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Risques d’effets secondaires associés aux corticoïdes oraux dans l’asthme sévère : influence des biothérapies évaluée sur des registres colligeant plus de 40 000 patients !

Les données de registres complètent souvent utilement les résultats d’essais cliniques puisqu’elles permettent d’analyser des données de vie réelle sur de très grands effectifs. Ceci est particulièrement vrai dans l’asthme sévère. Des résultats intéressants ont été présentés vis-à-vis de l’impact de l’initiation d’une biothérapie sur les effets secondaires liés aux corticoïdes oraux

L’un des objectifs de l’initiation d’une biothérapie dans l’asthme sévère est d’aboutir à une réduction voire, idéalement, à un sevrage en corticoïdes oraux puisque l’on connaît bien les effets secondaires très délétères des corticoïdes administrés au long cours. A partir des données provenant de deux registres, l’International Severe Asthma Registry regroupant 16 pays et l’Optimum Patient Care Research Database concernant uniquement le Royaume-Uni, les auteurs ont comparé l’existence d’un grand nombre d’effets indésirables classiquement associés aux corticoïdes oraux (cataracte, glaucome, diabète, ostéoporose…) entre 5 633 patients ayant initié une biothérapie et 36 845 patients asthmatiques sévères sans biothérapie.

Globalement, le risque de développer un effet indésirable était significativement plus faible chez les patients ayant débuté une biothérapie (HR=0,82 [0,72-0,93]; p=0,002). Cette réduction de risque était surtout liée à un moindre risque de diabète (HR=0,62 [0,45-0,87] ; p=0,006), d’événements cardiovasculaires (HR=0,65 [0,44-0,97] ; p=0,034) et d’anxiété/dépression (HR=0,68 [0,55-0,85] ; p=0,001). De manière plus surprenante, il n’a pas été détecté de différence de risque pour l’ostéoporose, l’apnée du sommeil, le glaucome, la cataracte ou la pneumonie.

Cette analyse comportant un très grand nombre de patients est la première à montrer que les asthmatiques sévères chez qui l’on débute une biothérapie ont un moindre risque de développer un effet indésirable classiquement associé aux corticoïdes oraux, et en particulier le diabète, par rapport à ceux qui n’ont pas de biothérapie. De quoi alimenter le débat sur le coût élevé lié à ces traitements innovants, à bien mettre en balance avec les économies réalisées par la réduction de nombreux événements ultérieurs.

D’après Price D.B. et al. Impact of biologic initiation on new-onset of corticosteroid-related adverse effects in patients with severe asthma. Am J Respir Crit Care Med 2025;211:A5552 (session C33).

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Résultats de l’étude WAYFINDER : une avancée sur la voie du sevrage cortisonique ?

L’absence de recours aux corticostéroïdes est un critère clé de la rémission clinique de l’asthme attendue sous biothérapie. Jusqu’à aujourd’hui, la capacité du tezepelumab à diminuer le recours aux corticoïdes oraux restait incertaine car l’étude SOURCE (randomisée, en double aveugle contre placebo) n’avait pas atteint son critère de jugement principal 1. Néanmoins, des analyses en sous-groupes suggéraient qu’il pourrait exister un phénotype répondeur associé à un taux d’éosinophiles sanguins supérieur ou égal à 150/mm3.

Les résultats de l’étude WAYFINDER, présentés ce matin par David J Jackson (Londres – Royaume-Uni) apportent des éléments additionnels.

WAYFINDER est une étude de phase 3b, en ouvert à bras unique évaluant, à nouveau, la capacité du tezepelumab (par voie sous cutanée à une posologie de 210 mg toutes les 4 semaines) à diminuer le recours aux corticoïdes oraux. Deux co-critères de jugement principaux étaient évalués aux semaines 28 et 52 :

-la proportion de participants ayant pu, sans perte de contrôle, réduire leur dose quotidienne à 5mg ou moins

-la proportion de patients qui, dans les mêmes conditions de contrôle des symptômes et sous couvert d’une fonction surrénalienne préservée étaient sevrés de corticoïdes oraux.

