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La VNI précoce est-elle bénéfique chez les patients SLA ?!

La ventilation non invasive (VNI) constitue aujourd’hui un élément majeur de la prise en charge respiratoire des patients atteints de sclérose latérale amyotrophique (SLA). Pourtant, la question du moment optimal pour débuter ce traitement reste débattue.

Dans ce contexte, l’équipe de Pierre Tankéré a exploité les données exhaustives du Système National des Données de Santé (SNDS) afin d’analyser les trajectoires de soins avant et après l’instauration de la VNI chez 3443 patients français atteints de SLA.

Les patients inclus étaient majoritairement des hommes (58 %), avec un âge médian au diagnostic de 67 ans. Le délai médian entre le diagnostic de SLA et l’initiation de la VNI était de 10,8 mois. Dans cette période, le recours aux soins est important et les explorations fonctionnelles respiratoires et les gaz du sang ne sont réalisés en moyenne que 2 fois. À l’inverse, le recours aux explorations du sommeil restait relativement faible (25% des patients) malgré la fréquence attendue des troubles respiratoires nocturnes dans cette population.

La survie médiane sous VNI atteignait 12 mois. Pendant le suivi, 74% des patients souffraient d’une perte de mobilité, 33% nécessitaient le recours à une gastrostomie et 53% à une aide mécanique à la toux. Seulement 4% des patients bénéficiaient d’une trachéotomie. Cette étude confirmait la gravité de l’atteinte respiratoire puisque 56% des patients étaient hospitalisés en urgence pour une complication respiratoire et 42% nécessitaient une hospitalisation en soins intensifs. Seuls 52% des patients bénéficiaient d’une prise en charge en soins palliatifs.

Si l’étude retrouvait bien un moins bon pronostic chez les patients présentant une forme bulbaire (initiation plus précoce de la VNI, survie plus courte), l’opposition classique entre les patients bulbaires et les patients spinaux ne permettait pas d’expliquer l’importante hétérogénéité clinique de cette population.

L’originalité du travail repose sur une approche de clustering par apprentissage non supervisé permettant d’identifier quatre trajectoires distinctes de soins.

Les Clusters A (21 %) et B (26 %) étaient caractérisés par une initiation tardive de la VNI (patients plus jeunes, moins comorbides et bénéficiant de plus de séances de kinésithérapie) tandis que les Clusters C (25 %) et D (28 %) débutaient la ventilation plus précocement. La survie après mise sous VNI était plus prolongée dans les Clusters B et C, qui regroupaient davantage d’hommes, moins de comorbidités psychiatriques, plus de syndromes d’apnées obstructives du sommeil et moins d’hospitalisations non programmées. Le Cluster B apparaissait particulièrement original, associant une initiation tardive de la VNI à une survie prolongée ; il était principalement constitué de patients à début spinal, sans comorbidités.

Ces résultats remettent en question l’idée selon laquelle une initiation précoce de la VNI serait systématiquement associée à une meilleure survie. Le délai d’initiation de la VNI semble davantage influencé par le profil global des patients (âge, comorbidités, phénotype spinal ou bulbaire), l’évolution de la fonction respiratoire et la trajectoire de soins (recours à la kinésithérapie, fréquence des hospitalisations ou encore présence d’un syndrome d’apnées obstructives du sommeil sous-jacent).

Au-delà de la description épidémiologique, ce travail illustre l’intérêt des approches basées sur les données de santé et l’intelligence artificielle pour mieux comprendre les trajectoires complexes des maladies neuro-respiratoires. Ces résultats plaident en faveur d’une individualisation accrue du suivi respiratoire et de la décision d’initiation de la VNI plutôt qu’une stratégie uniforme appliquée à tous les patients atteints de SLA.

D’après Tankéré P et al. Health trajectories of patients with amyotrophic lateral sclerosis before and after initiation of non-invasive ventilation: a French nationwide database analysis. Thorax. 2026. PMID: 41617608.

