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La prise en charge du tabagisme : un enjeu systémique ? Le modèle des Lieux de santé sans tabac

Nathalie Lajzerowicz 1, Alice Deschenau 2, Karine Gallopel-Morvan 3

1.Médecin addictologue, Hôpital Suburbain du Bouscat, Université de Bordeaux, administratrice de la Société francophone
de tabacologie
2.Psychiatre, Cheffe de service, CH Paul Guiraud, Villejuif, présidente de la Société francophone de tabacologie
3.École des Hautes Études en Santé Publique (EHESP), RSMS INSERM U1309 et ARENES (UMR CNRS 6051), Rennes


Le tabagisme est encore trop souvent perçu en santé comme un facteur de risque modifiable et non comme un trouble chronique nécessitant un accompagnement soutenu. Et quand elle est prise en considération, la prise en charge de la personne fumeuse est davantage envisagée comme relevant d’un soin individuel plutôt que d’une approche collective systémique. Pourtant, les arguments pour
changer de paradigme existent, et des solutions aussi : la généralisation des Lieux de santé sans tabac est, à ce titre, pertinente.

Si on ajoute aux dépenses de santé liées au tabac, le coût social associé à la perte de qualité de vie et aux décès prématurés, le coût total du tabagisme est estimé en 2019 à 156 Mds€ [1], supérieur à celui de l’alcool et des drogues illicites (tableau 1).
Ces chiffres exorbitants se situent bien au-delà des gains rapportés à l’État par les taxes – 13 Mds€ – même si ceux-ci sont accrus par le non-versement de près de 3 Mds€ de retraites économisées par la mort précoce d’un consommateur régulier sur deux.
En 2023, on estime que plus de 68 000 vies ont été perdues à cause du tabac [2].

Des conséquences sanitaires très larges

Au-delà des risques cardiovasculaires, bronchopulmonaires et des cancers (poumon et vessie, mais aussi sein, colon, prostate, pancréas, mélanome…)
attribués depuis longtemps au tabac, on reconnaît désormais l’impact indiscutable du tabagisme sur le diabète, les pathologies de la grossesse, les lésions ostéoarticulaires, les maladies auto-immunes, les infections chroniques… [3,4] non prises en compte dans les évaluations épidémiologiques précédentes. Les pathologies mentales, et notamment l’anxiodépression, sont également nettement associées au tabagisme actif [5]. On connaît également sa responsabilité dans les rechutes vers d’autres addictions, notamment celle à l’alcool [6,7].

La consommation de tabac a, de plus, un impact fortement délétère sur la prise en charge de nombreuses maladies, soit parce qu’elle en constitue le principal facteur de risque (HTA résistante, diabète résistant, maladies auto-immunes résistantes, dépression résistante…), soit parce que la fumée du tabac réduit l’effet des traitements par interactions médicamenteuses [8] : psychotropes, anti-hypertenseurs, anticoagulants, antibiotiques, chimiothérapies, insuline, immunosuppresseurs…

Ainsi, c’est toute l’activité quotidienne des médecins généralistes qui est très fortement accrue par le tabagisme de leurs patients, tout comme l’activité déjà surchargée des spécialités cliniques (chirurgiens, cardiologues, pneumologues, oncologues…), et des spécialités d’explorations (anatomopathologie, imagerie…) : ce sont aussi les séjours hospitaliers qui sont impactés par le tabagisme des patients pris en charge avec des hospitalisations prolongées, des rechutes et ré hospitalisations, des échecs thérapeutiques, et des complications post-opératoires nécessitant des reprises chirurgicales [9].