Les patients asthmatiques sévères étaient éligibles à intégrer l’étude s’ils étaient traités par une association ICS/LABA à forte dose depuis plus de 6 mois et un traitement par corticoïdes oraux à une dose comprise entre 5 et 40mg de prednisone ou équivalent depuis plus de 3 mois. Ils devaient avoir présenté au moins une exacerbation dans l’année précédant leur inclusion.

298 patients ont été inclus (soit deux fois plus que dans l’étude SOURCE). Ils ont en moyenne 54 ans (+/- 12 ans), sont majoritairement des femmes (69%), de profil exacerbateur (1,8 +/- 1,5 au cours des 12 derniers mois) et reçoivent en moyenne 10,8 mg d’équivalent prednisone par jour. Majoritairement, ils correspondent au phénotype précédemment identifié comme « répondeur » : 344 éosinophiles/mm3 en moyenne (dont 71,1 %≥ ³ 150/mm3); FeNO moyenne de 39,4 ppb en moyenne (dont 55%≥ ³ 25ppb). 59% sont décrit comme atopiques sur la base d’IgE spécifiques positives en immunofluorescence. Leur score ACQ-6 est de 2,64 (+/- 0,94).

A l’exception d’une éosinophilie supérieure et d’une atopie plus fréquente, ces caractéristiques sont proches de celles retrouvées dans la population incluse dans l’étude SOURCE (cf table 1 ci-dessous).

Au sein de cette population, près de 90% des patients ont pu atteindre une dose journalière ≤ 5mg dont 89% dès la semaine 28 (+1% à la semaine 52). Une proportion importante de patients a pu être sevrée au cours de l’étude (32,2% à la semaine 28 et 50,3% à la semaine 52). L’analyse en sous-groupes suggère une tendance à un bénéfice accru lorsque l’éosinophilie ou la FeNO augmentent et chez les patients atopiques sans toutefois atteindre une significativité statistique.

Les critères de jugement secondaires sont statistiquement et cliniquement significatifs à la semaine 52 :  diminution du taux annualisé d’exacerbations, amélioration du contrôle selon le score ACQ6 et amélioration de la qualité de vie selon le SGRQ. Le VEMS est stable. 

Ainsi, sur une large population de patients asthmatiques sévères présentant des biomarqueurs d’atopie et d’inflammation T2 relativement élevés, le bénéfice du tezepelumab à visée d’épargne cortisonique semble se confirmer.

Gardons néanmoins à l’esprit que la taille de l’effet réelle est difficile à évaluer car il s’agit d’une étude non contrôlée or l’effet placebo est habituellement important dans l’évaluation des biothérapies dans cette population, particulièrement au cours de l’étude SOURCE.

Étude WAYFINDERÉtude SOURCE
Effectif298150
Age (moyenne +/- ET)54,4 +/-12 ans53,4 +/-12 ans
Femmes (pourcentage de l’effectif)69,1%63%
Éosinophilie (moyenne)344/mm3242/mm3
Éosinophilie ³ 150/mm3 (pourcentage de l’effectif)71,1%66%
FeNO39,4 ppb40,5 ppb
FeNO ³ 25ppb (pourcentage de l’effectif)55%58%
Atopie (pourcentage de l’effectif)59%39%
ACQ6 (moyenne +/- ET)2,64 +/- 0,942,47 +/-1,05
Dose de corticoïdes oraux (moyenne +/- ET) en équivalent de prednisolone10,8 mg13 +/- 5,7 mg
puis optimisée à la randomisation : 11,3 +/-55 mg

Table 1. Caractéristiques des populations à l’inclusion dans les études WAYFINDER et SOURCE

D’après Jackson DJ et al. Tezepelumab Reduces and Eliminates OCS Use in OCS-Dependent Patients With Severe Asthma: Primary Results From the Phase 3b WAYFINDER Study [abstract]. Am J Respir Crit Care Med2025;211:A5231.