Présenté à la session A77 : Neuro-respiratory interactions: a critical connection

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IQOS, cannabis et tabac : cherchez l’intrus

Plusieurs sessions de posters étaient consacrées aux toxiques inhalés, allant de leurs conséquences (aiguë ou à plus long terme) à certains points de vigilance pour accompagner les patients vers le sevrage.

Lors de la session consacrée aux inégalités et à l’accès au soin, Amin Sajjadian (San Francisco, Etats-Unis) a présenté les résultats d’un travail évaluant l’association entre la fréquence de la consommation de cannabis et l’adhésion aux recommandations de prévention. Sur 93 735 répondeurs au Behavioral Risk Factor Surveillance System, 11 525 étaient consommateurs au moins réguliers (une fois dans le mois) de cannabis. Cette consommation était significativement associée à une moins bonne adhésion aux mesures de prévention classiquement recommandées : on peut citer moins de vaccination antigrippale (34,2% vs 46,9% ; odds ratio ajusté : 0,58, IC 95% : 0,53-0,63), de vaccination antipneumococcique avec un effet dose-réponse (38,5% vs 55,2%; odds ratio ajusté : 0,68, IC 95% : 0,61-0,77), et moins d’adhésion au dépistage du cancer du sein (66.5% vs 75.6%; odds ratio ajusté : 0,62, IC 95% : 0,53-0,73). Néanmoins, il n’y avait pas de différence dans la participation au dépistage du cancer du poumon par scanner (16,1% vs 15,0%). Ces résultats constituent une piste pouvant expliquer la mortalité liée à la consommation de cannabis, mais également un argument de plus pour l’intégrer dans l’interrogatoire systématique des patients. Plusieurs hypothèses pour améliorer l’accompagnement vers le sevrage des patients peuvent être tirées de résultats présentés dans la session dédiée au cancer du poumon. Sur son poster, Mindy Conklin (Baltimore, Etats-Unis) analysait le taux de sevrage atteint grâce à la Varénicline (recommandée en première intention aux Etats-Unis) en fonction du type de cigarette consommée (mentholée ou non). Soixante pourcents des caucasiens fumeurs de cigarettes rapportaient un sevrage à 6 mois, contre 10% des afro-américains fumeurs de mentholées. Après conseils pour passer à des cigarettes non mentholées, et en utilisant des substituts nicotiniques mentholés, ce taux atteignait 45%, un argument de plus pour le rôle du menthol dans la dépendance (y compris à la cigarette électronique). Dans la même session, Janaki Deepak (Université du Maryland, Etats-Unis) listait les barrières vers le sevrage chez 499 patients suivis dans un service de tabacologie. Plus que les comorbidités psychiatriques (essentiellement anxiété/dépression chez 68% des patients, trouble de l’usage de substance chez 58% d’entre eux), les patients citaient le stress, les difficultés de transport, les problèmes de couverture sociale, la désinformation, la stigmatisation et l’arrêt de l’inhaleur de nicotine comme les principaux freins au succès. Ces facteurs sont souvent modifiables et à prendre en compte dans les stratégies ciblant les populations les plus fragiles.

D’après les posters Associations of Frequency of Cannabis Use With Receipt of Lung Cancer Screening and Immunizations, Amin Sajjadian (session A31) et Unequal Outcomes: Menthol Cigarettes and Reduced Varenicline Efficacy in African American Veterans, Mindy Conklin, Persistent Tobacco Use: Trends and Clinical Implications, Janaki Deepak (Session A38)

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Réhabilitation respiratoire : home sweet home !

Si la réhabilitation respiratoire (RR) réalisée en centre est considérée comme le modèle de référence, la validation de nouveaux modèles de RR est indispensable pour répondre aux différents défis actuels. Les programmes réalisés au domicile pourraient représenter une solution aux difficultés d’accès, au faible taux de complétion des programmes, au maintien à long terme ou encore à l’importante proportion des patients non-répondeurs.