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Inhalateurs de salbutamol. Un danger prégnant de doses fantômes

Rola Abou Taam

Pneumopédiatre. Hôpital Necker-Enfants Malades, AP-HP, coordonnatrice du groupe de travail Éducation thérapeutique dans
l’asthme de l’enfant de la Société pédiatrique de pneumologie et d’allergologie (SP2A), Paris


L’utilisation d’inhalateurs de salbutamol dépourvus de compteur de doses intégré exposent les patients à un risque de morbidité grave et de mortalité par asthme. En effet, chaque flacon contient 20 à 30 doses vides qui constituent autant de situations à risque de crises pouvant s’aggraver. La SP2A a sonné l’alerte en mars dernier : elle demande à l’ANSM de rendre obligatoire le compteur de doses après des laboratoires.

Les inhalateurs de salbutamol sous forme pressurisée (pMDI) commercialisés en France, Ventoline® 100 μg/dose (GlaxoSmithKline) et ses génériques ne sont pas équipés d’un compteur de doses intégré, à la différence de leurs homologues américains et australiens. Cela concerne aussi les aérosols auto-déclenchés de salbutamol. Le groupe de travail Éducation thérapeutique dans l’asthme de l’enfant de la SP2A a interpelé l’ANSM en mars dernier pour lui signaler un signal de sécurité sanitaire d’une gravité insuffisamment prise en compte par le cadre réglementaire national actuel.
Ce signal est né de plusieurs cas de patients venant en consultation pour asthme et dont le salbutamol spray était vide alors que les patients le pensaient plein : la vérification par une pesée systématique des sprays de salbutamol, a permis de mettre en évidence cette problématique qui concerne un médicament de l’urgence médicale dont le défaut de sécurité peut avoir des implications graves pour les patients et le système de soins, au vu du nombre colossal de patients qui vont aux urgences pour absence d’efficacité de leur plan d’action dont le salbutamol est la base. Des témoignages de parents confirment à l’interrogatoire ciblé, qu’à posteriori leur flacon de salbutamol était probablement vide au moment des crises nécessitant un passage aux urgences.

Aussi, la SP2A demande à l’ANSM de rendre l’exigence d’un compteur de doses obligatoire.

Le phénomène des doses fantômes : un risque documenté et reconnu

Un inhalateur pressurisé (pMDI) continue de délivrer du gaz propulseur au-delà du seuil de ses 200 doses nominales, sans principe actif en quantité thérapeutique. Ces doses fantômes — bouffées en apparence fonctionnelles mais dépourvues de salbutamol efficace — constituent un risque direct et documenté pour tout patient en situation d’exacerbation aiguë.

Ce que reconnaît la notice officielle de la Ventoline®

La notice officielle de la Ventoline® (Base de Données Publique des Médicaments, ANSM) [1] indique explicitement : « L’inhalateur n’est pas muni d’un compteur de doses. Vous ne pouvez donc pas savoir combien de doses restent disponibles dans l’inhalateur. Aussi, il est recommandé de garder un 2e inhalateur de Ventoline® 100 microgrammes/dose, suspension pour inhalation en flacon pressurisé non entamé à disposition pour prendre le relais en cas de survenue imprévisible d’une crise d’asthme, ou d’une gêne respiratoire alors que votre premier inhalateur serait vide. »
Après 200 bouffées, l’inhalateur peut continuer à pulvériser le gaz, mais sans la bonne dose de salbutamol. Le Résumé des caractéristiques du produit (RCP, Vidal) [2] précise en outre : « L’inhalateur contient suffisamment de salbutamol pour seulement 200 doses (bouffées). Après 200 doses (bouffées), l’inhalateur peut continuer à pulvériser, mais sans la dose prévue de salbutamol. Des méthodes telles que secouer, peser ou immerger les inhalateurs ne sont pas précises pour déterminer si un inhalateur ne contient pas la dose prévue de salbutamol et elles ne sont pas recommandées. Des cas d’exacerbations d’asthme sévère ont été rapportés. Il peut être envisagé de tenir un registre du nombre de doses (bouffées) administrées au patient. Il est recommandé d’avoir un inhalateur de secours à disposition. Si le patient utilise plusieurs inhalateurs, il est recommandé de tenir un registre séparé pour chaque inhalateur. »