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ALERTE(S) ! Comment fixer des seuils pour la télésurveillance de la VNI ?

La télésurveillance (TS) de la ventilation non invasive (VNI) est un sujet d’actualité en France depuis son remboursement par l’Assurance Maladie en juillet 2023. Quelques études semblent en suggérer l’intérêt 1 , 2. Néanmoins, un certain nombre d’éléments reste en suspens, au premier rang desquels les paramètres réellement intéressants à monitorer, ainsi que leurs seuils d’alertes pertinents. Le GAVO2 de la SPLF a récemment édité des algorithmes de surveillance dans ce contexte, mais la question qui persiste est de savoir si les seuils doivent être adaptés individuellement et dans le temps.

Le travail de J. Texereau et al. avait pour but d’étudier la variabilité inter- et intra-individuelle des paramètres de TS dans les 6 premiers mois de VNI afin de mieux définir leurs seuils d’alerte. Il s’agit d’une étude rétrospective portant sur une cohorte de 1538 patients (55% d’hommes, âge moyen 69 ± 13 ans) hypercapniques appareillés par VNI entre 2019 et 2022 (cohorte INOVAL-1). On disposait d’au moins un paramètre de TS dans le 1er mois. Les données étaient analysées à 1 et 6 mois. Parmi les éléments monitorés (observance de la VNI, fuites médianes [Fm], fuites au 95ème percentile [F95], index d’apnées-hypopnées (IAH), fréquence respiratoire et volume courant), les éléments pour lesquels on observait le plus de variabilité, inter- mais surtout intra-individuelle, étaient l’observance (33,8%), les Fm (42,1%) et l’IAH (32,1%). Cette variabilité diminuait entre M1 et M6 suggérant qu’un réajustement des seuils d’alerte pourrait se faire entre la phase d’initiation et le suivi.

Malgré des limites d’une étude rétrospective, ce travail suggère que les algorithmes de télésurveillance doivent être personnalisés pour chaque patient et réajustés au cours du temps. Nous avons donc grandement besoin d’une large étude multicentrique sur le sujet qui permettra objectivement de nous aider pour mettre en place efficacement cette activité dans notre pratique quotidienne.

D’après la communication de Guillemot M et al. Assessing the day-to-day variability in ventilator parameters over the first six months of home NIV treatment : a prerequisite to telemonitoring alert settings. Am J Respir Crit Care Med 2025;211:A4051. (Session C35)

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L’auto-administration de la sédation des patients sous ventilation mécanique : vers un nouveau paradigme en soins critiques respiratoires ?

La sédation en réanimation doit le plus souvent répondre à un objectif de confort (patient éveillé et calme) plus que thérapeutique (adaptation nécessaire du patient sévère au ventilateur). La sédation de confort repose sur une prescription médicale gérée par les cliniciens eux-mêmes et/ou l’équipe paramédicale (IDE) selon des procédures de service préétablies. Cependant, les pratiques de sédation peuvent s’avérer subjectives et/ou inadéquates malgré certains scores spécifiques utilisés et ne prennent pas en compte les souhaits et/ou préférences des patients en termes de confort. Une équipe de la « Mayo Clinic » a donc fait l’hypothèse que les patients ventilés les moins sévères étaient susceptibles de pouvoir gérer leur propre sédation de confort selon leurs besoins et leur anxiété, tout en limitant les quantités de sédation nécessaire et le risque de délirium secondaire.

