
Le principe de la deutération est un procédé récent qui consiste à remplacer, sur un médicament, un atome d’hydrogène par son isotope plus lourd, le deutérium. Les liaisons entre le deutérium et le carbone étant plus solides, la deutération améliore la pharmacocinétique d’un traitement en prolongeant sa durée d’action et en réduisant sa toxicité. La pirfenidone, utilisée chez les patients atteints de fibrose pulmonaire idiopathique (FPI), permet de ralentir la progression de la maladie et diminue le risque d’exacerbation. Cependant, cette molécule est associée à des effets indésirables fréquents (fatigue, troubles digestifs, réactions cutanées). T.M Maher a présenté les résultats de phase 2B de l’essai ELEVATE IPF (NCT05321420) testant la deupirfenidone, forme deutérée de la pirfenidone.
ELEVATE IPF, est un essai de phase 2b, international, multicentrique, randomisé, en double aveugle, comparant la 2 doses de deupirfenidone (550mg ou 825mgx3/jour) au placebo et à la pirfenidone (801mgx3/j) chez des patients atteints de FPI. Le critère de jugement principal était la variation de la capacité vitale forcée (CVF) à 26 semaines. L’analyse statistique principale comparait les bras combinés de deupirfenidone au bras placebo en termes de CVF absolue (en mL) en utilisant une approche bayésienne.
L’étude a inclus 257 patients issus de 14 pays présentant un âge médian de 72 ans, dont 71,2 % d’hommes et une CVF prédite médiane à l’inclusion de 77,5 %.
Selon l’analyse bayésienne, il y avait 98,5% de chances que la deupirfenidone (bras combinés n=128) ralentisse davantage le déclin de la CVF que le placebo (n =65). A 26 semaines, le déclin de CVF était de -48,4mL dans le groupe deupirfenidone contre -110,7mL dans le groupe placebo (n=65). Le groupe deupirfenidone 825mg présentait le déclin le plus faible (-21,5mL, n=63) en comparaison du placebo (p=0,02). En revanche, le déclin par rapport au placebo n’était pas significatif dans les bras deupirfenidone 550mg (-80,7mL ; n=65 ; p=0,43) et pirfenidone (-51,6mL ; n=61 ; p=0,13). La progression (définie par un déclin de CVF≥5% ou le décès) était significativement ralentie dans le groupe pirfenidone (HR=0,50 ; p=0,007) et le groupe deupirfenidone 825mg (HR=0,44, p=0,002) par rapport au groupe placebo. Des données préliminaires de la phase ouverte suggèrent un effet durable à 52 semaines dans le groupe deupirfenidone 825mg avec un déclin de la CVF de -32,8mL. La tolérance du deupirfenidone, aux 2 doses, semblait similaire à celle de la pirfenidone.
Au total, la deupirfenidone à la dose de 825mg x3/j semble efficace pour ralentir la progression de la FPI. Reste à savoir si cette molécule apportera réellement un bénéfice supplémentaire en termes d’efficacité et de tolérance par rapport à la pirfenidone afin d’améliorer la qualité de vie des patients. Un essai de phase 3 doit être débuté devant ces résultats encourageants.
Florence Jeny, Service de pneumologie, hôpital Avicenne, AP-HP, 125 rue de Stalingrad 93000, INSERM UMR1272 Hypoxie et Poumon, USPN SMBH Bobigny
D’après la communication de T.M Maher. Deupirfenidone compared to placebo and pirfenidone in idiopathic pulmonary fibrosis: ELEVATE IPF Phase 2b Trial [abstract]. Am J Respir Crit Care Med 2025;211:A7046. (Session C93)



