les symptômes, 62 (31%) se sont déclarés symptomatiques, essentiellement des femmes (70%). La présence d’une dyspnée était rapportée par 61% des sujets symptomatiques et 64,5% n’avaient pas de suivi pneumologique. Sur l’ensemble des sujets testés, 37 (17%) avaient un trouble ventilatoire obstructif, soit 19 hommes et 18 femmes. Cinquante-quatre pourcents des sujets ayant un trouble ventilatoire obstructif étaient âgés de 60 ans ou plus, 64,5% étaient asymptomatiques et 61,5% n’avaient pas de suivi.

La multiplication d’initiatives de ce type constitue une voie prometteuse pour sensibiliser le grand public aux symptômes évocateurs de la BPCO et réduire son sous-diagnostic.


D’après la session poster PO03 « BPCO » et les posters :
P164 « Obstacles au diagnostic de la BPCO en France. Partie quantitative de l’étude ABCD. Résultats obtenus auprès de patients, médecins généralistes, et pneumologues », présenté par Maéva Zysman et coll.
P159 « Analyse des 223 spirométries réalisées lors de l’évènementiel Mai Poumon, Bayonne », présenté par M Sabatini et coll.       

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