Un essai clinique prospectif a donc randomisé 161 patients ventilés au moins 7 jours ou jusqu’à leur extubation ou décès, susceptibles d’appuyer sur une seringue auto-pousseuse (SAP), entre une sédation gérée par les IDE sur protocoles (groupe contrôle, n=81) et une sédation « auto-administrée » (groupe expérimental « auto-sédation », n=80) avec une perfusion de base de dexmédétomidine (0,2 mcg/kg/h titrée par algorithme) associée à la possibilité de bolus (0,25 mcg/kg jusqu’à 3 fois/h). Les principaux critères de jugement ont porté sur le niveau d’anxiété (EVA 100 mm), la quantité globale de sédation reçue (score d’intensité agrégé en sédatifs et/ou opioïdes) et la survenue d’un délirium (échelle CAM-ICU). Les patients avaient un âge moyen de 58,9±15,1 ans, étaient principalement ventilés pour insuffisance respiratoire aiguë (60%) avec un score APACHE III moyen de 84,5±32,5. L’anxiété, variable dans le temps, était inférieure de 0,06 point pour les patients du groupe expérimental comparativement à ceux du groupe contrôle (p=0,98). Le score médian d’intensité de la sédation était de 11,8±9,6 dans le groupe contrôle contre 12,7±9,6 dans le groupe « auto-sédation » sur une période de 7 jours (p=0,55). Dix pourcents des patients du groupe contrôle ont présenté un ou plusieurs épisodes de délire, contre 8,5 % des patients du groupe « auto-sédation » (p=0,97). Une hypotension a été observée de façon comparable entre les deux groupes (n=23 vs 22 dans le groupe « auto-sédation », p=1,0), de même que les dysfonctionnements de SAP (n=3 vs 2 respectivement, p=1,0). Dans le groupe « auto-sédation », 82% des patients étaient satisfaits/très satisfaits de leur capacité à s’auto-administrer la dexmédétomidine, 70% étaient satisfaits/très satisfaits de leur capacité à contrôler l’anxiété et 68 % étaient satisfaits/très satisfaits du niveau de relaxation ressenti.

Bien qu’il n’ait pas été observé de différence de résultats significative entre les deux groupes, l’auto-administration de la sédation s’est avérée faisable et sécuritaire avec un niveau élevé de satisfaction déclarée par les patients. « L’auto- sédation » pourrait donc, à l’avenir, devenir un nouveau paradigme viable pour l’administration de la sédation chez certains patients sélectionnés en réanimation.

D’après la communication de Chlan LL., et al. Self-management of sedative therapy among mechanically ventilated intensive care unit patients : A two-group randomized clinical trial. Am J Respir Crit Care Med 2025; 211: A3140 (Session B17).

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IDEAL : trouver un autre moyen de faire du « dépistage »

Le dépistage du cancer du poumon est devenu, ces dernières années, un enjeu de santé publique majeur qui vise à détecter au plus tôt des nodules potentiellement malins en réalisant un scanner thoracique dédié dans une population cible dont le principal facteur de risque est le tabagisme. Cependant il n’est pas rare d’identifier un nodule pulmonaire, même lorsqu’un scanner est réalisé dans une autre indication. IDEAL pour « Improving Detection of Early Lung Cancer in a Diverse population » est une étude canadienne qui s’est intéressé à la détection et la prise en charge de ces incidentalomes.

Le premier objectif de l’étude IDEAL était d’identifier ces incidentalomes (IPN) et d’évaluer la prise en charge de ces IPN. Cette étude avait d’autres objectifs, notamment de comparaison de plusieurs stratégies de prise en charge (Fleschner Society ou PanCan utilisé au Canada ou LungRADS).  Les données sur ces objectifs secondaires ne sont pas disponibles. A noter que les données présentées correspondent à un plus grand nombre de patients que les données de l’abstract soumis.

Dans le design de cette étude, les auteurs partaient de plus de 71000 scanners (dont 37% de scanners cardiaques), et sélectionnaient ceux avec un nodule pulmonaire d’au moins 6 mm et réalisés chez des patients ayant entre 50-80 ans. Au total, ce sont 233 patients qui ont été inclus dans cette analyse, essentiellement d’origine caucasienne, avec un âge médian de 67 ans et un sex ratio environ égal à 1. Cependant, environ 60% d’entre eux étaient non-fumeurs et ne correspondaient donc pas à la population cible du dépistage du cancer du poumon.