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Une luminothérapie en plein essor en oncologie

Antoine Lemaire

Médecin de la douleur, chef du pôle cancérologie et spécialités médicales de l’hôpital de Valenciennes
d’après une interview réalisée par Agnès Lara


Après avoir été longtemps décriée, cette technique de traitement basée sur l’application d’une lumière LED dans le rouge ou l’infrarouge, s’est particulièrement développée en oncologie.
Elle y trace aujourd’hui ses lettres de noblesse. Pionnier du déploiement de la technique en France, le Dr Antoine Lemaire nous présente les espoirs qu’elle suscite, mais aussi ses limites.

Pouvez-vous nous rappeler ce qu’est la photobiomodulation (PBM) et sur quels principes elle repose ?

La PBM est une méthode de traitement non invasive, indolore et sans effets indésirables, qui repose sur la lumière. Le principe est ancien puisque de la lumière bleue était déjà utilisée dès les années 1950 pour soigner l’ictère des nouveau-nés. Depuis, les équipements se sont affinés : laser de faible intensité d’abord (Low Level Light Therapy, 1967), puis diode électroluminescente (Light-Emitting Diode ou LED). La médecine aérospatiale a également contribué à la connaissance et au développement de la PBM, en particulier avec les LEDs. Puis, peu à peu, la technique a été évaluée dans le cadre d’essais cliniques et les protocoles se sont standardisés, jusqu’à obtenir un niveau de preuve élevé dans les mucites. Aujourd’hui, la PBM utilise le plus souvent des longueurs d’onde dans la lumière visible rouge et proche infrarouge, non ionisante. La longueur d’onde est choisie en fonction de la profondeur de tissu que l’on veut traiter.

Quel est son mécanisme d’action ?

Le mode d’action multimodale de la PBM est aujourd’hui bien décrit dans la littérature et a fait taire les détracteurs de la première heure [1]. Au niveau cellulaire, l’absorption des photons active la chaîne respiratoire mitochondriale en agissant sur l’une de ses enzymes, la cytochrome C oxydase. Le processus est athermique, mais il déclenche une cascade d’activation de plusieurs voies de signalisation intracellulaires et l’expression de différents gènes. Il en découle une augmentation de la production d’adénosine triphosphate (ATP) et donc d’énergie métabolique. La production de monoxyde d’azote (NO) est augmentée, ce qui induit une vasodilatation et une augmentation de l’oxygénation des tissus. Une modulation des médiateurs de l’inflammation ou de la neuro-
inflammation (cytokines, facteurs de croissance…) est observée, la prolifération et la migration des cellules sont également favorisées, ce qui explique l’intérêt de cette technique dans la réparation et la régénération tissulaire. Par ailleurs, la PBM agit aussi sur des canaux ioniques impliqués dans la douleur (Transient Receptor Potential Vanilloid ou TRPV).

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Sarcoidose: diagnostic et mise au point thérapeutique

La Sarcoïdose est une des principales granulomatoses mais aucun biomarqueur ne permet de faire un diagnostic de certitude à ce jour et le diagnostic reste difficile. Des nouveautés concernant le traitement de la sarcoïdose depuis les dernières recommandations de l’ERS 2021 ont été aussi été présentées lors de cette session

Un diagnostic parfois difficile

Le diagnostic de sarcoïdose peut être difficile du fait de sa présentation clinique variable. Les critères diagnostiques reposent sur une présentation radio-clinique compatible et une preuve histologique à la recherche de granulome non caséeux. Celle-ci est souvent nécessaire avant de débuter un traitement. Plusieurs outils peuvent aider au diagnostic anatomopathologique des formes médiastino-pulmonaires. Les biopsies bronchiques ont une rentabilité de 20-40% si la muqueuse est normale mais qui peut aller jusqu’à 90% si la muqueuse est anormale ou si elles sont associées à des biopsies trans-bronchiques. La fibroscopie bronchique permet aussi d’éliminer les diagnostics différentiels notamment infectieux comme les mycobactéries ou l’histoplasmose en zone endémique.

