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Quand une surinfection fongique s’invite sur la pneumonie virale

Après une pneumonie virale, la destruction de l’épithélium respiratoire, la réduction de la clairance mucociliaire, la déplétion des lymphocytes B et la diminution de la production de ROS (espèces réactives de l’oxygène) entre autres, créent un environnement favorable à la prolifération des conidies d’Aspergillus. De plus, l’altération de la barrière endothéliale accroît le risque d’angio-invasion. Deux principales entités de surinfection fongique sont reconnues : l’association Aspergillus-grippe (IAPA, avec une incidence de 10-20 %) et Aspergillus-COVID-19 (CAPA, avec une incidence de 15 %). Ces co-infections ont un impact majeur sur la mortalité.

Les facteurs de risque

Les facteurs de risque d’IAPA incluent les comorbidités associées aux infections fongiques invasives. Pour les CAPA, les facteurs de risque sont spécifiques au contexte COVID : âge avancé, utilisation de dexaméthasone ou d’anti-IL6, ventilation mécanique, et absence de réponse vaccinale adéquate. Le risque environnemental est également démontré, avec une charge fongique plus importante dans les chambres à pression négative par rapport aux chambres conventionnelles en isopression 1.

Le diagnostic

Il est complexe, car Aspergillus n’est pas un pathogène strict. Pour l’IAPA, un aspect de trachéobronchite à la bronchoscopie avec une biopsie positive confirme le diagnostic prouvé. Le galactomannane dans le liquide broncho-alvéolaire (LBA) ou le sang périphérique soutient un diagnostic probable, mais une culture positive seule est insuffisante sans imagerie compatible. Les critères diagnostiques du CAPA sont similaires, et dans les deux cas une fibroscopie permet de confirmer le diagnostic et exclure un diagnostic différentiel. Les présentations cliniques diffèrent : l’IAPA survient dans les 48 heures suivant l’entrée en réanimation, avec des lésions typiques d’infection fongique invasive à l’imagerie. En revanche, le CAPA se manifeste après 6-8 jours, sans lésions scanographiques spécifiques.

Le traitement

Celui de première ligne repose sur le voriconazole, bien que ses interactions et effets secondaires soient exacerbés en contexte viral 2. L’isavuconazole offre une efficacité équivalente avec une meilleure tolérance. En cas de résistance aux azolés, l’amphotéricine B liposomale est utilisée. La durée du traitement, selon les avis d’experts, est d’au moins 6 à 12 semaines, avec un suivi basé sur l’évolution scanographique. Concernant la prévention, l’intérêt du posaconazole dans le COVID-19 grave reste non prouvé, bien qu’un essai ait démontré sa non-infériorité. Par ailleurs, un traitement antiviral précoce de la grippe réduit significativement le risque de développer un IAPA.


D’après la communication « Surinfection fongique au cours des infections virales sévères » de Claire Andrejak, session A16 « Actualités en infectiologie » du samedi 25 janvier 2025

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Comprendre et traiter l’asthme grâce à la génétique

La Dr Emmanuelle Bouzingon a rappelé que l’asthme est une maladie fréquente et complexe. Différents facteurs environnementaux associés à une composante génétique aboutissent à un large spectre d’expressions cliniques chez nos patients, ou phénotypes. 

La génétique ne fait nécessairement pas le phénotype

Ces 15 dernières années, nous avons assisté à une révolution dans la génétique de l’asthme, grâce aux études pangénomiques. En 2022, une métanalyse de 22 bio-banques a permis d’identifier 179 loci, dont 49 nouveaux, impliqués dans les phénotypes d’asthme 1. On a ainsi appris que les sujets porteurs de certains variants délétères dans la région identifiée 17q12-q21 sont plus à risque de développer un asthme de début précoce, et que plus ce sujet est porteur de variants délétères, plus son asthme commencera tôt dans la petite enfance. Mais bien que l’on identifie différents marqueurs génétiques dans la même région, l’expression clinique sera différente selon les sujets et leur exposition environnementale. L’exposition à un tabagisme précoce et la survenue d’infections virales dans l’enfance jouent par exemple un rôle important 2. À l’inverse, l’exposition aux chats dans la petite enfance diminue le risque d’asthme précoce chez les sujets pourtant porteurs du génotype le plus à risque de développer ce type d’asthme 3. L’expression des allèles peut aussi différer selon qu’il est transmis par le père ou la mère : une association entre asthme et rhinite et transmission par le père a été démontrée 4