Il s’agissait dans 77% des cas de nodules solides, dans 22% des cas de nodules en verre dépoli et dans 5% des cas de nodules mixtes.

La prise en charge proposée variait selon les recommandations choisies, avec notamment plus de scanners à 6-12 mois lorsqu’étaient suivies les recommandations LungRADS et une prise en charge plus précoce selon Fleischner ou PanCan. Malheureusement, les résultats définitifs de comparaison de ces 3 stratégies ne sont pas encore disponibles.

L’incidence finale de cancer pulmonaire mis en évidence parmi ces incidentalomes était de 4.3% dont 87,5% à un stade précoce. En comparaison, ce taux apparaît nettement supérieur à celui des cancers mis en évidence dans le programme local de dépistage (« British Columbia ») qui évaluait cette incidence à 1.6%.

Cette étude souligne l’importance de prendre en compte les données des scanners réalisés en routine quelle que soit l’indication, permettant un « dépistage » dans une population pas forcément considérée à risque selon les recommandations de dépistage actuelles. Les auteurs suggèrent que les outils d’intelligence artificielle pourraient être utiles dans ce contexte.

D’après Brown M. et al, Establishing Lung Cancer Risk and Optimizing Incidental Pulmonary Nodule Management. Am J Respir Crit Care Med 2025;211:A5014 (Session B100)

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Nerandomilast : double NEJM pour la FPI et les fibroses pulmonaires progressives

Le nerandomilast (BI 1015550) est un inhibiteur oral préférentiel de la phosphodiestérase 4B, doté d’effets antifibrosants et immunomodulateurs. Dans un essai de phase 2 mené chez des patients atteints de fibrose pulmonaire idiopathique (FPI), le traitement par nerandomilast permettait de stabiliser la fonction pulmonaire sur 12 semaines 1. M. Wijsenbeek, L. Richeldi et T.M. Maher ont présenté les résultats des essais de phase 3, —FIBRONEER-IPF (NCT05321069), chez des patients atteints de FPI, et FIBRONEER-ILD (NCT05321082), chez des patients atteints de fibrose pulmonaire progressive non FPI (PPF) —publiés cette semaine dans le New England Journal of Medicine 2, 3.

Dans l’essai FIBRONEER-IPF, 1177 patients ont été randomisés pour recevoir du nerandomilast à 18 mg, 9 mg ou un placebo pendant 52 semaines. Près de 77 % des patients recevaient un traitement de fond de la fibrose par pirfenidone ou nintedanib. Le nerandomilast ralentissait significativement le déclin de capacité vitale forcée (CVF) par rapport au placebo, avec une différence moyenne ajustée de 44,9 mL (p=0,02) pour la dose de 9mg et 68,8 mL (p < 0,001) pour la dose de 18 mg. Cet effet était observé tant chez les patients recevant du nintedanib que chez ceux ne recevant aucun traitement de fond. En revanche, les patients recevant 9mg de nerandomilast en association avec la pirfénidone présentaient un déclin de CVF similaire au placebo en raison d’une interaction réduisant les concentrations plasmatiques de nerandomilast. En ce qui concerne les critères de jugement secondaires (exacerbations, hospitalisations, décès), aucune différence significative n’a été observée entre les groupes nerandomilast et placebo.

Dans l’étude FIBRONEER-ILD, 1176 patients atteints de PPF d’étiologies variées ont été inclus. Parmi eux, 27,6 % présentaient une pneumopathie interstitielle diffuse (PID) d’origine auto-immune, 19.8 % une pneumopathie d’hypersensibilité, 19,6 % une PID inclassable et 19,4% une pneumopathie interstitielle non spécifique (PINS). Quarante-trois pour cent des patients recevaient un traitement de fond par nintedanib. Les résultats ont confirmé l’efficacité du nerandomilast dans cette population hétérogène. Le déclin de la CVF à 52 semaines était significativement réduit avec une différence moyenne ajustée de 81,1 mL (p<0,001) pour la dose de 9mg de 67,2mL (P < 0,001) pour la dose de 18 mg par rapport au placebo. Cet effet bénéfique était observé tant chez les patients recevant du nintedanib que chez ceux n’en recevant pas. De plus, une réduction significative de la mortalité a été observée chez les patients recevant la dose de 9mg (HR = 0,60 [IC 95 % : 0,38 ; 0,95]) et de 18mg (HR = 0,48 [IC 95 % : 0,30 ; 0,79]).