 La cytoponction ganglionnaire par echo-endoscopie a une aussi bonne rentabilité que la médiastinoscpopie en cas d’adénopathies médiastinales. Les cryobiopsies quant-à elles présentent 15% de risque de pneumothorax et 3% de saignement et sont plutôt réservées aux formes avec condensations alvéolaires ou pour éviter une biopsie pulmonaire chirurgicale. Les BGSA ne sont pas systématiques mais peuvent être utiles chez le sujet âgé ou en cas d’imagerie thoracique normale.

La TEP-TDM est utile pour rechercher une cible superficielle à biopsier, en cas de suspicion d’atteinte cardiaque associée, ou pour recherche des signes d’activité de la maladie en cas de d’atteinte fibrosante ou de symptômes invalidants sans évidence biologique de la maladie.

Des nouveautés thérapeutiques depuis les dernières recommandations l’ERS 2021

Des nouveautés concernant le traitement de la sarcoidose depuis les dernières recommandations de l’ERS 2021 ont été présentées lors de cette session. Le traitement est reservé aux patients avec une qualité de vie altérée ou à risque de mortalité élevé1.  De nouveaux facteurs scannographiques prédictifs de mauvaise évolution doivent être pris en compte: des réticulations bronchocentriques prédictifs de l’apparition de fibrose et, pour les stade 4, une fibrose supérieure à 20% ou du rayon de miel basal ou sou-pleural. En traitement de première ligne, les corticoides à la dose initiale de 20 mg/j est equivalent à celle de 40mg/j sur la fonction respiratoire 2.  Le methotrexate n’est pas inférieur aux corticoides sur l’amélioration de la CVF à 6 mois 3. Des molécules semblent prometteuses sur l’épargne cortisonique avec peu de toxicité: le Tofacitinib et l’efzotinib. Les anti-fibrosant pour les sarcoidoses de stade 4 sont quand à eux toujours à l’étude.

Milène Chaptal, Service de Pneumologie, CHU de la Guadeloupe


D’après la communication de Fatma Chermiti Tunisie, Dominique Israel-Biet France

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Toux réfractaire : quelles recommandations ?

La biennale de l’EFP est l’occasion de revenir sur les recommandations sur la toux chronique réfractaire, dont celles publiées en 2023 sous l’égide de la SPLF dans la Revue des Maladies Respiratoires 1.

Définitions
Une toux chronique est définie comme une toux d’au moins 8 semaines. La toux chronique réfractaire ou inexpliquée, sous l’acronyme TOCRI, est une toux chronique d’au moins 6 mois sans cause retrouvée ou persistante malgré la prise en charge optimale d’une cause connue.
La prise en charge d’une TOCRI commence par la recherche de signes de gravité, dont font partie l’altération de l’état général, le syndrome infectieux à répétition, la dyspnée d’effort, l’hémoptysie, et l’apparition ou la modification de la toux chez le fumeur.
L’évaluation de la sévérité se base sur des critères subjectifs comme l’EVA ou le questionnaire sur la toux de Leicester.