Les auteurs ont inclus trois essais randomisés comparant chez 396 patients atteints de maladies respiratoires chroniques une RR réalisée au domicile (n= 193) à une RR conventionnelle en centre (n=203). L’objectif principal était d’évaluer l’évolution de la distance parcourue au test de marche de six minutes (TM6), en utilisant une méthodologie d’équivalence particulièrement intéressante : les auteurs considéraient que les deux stratégies étaient équivalentes si la différence restait comprise dans une marge de ±30 mètres, correspondant à la différence minimale cliniquement pertinente.

Les résultats confirment que l’amélioration de la distance parcourue au T6M est strictement équivalente entre les deux méthodes (p=0,003), avec une différence moyenne entre RR à domicile et RR en centre de seulement 0,4 m (IC 95% : -21,4 ; +20,9 m). Même en utilisant une autre analyse statistique plus conservatrice avec un intervalle d’incertitude plus large, aucun signal ne suggérait une infériorité de la RR à domicile.

Par ailleurs, les patients bénéficiant d’un programme à domicile semblaient terminer plus fréquemment leur RR. Ainsi, le taux de complétion du programme de RR est 45% supérieur à domicile. Faire la RR à domicile augmenterait le taux de patients qui terminent le programme de 27 % par rapport aux programmes en centre (RR = 1,45, IC 95% : 0,72-2,94). Selon les estimations des auteurs, il suffirait d’orienter environ quatre patients vers une RR à domicile pour obtenir un participant supplémentaire complétant le programme.

Cette nouvelle métaanalyse présentée cette année suggère que les bénéfices fonctionnels des deux approches sont comparables, tandis que l’adhésion serait meilleure avec la RR à domicile. Il faut toutefois rappeler que l’efficacité des programmes de RR à domicile dépend de nombreux facteurs comme les modalités de titration et de réalisation de l’activité physique d’endurance (réalisation d’une épreuve fonctionnelle à l’exercice, installation d’un cycloergomètre au domicile etc) ou l’utilisation d’outils de surveillance, de coaching et d’éducation thérapeutique (contacts téléphoniques, outils numériques etc). La RR à domicile fonctionne certes et les patients y adhèrent mais sous réserve d’intégrer les composantes indispensables du programme !

D’après Patel R et al. Session home vs center pulmonary rehabilitation: do we see functional equivalence and higher completion rates? A meta-analysis.Session A99 : Different delivery and new populations: clinical trials of pulmonary rehabilitation

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Bip bip, la pneumonie interstitielle bronchiolocentrée (BIP) arrive sur orbite

Le registre national japonais PROMISE démontre qu’un pattern de pneumopathie d’hypersensibilité (PHS) au scanner ne signifie pas que le patient a une PHS. La précision terminologique proposée récemment de pneumonie interstitielle bronchiolocentrée (BIP) est un terme plus générique, qui semble approprié pour permettre une prise en charge thérapeutique mieux adaptée.

L’introduction de la pneumonie interstitielle bronchiolocentrée (BIP) comme pattern morphologique majeur dans la mise à jour ERS/ATS 2025 1 suscite un vif débat : ce terme doit-il remplacer le traditionnel pattern de PHS au scanner ? Les résultats du registre national japonais PROMISE, portant sur 2 798 patients, révèlent l’extrême hétérogénéité des pathologies que recouvre ce pattern.

Les chercheurs ont analysé 996 patients dont le scanner présentait un pattern de « PHS typique » ou « compatible avec une PHS » (désormais regroupés sous le terme de BIP au scanner). Les conclusions permettent de prendre position pour cette proposition de changement. Ainsi dans l’étude PROMISE, on note que le diagnostic de PHS n’est retenu que dans 50 % des cas de pattern de BIP, qu’un nombre important de fibroses pulmonaires idiopathiques (FPI) et de formes inclassables sont inclus dans la catégorie BIP au scanner et qu’il existe une discordance entre l’aspect au scanner et celui en histologie. Ainsi, la PHS ne représentait que 46,7 % des diagnostics clinico-radiologiques (et 52,8 % après intégration de la pathologie) des patients avec un pattern de BIP au scanner, près d’un tiers de la cohorte présentant un aspect de BIP au scanner a finalement été diagnostiquée comme une FPI (17,5 %) ou une forme inclassable (18,5 %), chez les patients biopsiés, le pattern de BIP n’a été confirmé que dans 45,3 % des cas en histologie, soulignant la difficulté de prédire l’atteinte bronchiolaire réelle à partir du seul scanner.