La pharmacogénétique pour prédire la réponse au traitement de l’asthme

Mais qu’est-ce que la pharmacogénétique finalement ? L’identification de variants génétiques qui sont associés à la réponse aux traitements, a expliqué le Pr Phillippe Devillier. Les polymorphismes des nucléotides représentent 90% de l’ensemble des variants génétiques, 680 sont associés à l’asthme. C’est ainsi que lors de l’étude de 535 000 polymorphismes, 1 seul a été identifié comme facteur de réponse aux corticostéroïdes inhalés : le gène GLCCI1 5.

La vaccination génique : une perspective thérapeutique ?

Le Pr Laurent Guilleminault a défini la vaccination génique comme l’identification d’un gène d’intérêt dysfonctionnel, modifié afin d’obtenir la protéine non produite. Mais dans l’asthme, on note une hétérogénéité majeure, entre les patients, entre les gènes impliqués, mais aussi entre les études conduites, rendant complexe la réflexion. Il faudrait pouvoir cibler plusieurs gènes dans le même temps, et savoir à quels patients proposer ces traitements. La vaccination non génique ciblant directement les mécanismes T2 majoritairement impliqués dans l’asthme serait plus adaptée. Bien que les biothérapies ont révolutionné la prise en charge de l’asthme, il reste nécessaire de renouveler régulièrement les injections. Un vaccin IL4/IL-13 est en cours de développement dans l’asthme 6, 7 : il a déjà démontré son efficacité sur des modèles murins et humanisés de souris, mais des études cliniques restent à mener. 

En conclusion

La génétique dans l’asthme s’est fortement développée ces dernières années et ouvre de nouvelles perspectives dans la prise en charge personnalisée des patients en identifiant différents mécanismes impliqués dans les phénotypes de l’asthme, ceux impliqués dans la résistance aux traitements, et en proposant de nouvelles stratégies thérapeutiques par la vaccination génique.


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Place des corticoïdes dans les pneumopathies infectieuses sévères

Les pneumopathies infectieuses sont associées à une mortalité élevée, variant de 13 à 28 % à un mois selon les comorbidités, et atteignant 30 % chez les patients sous ventilation mécanique. Ces infections laissent également des séquelles, notamment une morbidité cardiovasculaire persistante jusqu’à cinq ans après l’épisode aigu. Les corticoïdes sont envisagés pour les formes sévères, notamment en cas d’évolution vers un syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA) ou un choc septique. Leur utilisation, initiée dès 1956, a fait l’objet de peu de données probantes jusqu’aux essais plus récents, bien que ceux-ci restent hétérogènes en termes de population et de protocoles.

L’evidence based medicine en faveur des corticoïdes dans les pneumopathies bactériennes sévères

Chez les patients non ventilés, deux essais européens ont montré une amélioration clinique plus rapide et une réduction des transferts en réanimation grâce aux corticoïdes 1. Toutefois, leur adoption généralisée est limitée, en raison notamment du risque d’hyperglycémie. En réanimation, quatre essais ont démontré une réduction de la mortalité à J28, et de nombreuses méta-analyses confirment ces résultats 2,3,4. Les principales indications incluent les pneumopathies bactériennes sous ventilation mécanique (hors grippe) et le choc septique, où le bénéfice est encore plus marqué lorsque le choc est lié à une pneumonie. Chez les patients immunodéprimés, les données sont limitées, à l’exception des patients VIH atteints de pneumocystose, pour lesquels les corticoïdes réduisent la mortalité. Une étude française récente suggère cependant une surmortalité sous corticoïdes pour les pneumocystoses non VIH, et des données supplémentaires sont attendues très prochainement. Les données les plus solides concernent les pneumopathies bactériennes.