Démarche diagnostique et thérapeutique
La démarche diagnostique de première intention inclut un interrogatoire exhaustif (tabagisme, expositions aux toxiques inhalés, prise de médicaments comme les IEC ou la sitagliptine), un examen clinique, et une radiographie thoracique. La place du scanner thoracique reste à préciser, mais il n’est pas systématique en première intention sauf en présence d’un signe de gravité.
Trois causes sont les plus fréquentes : la rhinosinusite chronique, l’asthme et le RGO. Leur recherche passe par une spirométrie et une nasofibroscopie. La recherche de RGO, uniquement en présence de symptômes cliniques (pyrosis, régurgitations), justifie un traitement par IPP et la réalisation d’une gastroscopie. Plusieurs causes peuvent s’associer.
Les examens de seconde intention ne se font qu’après arrêt du tabac ou des traitements mis en cause pendant ≥ 4 semaines, et font discuter le scanner thoracique et la bronchoscopie. Le sevrage en nicotine peut aggraver la toux et doit être accompagné d’une substitution nicotinique.
Le syndrome de toux chronique par excès de sensibilité, essentiellement chez la femme de 50–60 ans, correspond à une toux déclenchée par un stimulus faiblement tussigène (hypertussie) ou non tussigène (allotussie), comme le rire ou la parole.
Le syndrome de somatisation de la toux, ou SST, anciennement appelé toux psychogène, est marqué par une toux absente la nuit et disparaissant lors des activités. La présence d’une anxiété ou d’une dépression peut être une conséquence de la toux et n’est pas un argument en sa faveur.
Le traitement de la TOCRI repose sur un neuromédiateur (amitriptyline, gabapentine, préfalabine, morphine), une prise en charge orthophonique spécialisée, et une kinésithérapie avec rééducation ventilatoire.

Sylvain Neveu, Service de Pneumologie, CHU de la Guadeloupe


D’après la communication de Samy KAMMOUN, pneumologue, Tunisie

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Cigarette électronique, effets respiratoires du cannabis, mise au point

Cette session avait pour but de faire un état des lieux sur la situation actuelle du sevrage tabagique dans l’espace francophone et sur la cigarette électronique

Sevrage tabagique et cigarette électronique: où en est-on ?

Arrêter de fumer a plusieurs avantages notamment la diminution du risque de maladies cancéreuses et non cancéreuses. L’intérêt de l’utilisation des cigarettes électroniques dans le sevrage tabagique reste débattu.

Certaines études ont montré un taux élevé d’arrêt de tabac après utilisation de la cigarette électronique avec nicotine versus substituts nicotiniques seuls. Il est important de noter que les cigarettes électroniques sans nicotine ont un faible taux d’efficacité.

Le problème est que 45% des utilisateurs de cigarettes électroniques deviennent des vapofumeurs. Les études montrent aussi que ces patients suivis à long terme rechutent.

Est-ce que le fait de diminuer la consommation de tabac avec l’utilisation de cigarette électronique réduirait le risque de développer des maladies? Il semble que les risques de l’association cigarette électronique-tabac demeurent les mêmes que la consommation exclusive de tabac. Plusieurs études montrent des risques de maladies vasculaires et respiratoires liés à l’utilisation exclusive de cigarettes électroniques. Il n’existe donc pas de certitudes formelles sur le bénéfice des cigarettes électroniques dans le sevrage tabagique. Proposer à la population générale l’usage de la cigarette électronique pour arrêter de fumer présente le risque d’induire un usage double chez nombre de fumeurs.

D’après la session Tabac et toxiques inhalés : Sevrage tabagique et cigarette électronique: où en est-on ? Yves MARTINET, France

Cannabis et impact respiratoire, que faut-il savoir ?

Le cannabis est la substance psychoactive la plus consommée après le tabac et la substance illicite la plus consommée dans le monde.

La technique d’inhalation d’un joint de cannabis diffère d’une cigarette de tabac dans le sens qu’avec le joint, le fumeur augmente le volume des bouffées, l’inhalation est plus rapide et plus profonde, l’apnée est plus fréquente en fin d’inhalation. La conséquence est l’augmentation du temps de contact entre la fumée de cannabis et la muqueuse bronchique. Les composants issus de la combustion du cannabis sont plus irritants que le tabac et augmentent le risque de développer une bronchite chronique. La consommation de cannabis présente également des facteurs de risque d’infections pulmonaires. Les résultats des études épidémiologiques sont par contre discordants sur les liens entre consommation de cannabis et cancer bronchique mais elle serait fortement suspectée en raison des composants de la fumée inhalée. Le réel problème est la co-consommation tabac-cannabis qui rend difficile la mise en évidence du risque spécifique au cannabis.