Ces données valident la proposition de la nouvelle classification ERS/ATS : le terme « pattern de PHS » au scanner est un abus de langage qui induit un biais diagnostique. L’étude PROMISE confirme, sur une cohorte beaucoup plus large, les observations de Ryerson et al. 2publiées l’automne dernier et qui montraient déjà que 22 % des « patterns de PHS » typiques étaient en réalité des connectivites. L’étude japonaise va plus loin en montrant que la FPI peut fréquemment “emprunter” ce pattern radiologique, rendant la discussion multidisciplinaire (MDD) indispensable pour ne pas passer à côté d’un traitement antifibrotique.

D’après la communication de Kondoh Y Spectrum of Radiological Bronchiolocentric Interstitial Pneumonia Patterns in a Large Japanese Interstitial Lung Disease Registry. Am J Respir Crit Care Med 2026; Poster Board # P1995

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ILA’rrive : le nouveau marqueur signature d’évolution fibrosante ?

Les anomalies interstitielles (ILA) présentent une évolution variable, de la stabilité radiologique au développement d’une fibrose pulmonaire progressive. Une équipe américaine a présenté une vaste étude d’analyse des protéines plasmatiques évaluant l’association entre protéines circulantes, présence d’anomalies interstitielles, fibrose pulmonaire et la mortalité.

La cohorte COPDGene a été utilisée pour identifier les protéines d’intérêt, puis les résultats ont été validés par méta-analyse dans trois autres cohortes prospectives : AGES-Reykjavik, SPIROMICS et Framingham Heart Study. Les protéines plasmatiques étaient dosées grâce à la technologie SomaScan®, basée sur des aptamères ADN.

Parmi les 4 899 participants de COPDGene, 666 (8,2 %)présentaient des ILA, dont 198 (29,7 %) avaient des signes de fibrose. Des proportions similaires étaient observées dans les cohortes de validation, où près de 30 % des patients porteurs d’ILA présentaient une fibrose pulmonaire. Au total, 230 protéines étaient associées aux ILA dans COPDGene. Les associations les plus marquées concernaient les protéines du surfactant pulmonaire SFTPD et SFTPB, déjà connues comme marqueurs de lésions alvéolaires. Parmi ces 230 protéines, 159 ont été répliquées dans les cohortes externes.

Neuf protéines étaient spécifiquement associées aux fibroses. Plusieurs des biomarqueurs identifiés sont impliqués dans les mécanismes de réparation épithéliale, d’inflammation et de fibrose, renforçant leur plausibilité biologique. Cinq d’entre elles étaient également liées à la mortalité : WFDC2, GDF15, SCGB3A1, TREM1 et ICAM5. Les associations les plus robustes concernaient WFDC2 et GDF15, fortement associées à la présence d’ILA, à la fibrose pulmonaire et au risque de décès.

Ces résultats suggèrent qu’une signature protéomique sanguine pourrait permettre d’identifier les patients porteurs d’anomalies interstitielles à risque d’évolution vers la fibrose. Ils ouvrent la perspective de futurs marqueurs sanguins capables d’identifier précocement les patients à risque d’évolution fibrosante.

D’après la communication orale de : Jonathan A. Rose. Proteins Associated With Severity and Mortality in Interstitial Lung Abnormalities. Session A15 – Catching Fibrosis in the Act: ILD Screening and ILA.

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Dépister le cancer du poumon au-delà des paquets-années : l’expérience américaine

Le cancer du poumon représente plus de 46000 nouveaux cas annuels en France et plus de 33 000 décès, et découvert dans la majorité des cas à un stade tardif. Le dépistage représente ainsi la pierre angulaire d’une prise en charge plus précoce et plus efficace.