Les corticoïdes non recommandés dans la grippe et une place qui reste à préciser dans la COVID-19

En revanche, pour les pneumopathies virales, les corticoïdes ne sont généralement pas recommandés 5. Dans le cas de la grippe, bien qu’aucun essai randomisé ne soit disponible, un signal de surmortalité a été observé, rendant leur utilisation déraisonnable. En revanche, les recommandations de l’OMS pour les pneumonies graves à COVID-19 incluent l’ajout de tocilizumab ou baricitinib dans des cas sélectionnés. Les corticoïdes utilisés dans les essais récents incluent principalement la méthylprednisolone (40 mg) et l’hydrocortisone (200 mg), cette dernière ayant un effet minéralocorticoïde plus marqué. Aucun consensus clair n’a émergé quant au mode d’administration (continu ou discontinu). Les corticoïdes exercent un effet anti-inflammatoire démontré par une réduction des niveaux d’IL-6 sanguine et dans le liquide broncho-alvéolaire. Une étude à paraître suggère qu’un seuil élevé de CRP (>200 mg/L) pourrait prédire l’efficacité des corticoïdes. Les méta-analyses indiquent que l’utilisation des corticoïdes est relativement sûre, avec peu de différence en termes de risque infectieux. Les perspectives futures incluent l’évaluation de l’impact à long terme, un essai thérapeutique sur le SDRA, ainsi que des recherches sur l’efficacité des corticoïdes inhalés chez les patients ventilés de manière non invasive.


D’après la communication « Place des corticoïdes dans les pneumopathies infectieuses sévères » présentée par Pierre-François Dequin (Tours), session A16 « Actualités en infectiologie » du samedi 25 janvier 2025

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Évaluation du dépôt dans les voies aériennes de deux triples thérapies fixes à l’aide de l’imagerie fonctionnelle respiratoire

Cette étude avait pour objectif d’évaluer le dépôt au niveau des voies aériennes respiratoires de 2 différents dispositifs inhalés : budésonide/glycopyrrolate/fumarate de formotérol (BGF) et furoate de fluticasone/umeclidinium/vilanterol (FF/UM/VI).

Imagerie fonctionnelle respiratoire et modélisation 3D

Pour cela, les auteurs ont évalué le dépôt dans les voies aériennes par imagerie fonctionnelle respiratoire (FRI) avec des données de dépôt sur poumon total, au niveau des voies aériennes distales, et aussi en fonction des différentes molécules utilisées.

Les modèles de poumons utilisés ont été réalisés en 3D à partir de scanners pulmonaires de patients atteints de BPCO modérée à très sévère. Enfin, 5 profils d’inhalation ont été testés en fonction des dispositifs : 4 pour le MDI (Metered Dose Inhaler) et 2 pour le DPI (Dry Powder Inhaler).

De plus grands dépôts du BGF dans les voies aériennes

Quel que soit le profil d’inhalation, les résultats montrent une augmentation du dépôt 2 à 2,5 fois plus importante pour le BGF par rapport au FF/UM/VI au niveau du poumon total. Au niveau des voies aériennes distales, le dépôt est apparu 2,5 à 4 fois plus important avec le BGF. Enfin, il est intéressant de noter que les résultats sont similaires en fonction des différentes molécules du BGF, avec notamment un dépôt de budésonide plus important sur poumon total et au niveau des voies aériennes distales, par rapport au furoate de fluticasone.

En conclusion

Ces résultats d’évaluation de dépôt sur des modèles 3D de voies aériennes respiratoires laissent supposer un plus grand dépôt pour tous les principes actifs du BGF contrairement au FF/UM/VI

Des recherches complémentaires sont cependant nécessaires pour comprendre si ces différences de dépôts pulmonaires estimées peuvent avoir un impact clinique sur la qualité de vie, le taux d’exacerbation, voire la survie.


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Observance à l’oxygénothérapie de longue durée à domicile mesurée par objets connectés

L’étude O2 Connect présentée ce jour sous la forme d’une affiche discussion avait pour objectif d’étudier l’observance des différents dispositifs d’oxygénothérapie chez des patients BPCO nouvellement mis sous OLD.