Dans les deux études, le profil de tolérance était jugé acceptable. La diarrhée était l’effet indésirable le plus fréquent (25%), mais rarement sévère.

En résumé, le nerandomilast démontre un effet anti-fibrosant significatif et un profil de sécurité favorable dans la FPI comme dans la PPF. Ces résultats positionnent ce traitement comme une nouvelle option pour les patients, y compris en association avec les traitements existants.

D’après les communications de
TM Maher, A phase III trial of nerandomilast in patients progressive pulmonary fibrosis (Session B2)
M. Wijsenbeek, A phase III trial of nerandomilast in patients with idiopathic pulmonary fibrosis (Session A82)
L. Richeldi, A phase III trial of nerandomilast in patients with idiopathic pulmonary fibrosis (Session B2)

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Attention aux anticoagulants oraux directs 

Les anticoagulants oraux directs (AOD) ont démontré leur efficacité, chez les patients porteurs d’une fibrillation auriculaire non valvulaire, dans la prévention des accidents vasculaires cérébraux avec un risque de saignement majeur inférieur à celui rapporté sous warfarine. Récemment, les bases de données de pharmacovigilance ont mis en évidence un risque accru de survenue de PID sous AOD.

Cette nouvelle étude de la base de données japonaise confirme le risque de PID incidentes sous AOD. Elle permet d’analyser les données de 52 021 nouveaux patients traités par AOD et de 12 026 traités par warfarine, entre 2011 et 2023. Parmi eux, 0,25% versus 0,20% des patients développent une PID.   

Après ajustement pour les facteurs confondants, et notamment les autres traitements potentiellement pneumo-toxiques, le risque de développer une PID est multiplié par 4,44 [IC 95% : 1,58−12,5].

Il reste toutefois des incertitudes :

– l’exposition concomitante à l’amiodarone pourrait augmenter le risque de développer une PID fibrosante mais la responsabilité de chaque traitement est difficile à établir 1.

– le risque de chaque traitement ne serait pas équivalent : il ne semble pas y avoir de risque associé au dabigatran qui est un inhibiteur direct de la thrombine contrairement aux médicaments anti-Xa (apixaban, edoxaban ou rivaroxaban) 2.

– il reste difficile de distinguer PID et hémorragie alvéolaire diffuse, qui fait partie des complications hémorragiques des traitements anticoagulants 3.

– cette observation n’est pas supportée par des mécanismes physiopathologiques sous-jacents. En effet, in vivo, le facteur Xa devrait plutôt avoir une activité pro-inflammatoire et profibrotique 4.

– la toxicité respiratoire est systématiquement plus élevée dans les populations asiatiques 5.

En pratique, il existe des preuves croissantes de la toxicité pulmonaire des AOD. En avoir connaissance est d’autant plus important que les patients prennent souvent d’autres médicaments ayant une toxicité respiratoire démontrée comme l’amiodarone ou les inhibiteurs de l’enzyme de conversion. Cela justifie une vigilance particulière.   

D’après la session A47 ILD comorbidities and outcomes Anan K et al. Direct Oral Anticoagulant and the Risk of Acute Interstitial Lung Diseases: A Case-crossover Study Using Japanese Administrative Data. Am J Respir Crit Care Med 2025;211:A1748

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Embolie pulmonaire : les microplastiques pointés du doigt !

L’exposition environnementale aux microplastiques est associée à une augmentation du risque d’événements cardiovasculaires et cérébrovasculaires, y compris de thromboses veineuses profondes des membres inférieurs. Qu’en est-il de l’embolie pulmonaire ? L’exposition environnementale aux microplastiques pourrait-elle jouer un rôle dans la genèse ou la gravité de l’embolie pulmonaire ? Une équipe chinoise s’est intéressée à cette question.