Dans tous les cas le repérage d’une consommation de cannabis doit être systématique à l’interrogatoire et il ne faut pas hésiter à informer les patients des risques encourus et leur recommander l’arrêt.

D’après la session Tabac et toxiques inhalés : Cannabis et impact respiratoire, que faut-il savoir ? Hicham AFIF,Maroc  Session 12

Edem Kunakey, Service de Pneumologie, CHU de la Guadeloupe


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Polyarthrite rhumatoïde : mieux repérer et traiter les atteintes respiratoires

Les atteintes pulmonaires de la polyarthrite rhumatoïde (PR) sont fréquentes, multiformes et parfois sévères. La pneumopathie interstitielle diffuse (PID), notamment, pèse lourd sur la morbidité et la mortalité. Un diagnostic précoce et une stratégie thérapeutique adaptée nécessitent une approche multidisciplinaire.

La PID de la PR : une atteinte fréquente et de mauvais pronostic

La PID est responsable d’une morbidité et d’une mortalité significatives chez les patients atteints de PR. Les deux principaux patterns radiologiques observés dans la PID de la PR sont l’UIP (usual interstitial pneumonia), le plus fréquent et de moins bon pronostic, et le NSIP (non-specific interstitial pneumonia).
Le dépistage est recommandé en cas de symptômes respiratoires (dyspnée, toux), de crépitants bilatéraux à l’auscultation ou d’un score élevé de facteurs de risque (Johnson et al, Arthritis & Rheumatology 2023). Ces facteurs incluent l’âge avancé, le sexe masculin, le tabagisme, la PR séropositive (FR ou anti-CCP), une activité élevée de la PR évaluée par le DAS28 et la PR d’évolution prolongée.
Le scanner thoracique haute résolution (HRCT) constitue l’examen de référence pour le diagnostic. Le suivi repose sur la répétition des examens fonctionnels respiratoires (EFR) et du scanner thoracique. L’échographie pulmonaire est en cours d’évaluation comme outil de screening prometteur, du fait de son accessibilité, de son moindre coût et de son absence d’irradiation.

Quelle stratégie thérapeutique ?

L’objectif du traitement est double : contrôler l’inflammation systémique et prévenir ou ralentir la progression pulmonaire. Le niveau de preuve sur la prise en charge thérapeutique spécifique de la PR-PID demeure limité.
Le méthotrexate, pierre angulaire du traitement de la PR, ne majore pas le risque de PID et pourrait même exercer un effet protecteur vis-à-vis de son apparition. Il reste donc indiqué, y compris chez les patients à risque respiratoire.
Parmi les biothérapies, le rituximab et l’abatacept apparaissent comme les plus prometteuses, avec des données suggérant une stabilisation fonctionnelle.
À ce jour, les deux seuls essais randomisés disponibles dans cette indication concernent l’évaluation de deux antifibrosants. Le nintédanib (150 mg × 2/j) a montré un ralentissement du déclin de la CVF dans la sous-analyse PR-ILD de l’essai INBUILD (Matteson et al., Clin Rheumatol 2021). La pirfénidone, testée dans l’essai TRAIL1 (Solomon et al., Lancet Respir Med 2023), a été bien tolérée, mais l’étude n’a pu démontrer de bénéfice significatif.
En cas de déclin fonctionnel, un antifibrosant peut être envisagé, idéalement après échec ou insuffisance de contrôle du traitement immunomodulateur de fond.
Les mesures non pharmacologiques sont incontournables : sevrage tabagique, vaccinations (grippe, pneumocoque), réhabilitation respiratoire, maintien d’une activité physique adaptée, et prise en charge des comorbidités respiratoires.