Ce travail est intéressant parce que l’observance y est évaluée de manière objective à l’aide d’objets connectés : TéléOx (SRETT©) et Scann Watch (Withings©) pendant 15 jours, à 2 périodes différentes.

Sur les 61 patients inclus, on note 53% de femme, et 43% de GOLD IV. De manière surprenante, l’observance des dispositifs d’oxygénothérapie est très basse (8.83h et 7.27h en moyenne sur chaque période de 15 jours), et bien en-deçà des recommandations. L’utilisation des dispositifs de déambulation est quant a elle anecdotique (0.51 et 0.56h en moyenne sur chaque période de 15 jours).

Au final, les premiers résultats de cette étude mettent en lumière une inobservance à ces traitements. Le déploiement de la télésurveillance pourrait probablement permettre d’améliorer cette situation.


D’après le poster « Suivi par objets connectés en vie réelle de patients atteints de BPCO traités par oxygénothérapie à domicile » présenté par F. Jounieaux et coll., session Affiche discussion AD06 « BPCO – Réadaptation – VNI » du dimanche 26 janvier 2025

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L’impact de l’exposome

Rôle de l’exposome professionnel sur l’incidence des PID

Les expositions professionnelles sont associées à la survenue de nombreuses PID, mais le rôle d’un « cocktail d’expositions » cumulé au cours de la vie professionnelle, n’a jamais été étudié sur le risque de développer une PID. Cette étude d’exposome, réalisée sur une large cohorte professionnelle danoise (DOC*X) de 5 millions d’individus, a comparé les expositions professionnelles de près de 30 000 patients avec une PID incidente au reste de la population. L’exposome durant la vie professionnelle des individus atteints de PID diffère significativement de celui des individus sans PID. Les patterns d’exposition varient selon les sous-types de PID. Les expositions à la silice cristalline et aux vapeurs de gaz, fumées, poussières semblent être des expositions à risque quel que soit le sous type de PID. En revanche, l’amiante, les poussières de bois, de métaux et la fumée du tabac semblent favoriser la survenue d’une FPI. L’exposition aux endotoxines, au bétail, aux pesticides, aux UV étaient communes à la sarcoïdose et aux PHS, alors que le tabac était protecteur.

Trastuzumab deruxtecan (T-DXd), une attention particulière à avoir pour ce nouveau médicament pourvoyeur de PID

Le T-DXd fait partie des anticorps conjugués qui permettent une haute spécificité tumorale en limitant la toxicité systémique. Cette étude observationnelle rétrospective multicentrique décrit les cas de PID associés à l’utilisation du T-DXd dans le traitement de cancers non opérables HER-2 amplifiés ou mutés. L’incidence des PID liées au T-DXd était de 11% (67 / 600 patients traités). Les facteurs prédictifs de PID étaient l’âge avancé, la pré existence d’anomalies interstitielles, le tabac. La durée médiane de survenue de la PID après initiation du traitement était de 2,7 mois et 91% des cas survenaient la première année. 80% des patients présentaient une PID de grade I ou II, 9% sont décédés. La moitié des patients présentaient un pattern scanographique de pneumopathie organisée. Le traitement a été stoppé pour 85% des patients et une corticothérapie débutée pour 55% avec 60% de guérison dans ce cas. Lorsque le traitement était réintroduit 1/3 des patients présentaient une récidive.

Intérêt pronostique de la longueur des télomères dans la PID de polyarthrite rhumatoïde

Les télomères courts sont associés à la survenue de PID de polyarthrite rhumatoïde(PR-PID) et à la sévérité initiale.

Cette cohorte rétrospective multicentrique a inclus 101 patients PR-PID dont 44% avaient des télomères courts < 10ème percentile. Les patients avec des télomères courts avaient une moins bonne fonction respiratoire initiale, le déclin de la CVF à 1 an était significativement plus important et la survie sans progression était plus courte.