Cette étude observationnelle monocentrique, menée à l’hôpital de Shanghai entre 2022 et 2023, a inclus 27 patients atteints d’embolie pulmonaire et 24 témoins sains. Les auteurs ont mesuré, via chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse, les concentrations plasmatiques de cinq particules microplastiques : polypropylène, polystyrène, polyéthylène, polyéthylène téréphtalate et polyméthacrylate de méthyle.


Les taux plasmatiques des cinq particules étaient significativement plus élevés chez les patients atteints d’embolie pulmonaire que chez les témoins, avec des différences particulièrement marquées pour le polyéthylène, le polystyrène et le polyméthacrylate de méthyle (p < 0,0001). Une analyse de régression logistique binaire a montré une forte association entre les concentrations élevées de ces composés et le risque d’embolie pulmonaire, avec des odds ratios allant jusqu’à 10⁴² pour le polyméthacrylate de méthyle. Enfin, le niveau plasmatique de polystyrène corrélait positivement avec le score simplifié de sévérité de l’embolie pulmonaire (sPESI) (r = 0,66, p = 0,0002).

Ces résultats suggèrent un lien potentiel entre l’exposition systémique aux microplastiques et la survenue ou la sévérité de l’embolie pulmonaire. Des études de plus grande envergure sont nécessaires pour confirmer ce lien et explorer ses implications pathophysiologiques et cliniques.

D’après le poster discussion de Wang N. Elevated microplastic particles are detected in the plasma of patients with pulmonary embolism and is correlated with simplified pulmonary embolism severity index. Am J Respir Crit Care Med 2025;211:A3271 (Session B26)

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Du nouveau pour les infections à M. abscessus ?

Les infections à M. abscessus, notamment M. abscessus stricto sensu, nécessitent un traitement initialement intraveineux (IV) avec relais par d’autres molécules orales lors de la phase d’entretien (parfois pas si facile que cela à concocter). La tigécycline, disponible uniquement en IV, est très efficace mais mal tolérée. Kevin Winthrop nous a présenté une étude de phase 2 évaluant l’omadacycline, une nouvelle cycline per os, dans les infections à M. abscessus.

Il s’agit d’une étude de phase 2, exploratoire, comparant l’omadacycline en monothérapie à un placébo pendant 3 mois. Le critère de jugement principal était l’amélioration clinique (score de symptômes) à 3 mois. Pour être inclus, les patients devaient présenter au moins 2 symptômes, et chacun des symptômes (toux, douleurs thoraciques, expectorations, hémoptysie, dyspnée, fatigue, fièvre, anorexie, sueurs nocturnes, amaigrissement) était évalué sur une échelle de 0 à 4. Soixante-quatre patients (68% de femmes), dont 41 dans le groupe omadacycline, ont été inclus. De manière étonnante, quasiment 35% des patients avaient une co-infection à M. avium complex. Les patients avaient majoritairement des symptômes respiratoires légers à modérés et peu de symptômes généraux. En termes d’amélioration des symptômes (i.e. au moins l’amélioration de la moitié des symptômes), il n’existe pas de différence significative (34% vs 20% ; p=0,21), mais lorsqu’on ajoute le critère « absence de détérioration clinique », la différence devient significative (34.1% versus 12% dans le groupe placebo, p=0,045). En terme de qualité de vie (QOL-B), on note plus de changements positifs dans la majorité des domaines dans le groupe omadacycline. On note une négativation plus fréquente des prélèvements (56,4% vs 29,2% des patients avec au moins 1 culture négative à 3 mois, p=0,035). Le point le plus important est la bonne tolérance de l’omadacycline, contrairement à sa cousine la tigécycline. Les nausées restent le principal effet indésirable. Aucune souche résistante à l’omadacycline n’a été mise en évidence dans cette étude où le groupe traitement avait reçu de l’omadacycline en monothérapie. Des données supplémentaires sont nécessaires pour cette étude considérée comme preuve de concept de l’utilisation de l’omadacycline dans les infections à M. abscessus.