La France vient d’initier le programme pilote IMPULSION fondé sur un dépistage par scanner thoracique basse dose chez les sujets âgés de 50 à 74 ans alléguant une exposition tabagique ≥20 paquets-années sevrée depuis moins de 15 ans. Durant la session A100 de l’ATS, plusieurs équipes ont questionné les critères actuellement utilisés aux États-Unis dans les recommandations USPSTF-2021 (50–80 ans, ≥20 paquets-années, sevrage <15 ans). Le Dr Kearney a ainsi proposé, à partir des données du NHIS 1997–2018, que le seuil de 40 paquets-année permettrait d’identifier davantage de sujets à haut risque (84% versus 78% avec les critères USPTF-2021), tout en réduisant la population à dépister 1. Néanmoins, la forte proportion de cancers bronchiques survenant chez les sujets non-fumeurs interroge les limites des critères actuels de sélection du dépistage fondés sur l’exposition tabagique. Ensuite, le Dr Caruso a discuté les modèles individualisés pour mieux cibler les populations à dépister, notamment le LYFS-CT (number of life years gained from screening) prenant en compte l’âge, les comorbodités, le risque de décès toute cause et l’espérance de vie pour cibler les populations à dépister 2. Enfin, plusieurs essais se sont intéressés à l’adhésion au dépistage en vie réelle. Le Dr Silvis a rapporté les données du Veterans Health Administration chez 171 686 patients éligibles entre 2015 et 2025 3, et a montré des disparités d’adhésion, la majorité des patients dépistés étant non-ruraux (66%). Dans l’essai randomisé de Rendle, des rappels automatisés adressés simultanément aux cliniciens via des ordonnances préremplies dans le dossier médical et aux patients par SMS augmentaient l’adhésion à 90 jours (31% versus 8 %)4 Enfin, dans l’étude randomisée prospective de Wernli conduite de 2022 à 2024, une stratégie structurée de rappels réguliers aux médecins traitants et aux patients augmentait l’adhésion au contrôle annuel de de l’adhésion à 1 an (83.9% versus 62%)5, alors qu’une intervention uniquement éducative n’améliorait pas les taux de suivi. Les données coréennes présentées par le Dr Kim chez des patients diagnostiqués d’un cancer du poumon entre 2013 et 2018, rappellent enfin les limites des critères occidentaux actuels, puisque seuls 35,4 % des patients atteints de cancer pulmonaire remplissant les critères internationaux de dépistage 6. A l’aune de l’activation du dépistage en France, l’adhésion des patients représente un défi majeur.

D’après la session A100 : Advancing the science of lung cancer screening through expanded eligibility and targeted interventions

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Seralutinib dans l’HTAP : des résultats en demi-teinte

Malgré les progrès thérapeutiques récents, de nombreux patients atteints d’hypertension artérielle pulmonaire (HTAP) restent symptomatiques en dépit d’un traitement optimisé. Le seralutinib, est inhibiteur de tyrosine kinase, administré par voie inhalée, ciblant notamment les voies PDGFR, CSF1R et c-KIT. Il vise à agir directement sur le remodelage vasculaire pulmonaire. Après un essai de phase II (TORREY) positif, les résultats de l’essai de phase III PROSERA étaient particulièrement attendus.

Cet essai randomisé, contrôlé contre placebo, a inclus 390 patients atteints d’HTAP de classe fonctionnelle II ou III, majoritairement sous bithérapie (39%) ou trithérapie (56%), dont près de 30 % recevaient une prostacycline parentérale. Le critère principal était l’évolution de la distance parcourue au test de marche de 6 minutes (TM6) à 24 semaines.

Le seralutinib permettait une amélioration du TM6 par rapport au placebo (+13,3 m ; p=0,032) mais n’atteignait pas le seuil statistique prédéfini particulièrement strict (α=0,025). Les critères secondaires évoluaient dans l’ensemble en faveur du traitement, avec une diminution du NT-proBNP et une amélioration du score de risque REVEAL Lite 2. Les bénéfices semblaient plus marqués chez les patients à risque intermédiaire-élevé ainsi que dans le sous-groupe d’HTAP associée aux connectivites, avec un gain de 37 mètres au TM6.