Session de communications orales CO08 – Pneumopathies interstitielles diffuses – Maladies rares
D’après la session CO08 « Pneumopathies interstitielles diffuses – Maladies rares » du dimanche 26 janvier 2025 et les communications orales :
44 « Étude de l’exposome professionnel sur l’incidence des pneumopathies interstitielles diffuses au Danemark (dans le cadre du projet européen EPHOR) » présentée par L. Sesé et coll.
45 « Pneumopathies interstitielles diffuses liées au Trastuzumab Deruxtecan : résultats d’une large cohorte française en vie réelle chez des patients atteints du cancer du sein HER-2 dépendant et autres tumeurs » présentée par L. Elu et coll.
46 « Le raccourcissement des télomères favorise la progression de la pneumopathie interstitielle diffuse associée à la polyarthrite rhumatoïde. » présentée par K. EL Husseini et coll.

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À vos marques, anticorps, conjuguez !

Les A(C)DC nous mettent “on a Highway to hell”!

La révolution des anticorps murins humanisés a permis l’émergence d’une nouvelle classe thérapeutique : les anticorps conjugués ou ADC. L’ADC associe un anticorps (ex : télizotuzumab) à un nombre limité de molécules d’un agent cytotoxique ou payload (ex : Vedotin) reliées par l’intermédiaire d’un linker. L’anticorps doit cibler très sélectivement un antigène qui est idéal lorsqu’il n’est retrouvé qu’au niveau des cellules tumorales. L’hétérogénéité intertumorale et interpatients rend complexe la mise en évidence d’un biomarqueur prédictif de l’efficacité d’un ADC. La lecture numérique des lames et l’utilisation de l’IA peuvent apporter une aide précieuse dans ce cas. Pour fonctionner de manière optimale, un ADC doit pouvoir circuler sans relâcher son payload grâce à son linker stable, se lier à sa cible, être internalisé au sein de la cellule tumorale puis se dissocier de son payload afin de provoquer une mort cellulaire. Le relargage du payload dans le microenvironnement tumoral augmente l’efficacité antimorale de l’ADC mais crée aussi de la toxicité sur les tissus sains environnants…

Nous sommes tous des enfants d’ADC, 1ère, 2ème 3ème génération…

Les générations successives d’ADC se suivent et s’améliorent, chacun ayant sa cible dans le cancer bronchique non à petites cellules (CBNPC). Le Trastuzumab deruxtecan (T-DXd) a démontré en phase 2 des taux intéressants de réponse, notamment au niveau cérébral, et de survie chez les patients atteints de CBNPC HER2 mutés lourdement prétraités. Pour CEACAM 5, le dusamitamab ravtansine n’a pas montré de bénéfice en seconde ligne. En cas de mutation HER3 en revanche, le patritumab deruxtecan offre de très bons taux de réponse (ORR 40%) et médianes de survie (PFS/OS à 6/18 mois) chez les patients EGFR mutés prétraités. Pour TROP2, le datopotamab deruxtecan montre un avantage notable en seconde ligne de traitement des CBNPC non épidermoïdes, alors que le sacituzumab govitecan n’a pas montré son intérêt en 2nde ligne après immunochimiothérapie. Concernant MET, le télisotuzumab vedotin tire son épingle du jeu, et ce d’autant plus que MET est surexprimé. C’est le seul ADC qui bénéficie à ce jour d’un accès compassionnel dans le CBNPC. Dans les cancers pulonaires à petites cellules (CPC) enfin, les anti-DLL3 sont prometteurs même si leur représentant de 1ère génération, le rovalpituzumab tesirine, s’est avéré inefficace. Les anti-B7H3, en plein développement, pourraient fournir une alternative thérapeutique de choix.

Babylon ADC ou quand l’anticorps conjugué devient toxique

La toxicité d’un ADC émane des différentes parties qui le composent. La famille de cytotoxique à laquelle appartient le payload est à l’origine d’un effet de classe. Dans les différentes séries rapportées, une toxicité de tout grade apparaissait dans 52 à 98% des cas avec environ 15% de grade 3. Outre des toxicités communes aux molécules de chimiothérapie, les familles d’ADC ont des toxicités spécifiques. Les anti-TROP2 ont ainsi un tropisme cutanéomuqueux et oculaire, les anti-MET occasionnent des œdèmes et une vision trouble, les anti-HER3 des thrombopénies et les anti-HER2 une cardiotoxicité désormais réduite.