Marion Duféal, Service de Pneumologie, CHU de la Guadeloupe


D’après la communication de Dominique Israël-Biet (France) et Nahid Zagba (Maroc)

Références : Johnson et al. 2023  American College of Rheumatology (ACR)/American College of Chest Physicians (CHEST) Guideline for the Screening and Monitoring of Interstitial Lung Disease in People with Systemic Autoimmune Rheumatic Diseases. 2024; 1201–1213

Matteson EL et al. Nintedanib in patients with progressive fibrosing interstitial lung disease associated with rheumatoid arthritis: a subgroup analysis of the INBUILD trial. Clin Rheumatol. 2021;41:2311–2319.

Solomon JJ et al. Efficacy and safety of pirfenidone in rheumatoid arthritis–associated interstitial lung disease (TRAIL1): a randomised, double-blind, placebo-controlled, phase 2 study. Lancet Respir Med. 2023;11(1):87–96.

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Quel apport des cryobiopsies dans les PID ?

Les cryobiopsies ont su trouver leur place dans le diagnostic des PID en alternative à la biopsie pulmonaire chirurgicale ou aux biopsies transbronchiques. Le point du vue du pathologiste nous est livré ici.

La cryobiopsie repose sur l’utilisation de sondes jetables de 1 à 2 mm de diamètre, avec un refroidissement à -80 °C par dioxyde de carbone. Le temps de congélation est plus court avec les sondes de plus gros diamètre.
La biopsie obtenue mesure environ 5 mm de diamètre et permet d’obtenir un matériel biopsique de qualité, plus volumineux et avec une architecture mieux conservée que les biopsies transbronchiques.
Les cryobiopsies sont toujours guidées par scanner, avec 2 à 3 prélèvements réalisés sur un même lobe, éventuellement complétés par 2 ou 3 biopsies supplémentaires sur un autre lobe du même poumon.
On observe un essor des cryobiopsies guidées par mini-sonde, permettant une réalisation sous analgésie, sans intubation.
Les complications incluent 5 % de pneumothorax, 10 % d’hémorragies endobronchiques (dont 4,9 % modérées à sévères) et 1 % d’exacerbations de PID. Les biopsies doivent être effectuées à 1 à 2 cm de la plèvre viscérale : une biopsie trop distale augmente le risque de pneumothorax, une biopsie trop proximale celui d’hémorragie.
Les contre-indications sont les troubles de la coagulation et l’hypoxémie sévère.
La réalisation d’une biopsie n’est pas indiquée en cas de pattern radiologique typique de pneumopathie interstitielle commune (PIC).
Les granulomatoses sont généralement de diagnostic plus aisé, tandis que la PIC est plus difficile à identifier. Le formulaire clinique rempli par le clinicien aide le pathologiste dans son interprétation. L’analyse des résultats nécessite un opérateur expérimenté et une discussion en DMD.

Sylvain Neveu, Service de Pneumologie, CHU de la Guadeloupe


D’après la communication de Joanna DOMAGALA, Anatomopathologiste, Pologne

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Coqueluche chez l’enfant et l’adulte : enjeux actuels et perspectives

Le Dr Mikos nous a rappelé que la coqueluche, infection due à Bordetella pertussis, a été identifiée au début du XXᵉ siècle par Jules Bordet et Octave Gengou. Son nom évoque à la fois le “chant du coq” des quintes de toux et la capuche portée autrefois pour se protéger. Longtemps vue comme une maladie infantile, elle connaît aujourd’hui une résurgence inquiétante, touchant tous les âges, dans un contexte post-épidémique marqué récemment par l’émergence de Mycoplasma pneumoniae.