Le profil de sécurité apparaissait acceptable, bien que marqué par davantage d’effets indésirables sous seralutinib, notamment une toux fréquente (37 %) et des élévations des enzymes hépatiques (ALAT/ASAT ≈14 %). Des augmentations des enzymes hépatiques>5 fois la normale étaient observées chez 5 % des patients, et réversibles à l’arrêt du traitement.

Ainsi, même si PROSERA échoue formellement sur son critère principal en raison d’un seuil statistique exigeant, les résultats suggèrent un signal d’efficacité du seralutinib, particulièrement dans certaines populations à haut risque. La place potentielle de cette stratégie inhalée anti-remodelage reste désormais à préciser, notamment à travers une meilleure identification des patients les plus susceptibles de répondre au traitement, dans une approche de médecine de précision.

D’après la communication orale de Ghofrani HA et al. Seralutinib for the Treatment of Pulmonary Arterial Hypertension: Results From the Phase 3 PROSERA Trial. ATS 2026. Session A19.

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Opelconazole : encore une promesse non tenue ?

Dans la lutte contre les infections fongiques, il semble indispensable de disposer de nouvelles molécules compte tenu de la mortalité importante, des formes réfractaires et des résistances aux traitements antifongique habituellement prescrits (Itraconazole, Voriconazole, Esavuconazoel, Capsofungine..). Quid de cette nouvelle molécule ?

L’opelconazole (PC945) est agent antifongique triazolé de synthèse, développé pour administration par voie inhalée. Les études précliniques et de phase 1 ont montré que les concentrations pulmonaires étaient élevées avec une rétention pulmonaire prolongée mais un passage systémique minimal. L’opelconazole se lie sélectivement à la 14-alpha-stérol déméthylase dépendante du CYP450 et l’inhibe, empêchant ainsi la production d’ergostérol (constituant essentiel de la membrane cellulaire fongique) 1 , 2. Des case-report et petites séries semblaient présager d’une efficacité intéressante 3 , 4.

L’étude OPERA-T est une phase 3 de supériorité, randomisée (2 :1) contre placebo, ayant étudié la tolérance et l’efficacité du PC945 (opelconazole) en association avec d’autres antifongiques dans le traitement de l’aspergillose pulmonaire invasive réfractaire.

L’étude a été arrêtée prématurément du fait des résultats intermédiaires. Les analyses complètes et la publication sont en attente.

Les résultats intermédiaires ont montré un taux de réponse inférieur (26% vs 40%) et une mortalité supérieure (36,8 vs 28,6%) dans le bras opelconazole versus placebo.

Ce traitement prometteur associait une voie de dispensation facile, une pharmacocinétique/dynamique optimale mais semble échouer sur l’efficacité. Une conclusion définitive ne pourra être tirée qu’après publication des résultats mais le développement de cette molécule semble s’assombrir. Toutefois d’autres molécules sont en développement pour le traitement des infections fongiques invasives : rezafongine, fosmanogepix, olorofilm…

D’après la communication orale de Melissa Johnson. Session A92 (Fungal infections in pulmonary and care updates on epidemiology and management). Novel antifungal targets and agents advances in mechanism-driven therapy.

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Données récentes sur la vaccination : une petite piqûre de rappel…

La stratégie vaccinale évolue dans le temps en termes de population cible, de dose, de rappel et nécessite des études afin d’affiner la stratégie la plus efficiente. Dans le viseur, les vaccinations antigrippale et anti VRS…

Durant la présentation Vaccines de la session Clinical year in Review, 2 études vaccinales publiées récemment ont été rapportées : FLUNITY-HD évaluant la vaccination anti grippale avec une double dose versus dose standard et les données du vaccin VRS (Pfizer°) chez la personne âgée.