Une toxicité pulmonaire de physiopathologie encore mal comprise est retrouvée dans 45% des cas d’utilisation d’ADC avec la survenue d’une PID de tout grade dans 1,4% des cas dont 0,3% de grade 3, essentiellement observée avec le T-DXd et les anti-TROP2. L’âge, l’origine ethnique et le nombre de lignes précédentes de traitement, ressortent comme des facteurs de risque de toxicité du T-DXd. Ces toxicités pulmonaires sont d’incidence variable selon les molécules, apparaissent dans les 3 premiers mois de traitement et sont le plus souvent traitées par corticoïdes dont l’intérêt semble incontestable, sauf en cas de dommage alvéolaire diffus. Si une pneumopathie ADC-induite est suspectée, il convient d’abord d’arrêter le médicament et de tenter de mettre en évidence une éventuelle documentation microbiologique. Après l’arrêt d’un ADC du fait d’une PID induite, le risque de rechute est non négligeable et la reprise du traitement doit se discuter de manière prudente, en fonction du grade.


D’après la communication « Toxicité » de Jacques Cadranel (Paris), session A07 « Anticorps conjugués en cancérologie thoracique » du 26 janvier 2025

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De PolluRisk à l’urbanome, ou comment mesurer l’impact des facteurs environnementaux sur la santé

PolluRisk, une plateforme pour mieux comprendre l’effet des polluants sur la santé

Actuellement, 99 % de la population mondiale respire un air pollué, responsable de 9 millions de décès prématurés chaque année. Sophie Lanone, directrice de recherche à l’Inserm IMRB (Créteil), a expliqué que la plateforme PolluRisk permettait d’étudier des mélanges complexes de polluants, évoluant dans le temps et dans l’espace. Cela comble ainsi les lacunes des études épidémiologiques classiques ou fondamentales, qui se concentrent souvent sur un seul polluant ou une seule taille de particule. Grâce à une collaboration entre le Laboratoire Interuniversitaire des Systèmes Atmosphériques (LISA) et l’Institut Mondor de Recherche Biomédicale (IMRB), des précurseurs gazeux et particulaires sont injectés dans une chambre d’exposition, où ils sont soumis à des transformations chimiques et à un vieillissement artificiel sous une lampe à arc au xénon. Cette approche permet de reproduire des conditions d’exposition plus réalistes et de mieux comprendre les effets des polluants secondaires sur la santé.

Créée en 2017, la plateforme a permis de mener plusieurs projets de recherche, en exposant des souris à des atmosphères complexes et réalistes, telles que celles de la pollution parisienne (en été ou en hiver) ou de Pékin, avec des épisodes de vents de sable, parfois associés à des émissions provenant de la combustion de biomasse. À partir de 2025, un accès facilité à la plateforme devrait permettre de développer de nouveaux projets de recherche expérimentaux sur la santé respiratoire et la qualité de l’air.

Urbanome : les facteurs environnementaux verts et bleus plus favorables à la santé

Pr Isabella Annesi Maesano, Institut Desbrest d’Épidémiologie et de Santé Publique, Université de Montpellier et INSERM, Montpellier, a également introduit la notion d’”urbanome”, un concept regroupant l’ensemble des facteurs environnementaux, sociaux et structurels auxquels les citadins sont exposés, incluant les espaces verts, bleus et gris. Ces éléments sont essentiels pour évaluer l’impact des environnements urbains sur la santé, notamment dans les grandes villes. Bien que ce domaine soit encore récent et que les études publiées soient limitées, des données émergent en faveur d’un effet protecteur des espaces verts et bleus sur la santé. Le projet Urbanome Montpellier devrait fournir de nouvelles informations sur la santé respiratoire, en particulier l’asthme. Ces résultats permettront de repenser l’architecture urbaine pour limiter la morbidité liée aux expositions environnementales en milieu urbain.

