Dépister le cancer du poumon au-delà des paquets-années : l’expérience américaine

Le cancer du poumon représente plus de 46000 nouveaux cas annuels en France et plus de 33 000 décès, et découvert dans la majorité des cas à un stade tardif. Le dépistage représente ainsi la pierre angulaire d’une prise en charge plus précoce et plus efficace.

La France vient d’initier le programme pilote IMPULSION fondé sur un dépistage par scanner thoracique basse dose chez les sujets âgés de 50 à 74 ans alléguant une exposition tabagique ≥20 paquets-années sevrée depuis moins de 15 ans. Durant la session A100 de l’ATS, plusieurs équipes ont questionné les critères actuellement utilisés aux États-Unis dans les recommandations USPSTF-2021 (50–80 ans, ≥20 paquets-années, sevrage <15 ans). Le Dr Kearney a ainsi proposé, à partir des données du NHIS 1997–2018, que le seuil de 40 paquets-année permettrait d’identifier davantage de sujets à haut risque (84% versus 78% avec les critères USPTF-2021), tout en réduisant la population à dépister 1. Néanmoins, la forte proportion de cancers bronchiques survenant chez les sujets non-fumeurs interroge les limites des critères actuels de sélection du dépistage fondés sur l’exposition tabagique. Ensuite, le Dr Caruso a discuté les modèles individualisés pour mieux cibler les populations à dépister, notamment le LYFS-CT (number of life years gained from screening) prenant en compte l’âge, les comorbodités, le risque de décès toute cause et l’espérance de vie pour cibler les populations à dépister 2. Enfin, plusieurs essais se sont intéressés à l’adhésion au dépistage en vie réelle. Le Dr Silvis a rapporté les données du Veterans Health Administration chez 171 686 patients éligibles entre 2015 et 2025 3, et a montré des disparités d’adhésion, la majorité des patients dépistés étant non-ruraux (66%). Dans l’essai randomisé de Rendle, des rappels automatisés adressés simultanément aux cliniciens via des ordonnances préremplies dans le dossier médical et aux patients par SMS augmentaient l’adhésion à 90 jours (31% versus 8 %)4 Enfin, dans l’étude randomisée prospective de Wernli conduite de 2022 à 2024, une stratégie structurée de rappels réguliers aux médecins traitants et aux patients augmentait l’adhésion au contrôle annuel de de l’adhésion à 1 an (83.9% versus 62%)5, alors qu’une intervention uniquement éducative n’améliorait pas les taux de suivi. Les données coréennes présentées par le Dr Kim chez des patients diagnostiqués d’un cancer du poumon entre 2013 et 2018, rappellent enfin les limites des critères occidentaux actuels, puisque seuls 35,4 % des patients atteints de cancer pulmonaire remplissant les critères internationaux de dépistage 6. A l’aune de l’activation du dépistage en France, l’adhésion des patients représente un défi majeur.

D’après la session A100 : Advancing the science of lung cancer screening through expanded eligibility and targeted interventions

  1. The Development and Performance of Alternative Criteria for Lung Cancer Screening, Kearney et al., Annals of Internal Medicine. 2026
  2. Improving lung cancer screening diagnostic efficiency, Caruso et al., Current Opinion in Pulmonary Medicine. 2026
  3. Lung cancer screening in the veterans health administration, 2015-2025, Rustagi et al.
  4. Effectiveness of patient and clinician strategies on increasing adherence to annual lung cancer screening and diagnostic surveillance: a pragmatic factorial trial. Rendle et al.
  5. Effectiveness of Health Communication Intervention to Improve Knowledge on Timeliness to Return for Annual Lung Cancer Screening: The Larch Trial., Wernli et al, Chest. 2026
  6. Advancing the Implementation of Risk Model Based Lung Cancer Screening, Kim et al., Journal of Thoracic Oncology. 2025
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