
La toxicité respiratoire des inhibiteurs de point de contrôle immunitaire (ICI) est une complication rare, concernant entre 1 et 3 % des patients traités par immunothérapie, mais sa mortalité est importante. Comprendre quels patients sont les plus à risque de développer une pneumopathie médicamenteuse et développer une stratégie thérapeutique efficace est d’autant plus important que les ICI sont de plus en plus utilisés.
Dans un travail rétrospectif, regroupant 56 patients âgés de 65 +/- 13 ans (72% d’hommes, 66% de caucasiens), hospitalisés entre 2017 et 2024, pour une pneumonie médicamenteuse grave alors qu’ils sont traités par ICI depuis une période de 124 [53-298] jours, compliquée d’une détresse respiratoire aigüe nécessitant le recours à une ventilation mécanique, invasive ou non, la mortalité hospitalière est de 52 % 1. Sood et coll. retrouvent des facteurs de risque classique de pneumopathie aux ICI : le traitement est administré pour un cancer bronchique non à petites cellules (OR 2,4, IC 95% [1,3-4,3]) et le protocole comprend deux immunothérapies (OR 2,2, IC 95% [0,99-4,85]) . Les anomalies interstitielles préalables sont également un facteur de risque démontré (OR 4.,9, IC 95% [1,7-14,6])2.
Une étude cas-témoin, menée à partir de deux larges cohortes de patients souffrant d’un cancer bronchique non à petites cellules (GEMINI et LONESTAR) a comparé 11 patients ayant présenté une toxicité respiratoire sous ICI à 22 témoins appariés. Ce travail original a mis en évidence la présence d’un polymorphisme génétique (rs35705950-T) qui augmenterait le risque de syndrome interstitiel et de pneumonie sous ICI, multipliant leur survenue par 4.6 [IC 95% 1,5-15,8], plus particulièrement chez les patients caucasiens (OR 5,4, IC 95% [1,7-19,5] 3.
Enfin, une étude incluant 22 patients traités par corticoïdes pour une pneumopathie induite par les ICI a évalué les facteurs de risque de rechute. Les patients ayant une pneumonie aux ICI réfractaire à la corticothérapie aurait au LBA un nombre de lymphocytes T CD4 plus élevé, particulièrement le nombre de LcT helper 17, tandis que le nombre de LcT CD8 est plus faible 4.
La corticothérapie à forte dose reste le traitement de première ligne des pneumopathies induites par les ICI. Cependant, certaines formes sont réfractaires, nécessitant des traitements immunosuppresseurs additionnels. Deux travaux suggèrent que le tocilizumab serait une option intéressante. Ainsi, 13 patients parmi 1156 cas de pneumonie aux ICI ont reçu un traitement immunosuppresseur de seconde ligne : tocilizumab (6 patients), infliximab (4 patients), mycophenolate mofetil (MMF) (4patients), et les immunoglobulines intraveineuses (2 patients)5. Une amélioration ou une guérison de la pneumonie est plus fréquemment observée sous tocilizumab (67%) par rapport au MMF (25%), aux IgIV (0%) ou à l’infliximab (0%). Le risque de décès toutes causes confondues est plus faible sous tocilizumab (HR 0,56, IC 95% [0,16-2,01], NS). La sécurité d’utilisation du tocilizumab et son efficacité, au moins équivalente aux immunosuppresseurs utilisés en seconde ligne, sont également mises en évidence dans un groupe de 17 patients traités après échec clinique de la corticothérapie (à une dose supérieure à 1mg/kg pendant une durée supérieure à 48h) entre 2010 et 2024 à Columbus (Ohio, Etats-Unis) 6.
Il y aurait donc une susceptibilité génétique au développement des pneumonies aux ICI et le tocilizumab est un traitement prometteur de seconde ligne. Des études prospectives sont nécessaires pour développer un score de prédiction clinique afin d’identifier les patients à risque et valider la place du tocilizumab dans l’arsenal thérapeutique.
Marjolaine Georges, Service de Pneumologie et Soins Intensifs Respiratoires, Centre de Référence Constitutif des Maladies Pulmonaires Rares de l’Adulte, CHU Dijon Bourgogne, 14 rue Paul Gaffarel, 21079 Dijon cedex
D’après la session A49 HOT TOPICS IN RARE LUNG DISEASE
- Sood R, et al. Respiratory Failure in Patients Treated With Immune checkpointinhibitors: Clinical Characteristics and Predictive Factors. Am J Respir Crit Care Med 2025;211:A1816 ↩
- Soto F, et al. Integrating Genetic and Radiographic Markers to Predict Immune Checkpoint Inhibitor Pneumonitis Risk in Non Small Cell Lung Cancer. Am J Respir Crit Care Med 2025;211:A1072 ↩
- Soto F, et al. Integrating Genetic and Radiographic Markers to Predict Immune Checkpoint Inhibitor Pneumonitis Risk in Non Small Cell Lung Cancer. Am J Respir Crit Care Med 2025;211:A1072 ↩
- Sano A, et al. Predictive Factors for Refractory Immune Checkpoint Inhibitor-related Pneumonitis in Patients With Non-small Cell Lung Cancer. Am J Respir Crit Care Med 2025;211:A1815 ↩
- Sun S, et al. Second-line Therapy for Immune-checkpoint Inhibitor-induced Pneumonitis. Am J Respir Crit Care Med 2025;211:A1801 ↩
- Cordial P, et al. Evaluating the Efficacy of Tocilizumab for Steroid-Refractory Immune checkpoint Inhibitor Pneumonitis. Am J Respir Crit Care Med 2025;211:A3109 ↩