L’étude FLUNITY-HD 1 publiée récemment dans The Lancet est une analyse groupée des essais DANFLU-2 et GALFLU ayant inclus 466.320 sujets âgés de plus de 60 ans. La vaccination forte dose a permis de réduire de 31,9% les hospitalisations pour grippe, ainsi que de 6,3% des hospitalisations pour causes cardio-vasculaires et de 21,3% les hospitalisations pour décompensation cardiaque. Le lien entre infections respiratoires virales (notamment grippe et VRS) et survenue d’épisodes cardio-vasculaires aigus et/ou de décompensation cardiaque étaient déjà démontré. Cette étude souligne l’effet positif sur ces complications cardiovasculaires de la vaccination anti grippale Les bénéfices étaient significatifs dans tous les sous-groupes de patients à haut risque : antécédent cardio-vasculaire, diabète et une pathologie rénale chronique. Aucune différence de tolérance n’a été mise en évidence.

La vaccination antigrippale à forte dose a donc démontré sa supériorité à la dose standard chez les personnes de plus de 60 ans en réduisant les hospitalisations pour grippe et en réduisant les hospitalisations pour évènements cardiovasculaires, y compris dans les sous-groupes.

Publié début 2026, l’étude DAN-RSV 2 est une étude danoise ouverte randomisée ayant inclus plus de 130.000 personnes de plus de 60 ans recevant ou non le vaccin F pré-fusion (Pfizer°).

Il est retrouvé une diminution significative du nombre d’hospitalisations pour évènements respiratoires aigus dans le groupe vacciné avec une efficacité vaccinale calculée à 83,3 %. Le groupe RSVpreF a également présenté significativement moins d’hospitalisations pour infections respiratoires documentées à VRS. L’incidence des événements indésirables était similaire dans les deux groupes. Cette étude confirme donc en « vraie vie » l’efficacité de la vaccination contre le VRS chez les personnes de plus de 60 ans.

D’après la communication orale de Felzer Jamie. Session A1 (Clinical Year in Review). Vaccines.

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La BPCO précoce vue à travers le PRISm de la pré‑BPCO et du GOLD 0

Bien que définis par des critères spirométriques ou structurels distincts, les phénotypes preserved ratio impaired spirometry (PRISm), pré‑BPCO et GOLD 0 correspondent à des formes initiales ou subcliniques de la maladie, dans lesquelles des altérations des voies aériennes distales (VAD) sont déjà présentes avant l’apparition d’une obstruction spirométrique. Sous‑jacente à cette caractéristique fonctionnelle commune se trouve une diversité de variantes phénotypiques et endotypiques, discutées lors de la session A84 de l’ATS 2026.

Selon Michael Cho (Harvard, Boston), PRISm, pré‑COPD et GOLD 0 ne présentent pas exactement les mêmes anomalies génétiques, mais partagent des signatures communes liées à la vulnérabilité des petites voies aériennes et à la prédisposition au déclin du VEMS. Francesca Polverino (Baylor, Houston) a présenté des données histopathologiques confirmant l’inflammation, le remodelage et la métaplasie muqueuse des VAD, en cohérence avec les observations d’imagerie rapportées par Benjamin Smith (McGill, Montréal), qui montrent que les anomalies des VAD précèdent et annoncent l’obstruction spirométrique. Maria Rosa Faner (Barcelone) a proposé une approche intégrative de la phase pré‑obstructive, combinant données longitudinales, biologiques et radiologiques pour mieux comprendre la progression des altérations précoces vers une obstruction irréversible. Enfin, Mark Dransfield (Harvard, Boston) a défendu l’idée que la BPCO doit être considérée comme une maladie évolutive, ouvrant la voie à des interventions en amont de l’obstruction visant à préserver la fonction pulmonaire et à cibler les mécanismes inflammatoires et de remodelage identifiés.

Cette perspective transforme la BPCO d’une pathologie perçue comme tardive en un processus évolutif à prévenir précocement.

D’après  les communications de la session A84 PRISm, GOLD 0, and Pre-COPD ; useful concepts or diagnostic overreach (Dimanche 17 mai 2026)

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