En conclusion, ces premiers résultats sont encourageants en termes d’amélioration clinique et de négativation d’au moins un prélèvement. La bonne tolérance est également un élément positif pour cette molécule ; l’absence de sélection de souche résistante alors que le traitement est donné en monothérapie apparaît plutôt comme un élément négatif puisqu’on s’attend, comme pour toute molécule active, à une sélection rapide de mutants résistants. En tout cas, la recherche continue pour essayer d’améliorer la prise en charge de ces infections, ce qui est déjà une très bonne nouvelle en soi !

D’après Winthrop K.L. et al.A phase 2, double-blind, randomized, placebo-controlled, multi-center study to evaluate the efficacy, safety, and tolerability of oral omadacycline in adults with nontuberculous mycobacterial pulmonary disease (NTM PD) caused by Mycobacterium Abscessus complex (MABc). Am J Respir Crit Care Med 2025;211:A3168 (Session B20).

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L’asthme ou la BPCO augmentent-ils le risque de développer un COVID long ?

Une revue systématique de la littérature avec méta-analyse a été réalisée par une équipe de chercheurs du Tennessee pour déterminer si le risque de développer un COVID long chez les adultes était influencé par le fait d’être atteint d’un asthme ou d’une BPCO. Les résultats ne sont pas forcément ceux que l’on attendait.

L’analyse de la littérature a inclus toutes les études disponibles au 13 septembre 2024. Les données regroupant 51 études épidémiologiques ont été compilées, incluant 43 analyses pour l’asthme et 30 analyses pour la BPCO. Les résultats de la méta-analyse indiquent que le risque de développer un COVID long après plus de 12 semaines de suivi était significativement plus important chez les asthmatiques (odds ratio à 1,40, avec intervalle de confiance à 95% compris entre 1,24 et 1,58 ; p<0,001) et les patients atteints de BPCO (odds ratio à 1,41, avec intervalle de confiance à 95% compris entre 1,16 et 1,72 ; p<0,001). En revanche, après plus de 26 semaines de suivi, ce risque persistait chez les asthmatiques (odds ratio à 1,47, avec intervalle de confiance à 95% compris entre 1,09 et 1,98 ; p<0,001) mais pas chez les BPCO (odds ratio à 1,19, avec intervalle de confiance à 95% compris entre 0,71 et 1,98 ; p=0,51). Globalement, les patients asthmatiques hospitalisés durant la phase initiale de leur infection à SARS-CoV-2 présentaient un surrisque de développer ultérieurement un COVID long avec un odds ratio à 1,55 (intervalle de confiance à 95% compris entre 1,30 et 1,86), mais cette augmentation de risque était également observée dans une moindre mesure chez les patients non hospitalisés pour COVID avec un odds ratio à 1,32 (intervalle de confiance à 95% compris entre 1,16 et 1,49). Enfin, les patients atteints de BPCO ne présentaient pas plus de fatigue au long cours : odds ratio à 1,13 avec intervalle de confiance à 95% compris entre 0,68 et 1,89 (p=0,63).

Les lecteurs intéressés par cette méta-analyse pourront l’examiner plus en détail puisqu’elle a été récemment publiée intégralement 1. Selon les auteurs, ces données plaident en faveur du fait que l’inflammation chronique des voies aériennes liée à l’asthme ou à la BPCO favorise le développement du COVID long, même si les mécanismes ne sont pas encore élucidés. Un argument de plus pour renforcer la mise à jour systématique de la vaccination chez nos patients concernés, donc.

D’après Terry P. et al. Systematic review and meta-analysis of studies evaluating risk of long COVID in patients with pre-existing asthma or COPD. Am J Respir Crit Care Med2025;211:A3494 (session B35).

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