Par Lucile Sesé, Service de physiologie et Service de pneumologie, Centre de référence des maladies pulmonaires rares, Hôpital Avicenne, Bobigny


D’après la session “Dis-moi où tu vis, je te dirai comment tu respires ” du samedi 25 janvier 2025 et les communications :
« Influence de la qualité de l’air sur la croissance pulmonaire et le déclin de la fonction respiratoire », de Isabella Annesi Maesano (Montpellier)
« Impact des aérocontaminants hors tabac sur l’homéostasie pulmonaire », de Sophie Lanone (Créteil)

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Profils de dépôt pulmonaire in silico de trois triples thérapies, évalués à faible débit inspiratoire à l’imagerie fonctionnelle respiratoire

Les patients atteints de BPCO, notamment ceux présentant des obstructions bronchiques sévères ou les patients âgés, rencontrent souvent des difficultés à utiliser des inhalateurs nécessitant un débit inspiratoire élevé. Les dispositifs à poudre sèche (DPI), qui demandent une inspiration suffisamment forte pour désagréger la poudre en particules, peuvent être moins adaptés à ces patients. À l’inverse, les aérosol-doseurs pressurisés (pMDI) constituent une alternative plus accessible grâce à leur fonctionnement indépendant du débit inspiratoire.

Une étude précédente avait montré qu’à un débit inspiratoire élevé (69 L/min), le dépôt pulmonaire in silico était supérieur avec le budésonide/glycopyrronium/formotérol (BGF) par rapport au furoate de fluticasone/umeclidinium/vilanterol (FF/UMEC/VI).

Les caractéristiques de dépôt pulmonaire, tant total que régional, varient selon les formulations médicamenteuses, même lorsqu’elles sont administrées via des dispositifs similaires. Ces différences peuvent influencer l’efficacité clinique et justifient l’évaluation comparative des dispositifs et des médicaments.

Comparaison du dépôt pulmonaire de 3 triples thérapies à faible débit inspiratoire

L’étude présentée au CPLF visait à comparer les profils de dépôt pulmonaire de trois triples thérapies fixes administrées via deux pMDI et un DPI :

  • BGF (budésonide/glycopyrronium/formotérol) – pMDI,
  • BDP/G/F (béclométasone/glycopyrronium/formotérol extrafin) – pMDI,
  • FLU/UMEC/VI (fluticasone/uméclidinium/vilanterol) – DPI.

L’imagerie fonctionnelle respiratoire (IFR), méthode in silico basée sur la dynamique des fluides appliquée à l’anatomie des voies aériennes, a été utilisée pour modéliser le dépôt pulmonaire à un débit inspiratoire de 30 L/min. Des modélisations tridimensionnelles des voies aériennes ont été construites à partir des données tomodensitométriques de 20 patients atteints de BPCO (9 femmes, 11 hommes ; âge moyen : 64,89 ans ; VEMS moyen : 47,36 % de la valeur théorique).

Le dépôt pulmonaire total, ainsi que les dépôts dans les voies aériennes proximales et distales, ont été évalués pour chaque composant des trois triples thérapies. Ces résultats ont été exprimés en pourcentage de la dose délivrée correspondant à :

  • 2 inhalations de BGF pMDI (160/7,2/5 μg),
  • 2 inhalations de BDP/G/F pMDI (87/9/5 μg),
  • 1 inhalation de FLU/UMEC/VI DPI (92/55/22 μg).

Des simulations de dépôt pulmonaire ont été réalisées en tenant compte de la distribution aérodynamique de la taille des particules in vitro pour chaque dispositif, à un débit inspiratoire moyen de 30 L/min.

Des dépôts plus élevés avec l’association budésonide/glycopyrronium/formotérol par pMDI

Le dépôt pulmonaire total était significativement plus élevé pour la triple thérapie BGF (54,8 % – 57,7 %) que pour BDP/G/F (38,6 % – 40,5 %) et FLU/UMEC/VI (24,0 % – 36,1 %).Dans les voies aériennes proximales, BGF a montré un dépôt supérieur pour ses trois composants (23,3 %-24,8 %) comparé à BDP/G/F (12,8 %-13,4 %) et FLU/UMEC/VI (13,4 %-18,1 %).