Rappels sur la coqueluche

En 2024, plus de 30 000 cas de coqueluche ont été recensés en Europe, et on compte déjà plus de 15 000 cas au premier trimestre 2025. L’ensemble des pays européens sont concernés, à l’exception notable de l’Islande et du Liechtenstein tout comme certains territoires d’outre-mer tel que la Guadeloupe. La République tchèque fait partie des pays les plus durement touchés. Ce rebond s’explique en partie par une couverture vaccinale insuffisante, alimentée par la défiance envers les vaccins, mais aussi par une politique de vaccination centrée uniquement sur l’enfant. L’absence de vaccination obligatoire chez l’adulte contribue à une sous-estimation de l’enjeu, alors même que ces derniers sont de plus en plus impliqués dans la chaîne de transmission. Le vaccin acellulaire, plus sûr mais moins efficace pour bloquer la circulation bactérienne, joue également un rôle. La maladie évolue en trois phases (catarrhale, paroxystique, convalescente) après une incubation de 7 à 10 jours. Les nourrissons peuvent développer des formes graves, parfois mortelles (SDRA, hypertension pulmonaire, leucocytose). Chez les adolescents et adultes, les formes sont souvent atypiques ou silencieuses, rendant le diagnostic difficile. La coqueluche peut aggraver voire favoriser l’apparition d’un asthme (risque accru d’hospitalisation) et la BPCO, où l’incidence est multipliée par cinq avec des formes plus sévères. Le diagnostic repose sur la PCR si les symptômes datent de moins de 25 jours, puis sur la sérologie (spécificité optimale à 75 UI/mL). Le traitement repose sur les macrolides (azithromycine, clarithromycine), efficaces s’ils sont administrés dans les 2 à 3 premières semaines. Les cures courtes sont aussi efficaces que les longues. Le cotrimoxazole est une alternative. Une prophylaxie est recommandée dans les 21 jours suivant un contact à risque. Dans les formes graves, une leucaphérèse ou une exsanguino-transfusion peut être nécessaire. Enfin, la résistance aux macrolides reste exceptionnelle, bien plus rare que celle observée avec Mycoplasma pneumoniae. Toutefois, des cas émergents ont été rapportés en Asie, suggérant une vigilance accrue.

Vaccin anti-coqueluche

Sur le plan préventif, deux types de vaccins existent. Le vaccin à germes entiers, toujours utilisé en Pologne et dans plusieurs pays à revenu faible ou intermédiaire, induit une immunité plus durable à médiation Th1/Th17. Le vaccin acellulaire, plus utilisé en Europe, offre un meilleur profil de sécurité mais une protection plus brève. Chez l’adulte, des vaccins combinés (dTcaP) sont disponibles, notamment pour les femmes enceintes, chez qui la vaccination est essentielle pour protéger les nouveau-nés. L’OMS n’a pas encore défini de stratégie de revaccination universelle à l’âge adulte, mais certaines recommandations nationales (CDC pour la BPCO, GINA pour l’asthme) existent. Des vaccins de nouvelle génération sont en cours de développement, notamment des vaccins nasaux atténués, génétiquement inactivés, conjugués, recombinants ou encore à germes entiers atténués.

La coqueluche reste une menace mondiale, dont le contrôle passera nécessairement par une meilleure reconnaissance de sa charge chez l’adulte et un renforcement de la stratégie vaccinale, en particulier chez les femmes enceintes.

Louise Bondeelle, Département de microbiologie et de biologie moléculaire, Université de Médecine de Genève, Suisse


D’après la communication de Marcin Mikos – Pneumo-pédiatre, Pologne

Références : Resurgence of Bordetella pertussis, including one macrolide-resistant isolate, France, 2024, Rodrigues et al. Euro Surveill. 2024 Doi: 10.2807/1560-7917.ES.2024.29.31.2400459

Intranasal application of a bifunctional pertactin-RTX fusion antigen elicits protection of mouse airway mucosa against Bordetella pertussis colonization. Espinosa-Vinais et al. Cvaccines, 2025 https://doi.org/10.1128/msphere.00959-24

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