Dans les voies aériennes distales, les deux pMDI ont présenté un dépôt plus important pour les corticostéroïdes inhalés par rapport au DPI. Parmi les dispositifs étudiés, BGF a obtenu le dépôt distal le plus élevé (31,2 %), suivi de BDP/G/F (26,5 %) et FLU/UMEC/VI (10,6 %).

Dépôts de corticoïdes (ICS), de β2-mimétiques à longue durée d’action (LABA) et d’anticholinergique de longue durée d’action (LAMA) à l’imagerie fonctionnelle respiratoire pour 3 triples thérapies fixes : fluticasone/uméclidinium/vilanterol (FLU/UMEC/VI) par DPI, budésonide/glycopyrronium/formotérol (BGF) par pMDI, et béclométasone/glycopyrronium/formotérol extrafin (BDP/G/F) par pMDI
 

Conclusion

À un débit inspiratoire faible, BGF a démontré un dépôt pulmonaire total, proximal et distal supérieur par rapport à FLU/UMEC/VI et BDP/G/F, suggérant un avantage potentiel des pMDI, en particulier pour les patients ayant une capacité inspiratoire réduite.

Le dépôt pulmonaire total de BGF était environ 1,8 fois supérieur à celui de FLU/UMEC/VI et 40 % supérieur à celui de BDP/G/F. Concernant les voies aériennes distales, le dépôt de BGF était environ 2 fois plus élevé que celui de FLU/UMEC/VI et 20 % plus élevé que celui de BDP/G/F, avec une différence marquée pour les corticostéroïdes inhalés (3 fois plus pour BGF comparé à FLU/UMEC/VI).

Cependant, des études cliniques supplémentaires sont nécessaires pour déterminer si ces différences de dépôt pulmonaire influencent les résultats cliniques, tels que la réduction des exacerbations et l’amélioration de l’efficacité thérapeutique.


D’après le poster 434 « Profils de dépôt pulmonaire in silico de trois triples thérapies à inhalateur unique évalués à l’aide de l’imagerie fonctionnelle respiratoire (IFR) à un faible débit inspiratoire » présenté par Nicolas Roche et coll., session de poster PO18 « BPCO : traitement, biologie » du dimanche 26 janvier 2025

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Kinésithérapie et vieillissement

Vieillissement et conséquences

  • La fonte musculaire

Le vieillissement s’accompagne de conséquences physiologiques, tant musculaires que respiratoires et cardiaques. Ce déclin commence bien avant, mais il s’accélère globalement entre 60 et 70 ans. Le déclin musculaire touche aussi les muscles respiratoires et peut devenir source de symptômes, notamment de dyspnée.

  • L’immunosénescence

Les personnes âgées sont moins capables de résister aux infections à cause de la baisse des défenses immunitaires. La malnutrition contribue à cette diminution. La vaccination, le mode de vie et les traitements, sont aussi des facteurs importants qui entrent en ligne de compte chez la personnes âgée.

  • La rigidité

La rigidité thoracique inhérente à l’âge est potentiellement modifiable, avec des manipulations costo-vertébrales, le massage, les étirements, et surtout l’exercice physique. Il y a une vraie recherche en cours sur la prise en charge de cette rigidité.

  • L’ostéoporose

L’ostéoporose liée à l’âge entraîne des fractures. Celles-ci peuvent être prévenues en partie par l’activité physique. La sarcopénie augmente avec l’âge et les maladies. Elle peut être ralentie par de l’entraînement. L’hyporéxie joue un rôle néfaste majeur dans la survenue de toutes ces différentes atteintes. 

L’exercice physique en général et de manière plus spécifique

Les recommandations sanitaires sont clairement en faveur de l’activité physique et cela reste vrai pour les personnes âgées. Avec l’âge, vient s’ajouter à l’exercice physique des exercices spécifiques à l’équilibre. L’intervalle training à haute intensité a un vrai intérêt chez des personnes âgées et peut être proposé de manière sécuritaire. Le renforcement musculaire est également intéressant. On renforce idéalement à 60% de la résistance maximale.

Pour l’évaluation préalable, l’épreuve d’effort est requise pour des intensités supérieures à 6 METs. La prudence est de mise, au vu notamment des risques cardiaques lors d’exercices intenses.


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